Thème 2018 - Parfois, on sent au début d'un livre qu'on ne va pas accrocher et finalement, on se prend d'affection pour un personnage et on dévore le reste de la lecture avec l'envie d'en savoir davantage sur ce personnage qui absorbe toute notre attention.
Aurore m'a fait cet effet. J'aurais aimé lire son histoire à elle seule, mais je sais que l'entremêler avec celles des trois autres femmes me l'a fait apprécier d'autant plus. C'est peut-être le fait qu'elle me rappelle une professeure, son amour pour les animaux ou simplement le fait qu'elle soit auteure. J'aime sa façon d'envisager l'écriture en opportunité de nommer les choses comme on le veut, ne rien devoir quand on écrit mais simplement raconter des histoires.
Pourtant, l'écriture esquinte l'auteure et elle fait une description crue de cette tâche, en mentionnant les sentiments noirs qu'on ressent après avoir terminé une oeuvre. Ce rejet de ceux qui n'ont jamais eu mal et la connivence entre gens qui savent que la douleur de l'écriture est psychosomatique, qu'elle finit par passer une fois la tâche accomplie et avant de se lancer dans un nouveau projet.
C'est aussi le seul personnage qui nous laisse sentir son attraction pure pour d'autres corps. Elle imagine caresser le corps de Babette, elle compare ce corps plein au sien, caractérisé par l'absence. C'est fou ce que je peux m'identifier à elle.
Les autres personnages ont des énergies très différentes, mais j'ai fini par les comprendre, un peu. Surtout, l'idée d'étudier avec une avidité d'affamées m'a rappelé des souvenirs... Choisir ses origines, parce que c'est son droit, est une proposition que je fais depuis des années. Quant à Babette et son histoire, je ne sais pas si c'est une vérité culturelle et historique. En tout cas, on a envie d'y croire.
Bien sûr, il faut adresser la question du féminisme et de la vision des hommes dans cette oeuvre. Quelques idées sonnent juste, comme les hommes qui pensent être l'amour et offrir gracieusement le cadeau attendu de leur personne. Merci bien...
D'autres scènes paraissent un peu plus fausses, comme au bar quand les quatre femmes font face à un gros rouquin et qu'elles suplient les deux hommes de les aider. Peut-être que c'est une façon de souligner la dépendance de ses êtres de force envers des individus qu'elles détestent autant qu'elles les aiment. Quand on regarde de plus près, elles ont toutes été aidées par des hommes dont elles ne veulent pas dire le nom mais sans qui elles n'auraient pas les carrières dont elles se vantent. Ne pas dire leur nom, les désigner par leur métier ou une caractéristique, pour ne pas les rendre vraiment humains, pour qu'ils ne soient pas sur le même plan que les femmes. On n'est pas loin des crocodiles de Thomas Mathieu.
Que peut-on critiquer alors... La limite entre narration et dialogue est toujours floue, probablement intentionnellement, comme le fait qu'on ne sache parfois plus vraiment de laquelle des quatre femmes on observe la vie. Dans leur dissemblance, elle se ressemblent.
Tous les personnages tournent autour de Gloria jusqu'à la moitié du livre et la scène du maquillage entre Aurore et Lola permet enfin de leur donner une importance propre, de les lier autrement que par leur hôte. Ces deux là paraissent dailleurs plus jeunes, difficile de se souvenir que les quatre ont dans les 50 ans.
La seule chose qui m'ait vraiment fait sortir de la narration, c'est la scène entre Lola et le Célibataire. Lola fait l'amour pour la première fois à 13 ans et elle jouit ?! Comme si c'était merveilleux, que la douleur servait le plaisir et qu'elle découvrait par la même une sexualité qu'aucune lectrice ne peut envisager. J'ai du mal à croire cette histoire. Encore plus à valider qu'on parle de pédophilie avec autant de détachement, qu'importe que Lola l'ait vécu aussi positivement.