On a tué une jeune femme. Du nanan pour Nicolas Le Floch ? Nenni. Du nanan pour l'auteur, bien au contraire, puisque la malheureuse victime n'est autre que la maîtresse du brillant commissaire de police. Au XVIIIe siècle, dans ce cas-là, on éloignait le suspect plutôt que d'ébranler la confiance du public en la police : et voilà notre Nicolas envoyé en Angleterre comme agent secret, mais juste le temps que comprendre qu'un odieux complot se trame contre lui, et de revenir pour établir la vérité et se disculper lui-même. Il faut dire, et c'est dommage, qu'on lui laisse pour cela une liberté d'action qui laisse pantois et qui ne contribue guère à la tension romanesque (que l'on songe, au contraire, au brio déployé par Fred Vargas pour traiter une situation comparable dans "Sous les vents de Neptune"). L'intrigue, bien construite, est certainement plus satisfaisante pour qui connaît les premiers romans de la série, car elle fait appel à quelques retours feuilletonesques. Ceci posé, Jean-François Parot évoque l'époque qui sert de cadre à l'action avec toujours autant de bonheur, et traite notamment avec finesse de la mélancolie des fins de règne, et des bouleversements presque arbitraires qu'ils entraînent. C'est que ce diable d'homme m'aura presque fait trouver Louis XV sympathique : au-delà de la mécanique narrative, il y faut une plume.