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Besoin de mer

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« Je n’ai pas choisi la mer et elle ne m’a pas choisi. J’ ai la mer comme certains amis ont la foi : par foudre innocente, étrangère à la raison et au calcul. » Hervé Hamon a entrepris, dans ce livre à la première personne, de décrire et partager son besoin – de rivage, de marées, d’îles, de navigation, de ports. Il nous convie à voyager d’Ouessant aux brumes de Terre-Neuve, des icebergs du Groenland aux montagnes marines de la Crète. Il nous convie à emprunter la mer pour toucher terre. Il dit sa Bretagne, où il est solidement ancré, mais il n’est pas chauvin : la mer, et la mer seule, fait le tour du monde. « Être marin, écrit-il, c’est s’exercer à partir. » Il s’adresse à tous ceux, navigateurs ou paysans, citadins ou gens de la houle, qui vivent une passion, en goûtent le plaisir, et se savent mortels. A tous ceux qui, d’une manière ou d’une autre, aiment le large.

280 pages, Mass Market Paperback

First published January 1, 1999

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About the author

Hervé Hamon

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Hervé Hamon, né le 14 août 1946 à Saint-Brieuc, est un écrivain, cinéaste, et éditeur français.
D'abord professeur de philosophie pendant cinq années, il démissionne de l'Éducation nationale pour se consacrer à l'écriture. Journaliste quelque temps à Politique hebdo, il amorce ensuite, avec Patrick Rotman, une carrière d'écrivain enquêteur. De cette association naissent des ouvrages qui sont couronnés de succès : Les porteurs de valises, La deuxième gauche, Tant qu'il y aura des profs, Génération, en deux tomes (Tome 1 : Les Années de rêve, Tome 2 : Les Années de poudre), Tu vois je n'ai pas oublié (biographie d'Yves Montand).

D'un commun accord, Hamon et Rotman décident de travailler en solo après 1991.

Hervé Hamon publie une enquête sur les médecins puis bifurque vers des travaux plus littéraires et personnels où la mer occupe une grande place (Besoin de mer, L'Abeille d'Ouessant, Le livre des tempêtes). Après Le vent du plaisir, essai autobiographique, il revient à l'enquête avec Tant qu'il y aura des élèves où il re-visite, vingt ans après, l'enseignement secondaire public. Il est élu, en 2005, écrivain de Marine. En 2006, il quitte les éditions du Seuil auxquelles il a été fidèle pendant 23 ans et s'en explique publiquement. En 2007, il publie son premier roman, Paquebot, aux éditions du Panama, et, en 2009, il évoque la « condition provinciale » avec Toute la mer va vers la ville (Stock). Au printemps 2010, à la demande des Éditions Dialogues.fr (parutions papier et numérique confondues), il rédige douze nouvelles, La diagonale du traître.

En mai 2011, il revient au roman avec Comédie musicale, évocation aigre-douce de la chasse aux sorcières, à Hollywood, dans les années 1950. En 2013, il abandonne toute activité d'éditeur, renoue avec le Seuil dont Olivier Bétourné est devenu le PDG, et publie au mois d'avril Ceux d'en haut, une saison chez les décideurs, « voyage » libre chez les grands patrons et les arbitres du jeu politique. Il donne au printemps 2015 un nouveau roman d'aventures où l'on retrouve les personnages de Paquebot : Pour l'amour du capitaine. En 2017, il publie chez Tohu Bohu (l'éditeur est Jacques Binsztok, vieux compagnon de route du Seuil) Prévert l'irréductible, Tentative d'un portrait. En 2018, à l'occasion du cinquantenaire de Mai 1968, il confie aux Éditions de l'observatoire un court essai dont l'humour et l'insolence ne sont guère absents : L'Esprit de Mai.

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May 29, 2019
L'HOMME

Le récit de vie d'Hervé Hamon, écrivain-cinéaste-navigateur qui a barboté par toutes les mers du monde.


- Saint-Michel II, le voilier de Jules Verne - réplique construite à l'identique dans les chantiers de Nantes en 2005



LE STYLE

Un style d'homme multiple, mi-marin, mi-lettré, homme curieux, au regard alerte sur les mille ridicules et les mille gloires de son semblable, sur l'élaboration d'une pratique au fil des années, sur le temps passé à bord et sur la concorde qui règle les rapports au sein d'un équipage, sur son passage à bord du remorqueur l'Abeille Flandre ; sur la poésie des phares mécaniques, des îles, des côtes, et des hommes, qui n'épargne au lecteur ni adresses directes, ni digressions, enfant éternel qui s'émerveille de marcher au fond de la mer. Philosophe sensible, grave et farceur, au vocabulaire ample, raffiné et leste, à la plaisanterie facile et délicate, porté sur l'autodérision. Avec un regard aigu sur les contrastes offerts par la vie et sa défiance des idées faites, cet écrivain multiple fait une belle apologie de l'amateur et du touriste qui s'interroge, avide d'apprendre, curieux de ce qui l'entoure, fait œuvre de poète.



LES SUJETS :

Hervé Hamon en profite pour faire un tableau ressemblant de Saint-Brieuc, habité de scènes de la vie de Louis Guilloux, un écrivain du pays (https://www.goodreads.com/book/show/7...).

Louis Guilloux a été l'ami d'Albert Camus, et l'accompagnateur de Gide en 1936 lors de leur voyage en URSS. Il a aussi été l'ami de la famille de Hervé Hamon. Il s'amusait de faire partie des écrivains locaux boudés et proscrits par les écoles, dont faisait aussi partie Villiers de l'Isle-Adam.

"Louis Guilloux détestait être considéré commne un écrivain « breton » (plus encore comme un écrivain « régional »). Il était un écrivain « sorti » de Bretagne, dans toute l'acceptation du terme, et néanmoins fidèle. Il ne se gênait guère pour railler le triskell, symbole de « celtitude » (matrice, selon ses chantres, fortement démarquée du judéo-christianisme et rétive au métissage), et n'a pas hésité à écrire que cet harmonieux mouvement tournant avait par trop flirté avec le svastika. Guilloux était d'abord républicain et internationaliste, obsédé par la boucherie de 1914-1918 et par la victoire du franquisme en Espagne. Il partagea, un temps, l'espérance que plaçaient maints jeunes socialistes - son père avait fondé la section SFIO da Saint-Brieuc - dans le nouvel État soviétique. Mais très tôt, notamment lors du voyage qu'il accomplit là-bas avec Gide en 1936, il passa de la méfiance à la défiance et préféra le Secours rouge, la protection des réfugiés espagnols, à la servilité aveugle des compagnons de route. L'antifascisme et la résistance étaient son lot, la dévotion lui était étrangère." - p.67

Tout au long de la lecture, les scènes dressées par l'auteur sont toutes aussi saisissantes ou exubérantes les unes que les autres. Scènes des Îles parcourues : Belle-Île, l'Île aux moines, Milliau, Bréhat, Sein, Groix, Ouessant, Guadeloupe, Îles nord-américaines, Japon... Chapelet des phares aperçus... La rencontre fortuite avec Éric Tabarly à bord de Pen Duick. Et c'est aussi une dégustation d'épisodes de la vie des écrivains. Marins entre autres.

Sont cités :
François-René de Chateaubriand (le malouin éternel), Montaigne (l'homme qui aimait et savait vivre), Victor Hugo (à Guernesey pendant son exil), Edgar Allan Poe, Charles Baudelaire ("homme libre..."), Lautréamont ("vieil océan..."), Jules Verne (illustre plaisancier), Robert Louis Stevenson, Joseph Conrad, Marcel Proust (l'amoureux de Belle-Île), mais aussi Pierre Loti, Rudyard Kipling, Francisco Cobane...



LA BRETAGNE, CE PAYS DE CONTRASTES :

"(...) Cela paraît tellement simple. Cette vaste province qui renifle l'océan par ses deux naseaux, selon le mot de Paol Keineg, l'auteur du Printemps des bonnets rouges, est naturellement maritime, et pénétrée par la mer. Le flot remonte jusqu'à Dinan, Châteaulin, Quimper. À soixante-quinze kilomètres de son embouchure, la Loire demeure sensible aux marées. Et pourtant, la fracture est profonde entre l'Armor, le « pays de la mer », le pays du lointain cruel et conquérant, celui du Malouin Jacques Cartier ou de Joseph de Kerguelen, issu de l'Odet, qui découvrit au-delà du froid et de la tempête les « îles de la désolation », et l'Argoat (ou Arch'oat), « le pays des bois », celui des sources, des chaos, des manoirs, des calvaires, des déserts et des contes.
Mais cette frontière-là est encore trop simple. Même dans le Trégor où je suis ancré, les anciens, quand ce n'était pas leur spécialité, tournaient le dos à la mer (...). Nul, ou presque, ne savait nager avant que la vogue hygiéniste et vacancière des bains de mer ne vînt peupler les plages. On oublie un peu vite que les équipages corsaires croupissaient à bord de leurs bâtiments, attendant des éternités - tout le monde n'est pas Surcouf - qu'un navire marchand pataud, isolé et mal défendu, serve de proie sans coup férir ou presque. On oublie également que c'étaient des paysans qui peuplaient les goélettes de Terre-Neuve ou d'Islande, des paysans pauvres, déshérités, ou prêts à peiner pour un salaire meilleur et une pension de retraite."
- pp.53-54

"Ma mie dit que c'est folie d'aller faire la guerre aux Francs
Moi je dis que c'est folie d'être enchaîné plus longtemps
La voilà la blanche hermine, vive la mouette et l'ajonc
La voilà la blanche hermine, vive Fougères et Clisson"


La plupart des spectateurs n'ont perçu là qu'un hommage chaleureux aux grévistes du Joint français en révolte contre l'impossibilité d'être entendus par les décideurs « distants », dans tous les sens du terme. Mais « la guerre aux Francs »... Malgré la dévotion que je porte à Nominoé, vainqueur de Charles le Chauve le 22 novembre 845, au marquis de Pontcallec, exécuté en 1720 pour une conspiration d'opérette, ou à Georges Cadoudal, qui subit le même sort en 1804, j'avais, en écoutant ce refrain, autre chose en tête. Mon père était détenu de fraîche date en Allemagne lorsque ses geôliers ont proposé un marché aux Bretons du camp - ils étaient six. Pour peu qu'ils signent leur adhésion au Parti national breton, organisme de coloration doriotiste allié aux nazis, ils seraient libérés, rapatriés en France, rendus à leur famille. Un seul a signé, et a été effectivement élargi. (...)
Quel était le plus « Breton » des six ? Quand j'ai eu l'âge de connaître cette histoire, j'ai mieux compris la faible inclination que manifestait mon père envers le Gwenn ha du, le drapeau breton blanc et noir. La composante la plus nationaliste et la plus fasciste de l'Emzav (vaste mouvement, idéologiquement fort divers, en quête, avant la guerre, d'une identité bretonne), s'intitulait Breiz Atao [Bretagne toujours], et était doublée d'une annexe terroriste clandestine baptisée, précisément, Gwenn ha du. Le théoricien nazi Rosenberg, épluchant ses publications, lui accorda « sans équivoque » le label national-socialiste. Et Breiz Atao, flairant le vent et croyant profiter d'une aubaine en négociant l'émergence d'un gouvernement breton parrainé par le Reich, plongea dans la collaboration et imposa sa ligne, Na ruz na gwenn (Ni rouge ni blanc), option qui tourna bientôt au vert-de-gris et au noir SS.

Paradoxe : tandis que le Parti national breton, issu de cette dérive et qui ne compta guère plus de 3 000 adhérants, déshonorait l'étendard qu'il prétendait brandir, les Bretons, y compris maints anciens animateurs de l'Emzav, furent particulièrement actifs dans la Résistance. Les hommes de la milice bretonne (...) qu'on appelait « les noirs », étaient encore plus détestés que leurs homologues nazis (dans le maquis, il est arrivé, m'a-t-on rapporté, qu'on leur coupât les couilles, traitement qui ne fut pas infligé aux soldats allemands capturés). Coïncidence : le curé de Scrignac (...) était devenu, en fait sinon en droit, l'aumônier des collaborationnistes. Ce n'était pas un mauvais hommes, dit-on, ni un nazi : il suivait la pente d'une exaltation déjà ancienne et nourrie de culture. Toujours est-il qu'il fut exécuté - il rentrait d'une messe dite dans une chapelle à l'écart du bourg - et que le secret de cette exécution fut longuement tenu. Le fils de l'exécuteur, lui-même, n'apprit le geste de son père que le jour de l'enterrement de ce dernier, quelques décennies plus tard.
« J'ai vu son sang », m'avait dit un ancien maquisard (membre des Francs tireurs et partisans, proches du parti communiste) de Scrignac, peu avant de mourir. Il n'en avait pas dit plus.

Sachant cela, où rangez vous l'image convenue d'une Bretagne soumise aux prêtres, niaisement dévote, confusément chouanne, rythmée par ses pardons et vouée à Sainte-Anne ? Elle existe, ou a existé, assurément. Ni plus ni moins que la révolte fiévreuse contre les « missions » prêchant l'enfer afin de ramener dans le droit chemin les païens du bout du monde, ou Brest-la-Rouge, insurgée en 1907, ou l'anarcho-syndicalisme nantais. (...)

Ambivalence. Au lendemain de la Libération, les Bretons avaient massivement œuvré pour le rétablissement de la République, cette même République qui niait ou nivelait leur différence. (...) D'abord, il m'apparaît que la Bretagne ne forme pas un tout, moins encore un tout dont chaque membre ou rejeton exprimerait et prorogerait la quintessence. La Bretagne intérieure est pauvre comme sa terre, les villages sont délaissés. Elle paraît contredire la Bretagne souriante de Vannes ou de Pont-Aven, ou la « ceinture dorée » du Trégor dont l'agriculture est féconde. La Bretagne des grandes villes, des métropoles régionales - Rennes, Nantes - où les universités et les centres de recherche sont brillants et producteurs de technologies nouvelles, étouffe les petites cités mourantes qui n'ont plus que le tourisme pour planche de salut. Finalement, une Bretagne musée côtoie une Bretagne performante, et elles se rencontrent de plus en plus difficilement. Les cartes sont brouillées. (...) Et il est probable que les rêves d'unification « nationale » (un peuple, une langue, un territoire), au lieu d'introduire de la cohérence, ont accentué les fractures et incité les populations à s'unifier dans et par la République - signe qui ne trompe pas : l'école, ici, a été plus fréquentée qu'ailleurs, le taux de scolarisation fut précocement élevé."
- pp.57-61

Accompagnement :
Tôt le matin - Gaël Faye
234 reviews7 followers
April 29, 2020
Besoin au sens de nécessité. Hervé Hamon partage avec élégance et érudition sa très grande connaissance de l'univers maritime dans toute sa variété et sa richesse. Les hommes, les lieux, les œuvres, les passions et les drames. La mer comme passion et comme ligne de vie.
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