Cette femme qui marche dans la nuit, un manuscrit sous le bras, le long d’une avenue déserte, a-t-elle ou non rendez-vous avec la mort ? Elle semble connaître la réponse, mais que sait-elle exactement ? Toute son existence est liée à un livre, une immense anthologie dont les pages tracent le portrait d’une époque fictive – le IIe siècle –, et tentent d’élucider les sombres mystères d’une société – la “ Renaissance ” – : comme le ferait une mémoire contrainte, sous la chape de plomb du totalitarisme, à se dissimuler dans l’imaginaire et le discours codé. Or quelqu’un, à l’évidence, manipule les éléments de l’intrigue ainsi nouée : une jeune terroriste, en compagnie du policier qui a organisé sa fuite, se retrouve le temps d’un amour aux confins de l’Europe et de l’océan. C’est elle qui, par défi, invente devant nous un monde baroque et lugubre dont elle est sans doute l’émanation la plus tragique.
Antoine Volodine is the primary pseudonym of a French author. Some of his books have been published in sf collections, but his style, which he has called "post-exoticism", does not fit neatly into any common genre.
Consiglio la lettura di questo romanzo solo a chi già conosce e apprezza Volodine e il suo post-esotismo. Come primo impatto con questo autore è meglio invece il più recente Terminus Radioso.
In un mondo che somiglia al nostro ma che ha preso una piega diversa, un uomo e una donna trascorrono insieme gli ultimi giorni del loro rapporto amoroso nella città di Lisbona prima di lasciarsi per sempre. Lei è una terrorista ricercata e lui uno di quelli che dovrebbero catturarla e che invece ne è innamorato e sta rischiando tutto per aiutarla a fuggire più lontano possibile da un Occidente autoritario e revisionista. Il dialogo tra i due amanti e le considerazioni di ciascuno dei due sull'altro e sulla situazione si sviluppano attraverso un tumultuoso affastellarsi di aneddoti e citazioni attribuite a sedicenti scrittori rivoluzionari, in una baraonda di nomi e pseudonimi, riferimenti incrociati e contraddizioni. Da questi frammenti emerge poco a poco una realtà sempre più inquietante e misteriosa. Difficile spiegare il fascino di Volodine: psichedelico, beffardo, con un bouquet linguistico ricco e riconoscibile. La sua scrittura ha un che di esoterico, con continue ripetizioni di parole e frasi, lunghi elenchi di nomi, simbologie e formule prescrittive. Le sue tematiche sono affini a quelle di Philip K. Dick, anche se in questo romanzo meno esplicitamente orientate al fantastico.
J'ai entrepris de lire les Volodine plus anciens, ceux qui m'ont échappé du mitan des années 90 à celui des années 2000, de mes 25 à mes 35 ans, à cet âge où je préférais courir le monde et ses abreuvoirs. Je ne m'en veux pas de ce cabotinage. D'abord il m'a fatigué le foie et les bottes et fait que je savoure à plein, sans amertume, mon encalminage du moment. Et puis les heures passées dans les bars d'autres pays, si elles sont souvent oubliées, ne sont jamais perdues. On y observe mieux, et on y noie son identité: on est qui on veut, on se réinvente.
Les identités inventées pullulent chez Volodine, bien sûr. Il n'y a même, littéralement, rien d'autre. Elles sont à la base de son projet littéraire et participent de ce qui chez lui nous déstabilisé et nous charme. Il se trouve que ce jeu de masques évolue d'un roman à l'autre, d'un hétéronyme à l'autre. Il se simplifie. Il n'est nulle part plus complexe, m'a-t-il semblé, que dans Lisbonne, Dernière Marge.
Est-ce à cause des années ou des hétéronymes? Lutz Bassmann est-il plus doux, plus simple, qu'Antoine Volodine? Où est-ce un effet de la maturation? L'homme Volodine a-t-il lui aussi passé suffisamment de temps dans des bars étrangers, en est-il revenu de ces danses des voiles? Lisbonne, Dernière Marge, souvent signalé comme son chef d'oeuvre, a une complexité, une épaisseur, où l'on s'englue. C'est comme marcher dans les soupentes d'un hôtel après que la lessive y a été étendue. On se perd et on étouffe dans ce labyrinthe de coton. On a beau savoir que c'est la règle du jeu, que Volodine élabore des labyrinthes, cela n'aide guère. Par moment on se demande ce qui nous a pris d'ouvrir ce livre, quel plaisir sadique nous éprouvons à nous faire passer à nos propres yeux pour un idiot.
Lisbonne, Dernière Marge n'a pas la tendre grâce de Danse avec Nathan Golshem. C'est un roman de l'action, là où Danse Avec Nathan Golshem est une complainte nostalgique. Dans Lisbonne, Dernière Marge on est au coeur de la confusion, au coeur du complot, au coeur de la résistance. Dans Danse Avec Nathan Golshem, le combat est achevé et perdu. Dans Lisbonne, Dernière Marge tout est encore possible, la fuite autant que la révolte. Dans l'un et l'autre cas, il faut se cacher, dissimuler ce qu'on est, ce qu'on pense, ce qu'on dit. Le combat de Volodine est un combat de l'ombre. Les combats de l'ombre sont des combats de l'ombre, que pourrait-on y trouver d'autre que de la dissimulation, des voiles, de la confusion?
Pourtant il est une lumière dans cette obscurité. Il est un sentiment avec lequel Volodine ne joue pas et c'est l'amour. Je n'aimerais pas moitié autant Volodine sans ses histoires d'amour. Derrière tous les mensonges, derrière toutes les représentations retorses des post-quelque-chose (post-exotisme, post-historique, post-apocalyptique, post-vérité) l'amour se dresse comme une vérité brute, inaltérée, lumineuse. Et cela ne change pas, de Jorian Murgrave à Nathan Golshem, de Volodine à Bassmann, de l'écrivain de 30 ans à celui de 70 ans. Les histoires d'amour de Volodine sont belles, simples, saines, fortes. Les personnages post-exotiques sont amoureux. Ils aiment. Ils ne savent pas toujours qui, pas toujours pourquoi, mais ils aiment. Sans ambiguïté, sans incertitude.