Un soir sans lune, une jeune femme ne trouvant pas le sommeil quitte son lit pour arpenter les rues, portée par « l'urgence de vivre » et une « soif d'éclore », de s'ouvrir aux hasards de l'altérité. Il semble qu'un danger la guette, cependant, et tandis qu'elle y songe, celui-ci se matérialise : un inconnu surgit de l'ombre et l'aborde. Ne pouvant échapper à la suite des événements, la narratrice se réfugie dans sa tête où s'entame une sorte de monologue de la paralysie. Comment se taire, comment hurler, comment s'enfuir? Comment exister sous la menace, ici et maintenant, dans cette violence atrocement commune à laquelle les mots ne rendent pas justice? À la croisée des chemins littéraires et philosophiques, quelque part entre la fable et le récit initiatique de la perte de l'innocence, Salomé Assor tisse un texte profondément singulier dans lequel la poésie, l'onirisme et l'absurdité s'offrent pour unique rempart à l'inéluctable. Nue aborde ainsi le langage et l'agression comme des droites parallèles entre lesquelles l'image poétique jaillit comme l'ultime pudeur, un dernier éclat de féminité transcendant l'objectivation et la déshumanisation propre à toute atteinte au corps et à l'intégrité des femmes.
Un immense coup de cœur qui décrit tant de réalités à travers des métaphores magnifiques (et triste, il faut le dire), de l'onirisme et des jeux de mots qui deviennent des mots de l'esprit.
Je conçois que son écriture n'est pas toujours facile à décortiquer, à analyser, mais je vois la poésie de Salomé Assor comme une poésie à vivre, à lire à voix haute pour entendre ce qui ne peut être lu qu'entre les lignes.
Ce que j'aime par-dessus tout, c'est que ce poème en prose se prête facilement à des relectures, que l'écriture évolue au cours des chapitres, passant par exemple de la métaphore pure à la simple comparaison.
C'est un livre qu'il ne faut pas lire d'une traite. On lit un paragraphe, et cela nous fait déjà réfléchir, réagir, ressentir.
Je me sentais presque nue en lisant se livre, des mots qui défilaient l'un après l'autre se connectant seulement a leur finalité. Les phrases demandaient d'être prononcé à voix haute, les phrases déferlaient l'une après l'autre, une poésie, un flux d'inconscience. « Mon livre interrompu comme un amant d'hier soir, couché sur le ventre à la page où je me suis assoupie. » Des phrases où je me sentais presque pointée du doigt.
4,5 - Une lecture percutante où est abordé plusieurs sujets poignants. La plume de l’auteure m’a vraiment accrochée. J’adore ce genre de littérature québécoise.