Ce livre explique à ceux qui ne sont pas du métier la dégradation de la profession d’enseignant : malveillance de la hiérarchie, bêtise des différentes réformes, baisse du nombre d’heures, déclassement par le gel du point d’indice, mauvaise foi des n+1, le harcèlement des parents, l’absence d’écoute du ministère, la réduction des moyens, les incivilités des élèves et le prof bashing (de Blanquer, Sarkozy ou des gens en général) …et encore il en manque.
Quand on est du métier, on y apprend rien. La seule chose que je ne savais pas c’est que les Psy EN faisaient le tour des écoles primaires pour faire les tests Itep, Segpa, QI…avec leur propre voiture et quand il y a beaucoup d’écoles primaires dans le secteur ou qu’elles sont éloignées, ça fait beaucoup de bornes. Comme c’est l’éducation nationale, ils remboursent l’essence des cacahouètes en prenant en compte le kilométrage à partir de la mairie par exemple et non l’endroit où tu vas vraiment ou bien prennent en compte le prix de l’essence d’il y a 10 ans et ne mettent jamais à jour par rapport à l’inflation. Enfin, si l’on fait 10000km par an avec notre véhicule personnel pour le boulot, son véhicule s’use plus vite et on n’a aucune aide pour en acheter un nouveau évidemment. (c’est le cas pour les TZR ou contractuels aussi mais pour les Psy EN, je n’avais pas idée)
Alors, ce livre est bien dans l’ensemble car il englobe tous les aspects du métier. C’est méticuleux et complet. Il y a par contre un biais car il y a beaucoup d’inconvénients et il ne mentionne que peu les rares avantages qu’il reste.
C’est donc la partie que je vais rajouter. Dans ce métier, pour être assez heureux, il faut maximiser les avantages et minimiser les inconvénients.
Ma stratégie, c’est qu’il faut corréler son intensité de travail au rapport point d’indice/inflation. Si le point d’indice stagne par rapport à l’inflation, travaillez moins. S’il est égal, travaillez pareil. S’il est supérieur, travaillez plus. Donc moi, ça fait 15 ans que je travaille de moins en moins.
Quelques exemples:
- faire des évaluations écrites seulement l’hiver quand il fait moche et que corriger ne vous embête pas car vous n’avez pas les moyens de partir aux sports d’hiver de toute façon et qu’en février, il fait moche, Le reste du temps, faites des évaluations orales : le temps que toute une classe fasse son exposé, ça prend bien 3h de cours et vous pouvez rester tranquillement assis à étirer vos muscles. Evaluer la participation orale ou faites des évaluations super courtes à corriger (définitions, vocabulaire…) Corrigez ça entre deux cours ou pendant qu’une autre classe est en évaluation. Le but : ne jamais ramener de travail à la maison.
- Ne faites pas de cours en rapport à l’actualité. Faites des cours sur des thèmes qui ne se démoderont jamais, comme ça, vous n’aurez pas à refaire vos cours tous les ans.
- Pour mettre du beurre dans les épinards : remplacez vos collègues sur vos heures de trous. Pour ne rien préparer, photocopier des exercices dans un livre et faites les bosser dessus. Ne faites des remplacements que sur des classes cool et vérifiez en jetant un œil à Pronote, onglet discipline le nombres de sanctions en moyenne par classe (si trop de sanctions, reposez vous plutôt).
- Pour les parents procéduriers et pénibles, augmentez les notes de leur gosse. Dites leur ce qu’ils veulent entendre jusqu’à avoir la paix. Vous faire insulter sur votre temps libre, ne vaut pas la peine (et ce n’est pas payé !)
- Ne pas être prof principal, ne jamais organiser de sorties, ne faire aucune tâche qui ne soit pas rémunérée. Refusez tout projet, toute formation et n’allez pas aux réunions interminables : trouver une excuse bidon pour tout, rien à foutre.
Pour le côté, peu épanouissant du métier car répétitif, il faut trouver des petites choses qui vous fassent du bien au travail : préparer vous de bons petits plats pour midi, améliorer la décoration de la salle, ne manger pas avec les collègues toxiques en installant un micro onde dans votre armoire pédagogique, apprécier la vue depuis votre salle, le sourire d’un élève sympa, mettez une page web en fond sur votre écran d’un truc qui vous intéresse (Goodreads, le Quinté +, Instagram ?), mettez votre musique dans le disque dur de l’ordi du boulot et ramener du matériel de sport, écoutez des podcasts, marcher en rond dans la salle en pratiquant la pleine conscience pendant que les élèves écrivent et prendre toujours un livre à lire bien sûr.
Ayez une marotte. Devenez auto entrepreneur en lien avec votre passion et poursuivez votre passion les jours fériés, les week-ends pluvieux, les vacances moches comme la Toussaint parfois ou certains étés où il fait vraiment trop chaud. Vous pouvez rénover des appartements, acheter des ruches et être apiculteur, faire une formation d’hypnothérapeute, un prof de mécanique fera des petites réparations en dehors du boulot, les fans d’animaux pourraient faire de la pension de chevaux ou un élevage canin, de la création de bijoux, pompier volontaire, pizzaïolo, viticulteur… Le but n’est pas forcément de gagner une fortune mais dans les moments difficiles au boulot de pouvoir se dire qu’enseigner n’est que votre gagne-pain mais que vous êtes bon pour restaurer des meubles, et que cette petite commode vous attend chez vous prête à être repeinte et que c’est ça votre raison de vivre, pas ce connard de Killian qui fait des bruits de pets dès que vous êtes retourné à écrire au tableau. Enfin, quand on vous demandera votre métier, dites que vous êtes restauratrice de meuble mais que vous donnez des cours à côté. C’est bon pour l’estime de soi. Si la retraite est repoussée d’un an tous les 5 ans au vu de la démographie, il vous faut un boulot plaisir en plus pour se tisser de nouvelles relations dans un domaine que vous aimez, faire un peu de sous pour préparer une future désindexation des pensions et acquérir de nouvelles compétences pour vous occuper à la retraite et ne pas glander toute la journée devant la télé.
Dans une société où tout le monde te crache dessus, qu’un ancien président dit que tu es grosso modo un branleur, que les sénateurs s’augmentent de 700 euros/mois et votent un loi t’obligeant à travailler 7h/an gratuitement et gèlent ton salaire tous les ans, que quand ton oncle ou ton maraîcher te voient, le premier truc qu’ils te disent, c’est « Alors toujours en vacances ? » ou bien « Alors bientôt les vacances ? », il est primordial de se protéger, de se défendre psychologiquement et financièrement.
Quand on est marin sur un paquebot vétuste qui menace de couler, qu’il n'y a de canots de sauvetage que pour la hiérarchie, que peu de moyens sont consacrés à sa rénovation, que votre salaire stagne, que les passagers vous traitent de fainéants et que les officiers vous culpabilisent de ne pas en faire assez, il est grand temps de construire un radeau sur son temps libre. Tiens, un collègue qui vient de sauter par le hublot, courage petit collègue, nage de toutes tes forces !