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Histoire de France #5

Les Renaissances, 1453-1559

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Ce livre efface la coupure aussi traditionnelle qu'arbitraire entre le Moyen Âge et l'époque moderne. C'est toute cette période, de Charles VII à Henri II, qui est placée sous le signe "des" Renaissances. La fin de la guerre de Cent ans et des grandes crises socio-économiques, au milieu du XVè siècle, est effectivement le point de départ d'un renouveau général, des hommes, des échanges, des richesses... La période 1453-1559 est alors entraînée dans un mouvement de floraison, de dynamisme et de créativité en de multiples domaines; c'est ce siècle effervescent qui, en définitive, correspond bien à l'appellation de "beau XVlè siècle". On a fait ici le choix d'en évoquer les principales facettes d'une manière plus thématique que chronologique, sans négliger pour autant, à l'intérieur de chaque développement, de faire apparaître les inflexions et les mutations, aussi bien pour les réseaux marchands que pour les affrontements religieux... Les six parties correspondent à des approches successivement démographique et économique, sociale, politique, de relations internationales, religieuse et culturelle. Nombre de thèmes de recherche développés récemment y trouvent bien évidemment leur place, qu'il s'agisse de la consommation ou des identités. D'autres en revanche, comme le genre, ont été mis en valeur dans I'" atelier de l'historien ". Ce mode de présentation contribue à faire émerger une synthèse, au service d'une intelligibilité nouvelle de la période, avec le souci de mettre en valeur des problématiques, d'ouvrir des réflexions, en soulignant pour certains sujets les insuffisances, voire les contradictions, de l'historiographie et en nourrissant le propos de remarques critiques. Il s'agit bien ici d'un "certain regard "sur le temps des Renaissances. La dialectique du changement (emblématique des représentations sur la période) et des continuités s'impose d'une façon particulièrement nette: elle suppose d'évaluer avec justesse l'ampleur des mutations et des changements. Elle nourrit le débat, déjà ancien, sur la "modernité" de la Renaissance; s'agit-il vraiment de l'enfantement d'un monde nouveau? N'est-elle pas plutôt le point d'aboutissement d'un certain rapport au monde, issu des derniers siècles médiévaux ? Cette interrogation permet de tisser la trame qui sépare ce temps lumineux des Renaissances des ténèbres des guerres de Religion...

700 pages, Paperback

First published October 15, 2009

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Philippe Hamon

50 books4 followers

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Profile Image for Yann.
1,413 reviews393 followers
October 2, 2013
Encore un nouveau chapitre de l’histoire de France, vu par la collection Belin de Joël Cornette. Le présent volume brosse le tableau de la période qui s’étend de la fin de la guerre de cent ans jusqu’au début des guerres de religion. Elle associe la seconde partie de XVème siècle avec le début du seizième, cette dernière étant associée généralement à la renaissance : en procédant ainsi, l’intention de l’auteur est de mettre en évidence que la fameuse rupture tire en fait des racines dans la période précédente.

D’un point de vue politique, la crise de succession, les guerres civiles interminables entre Armagnacs et Bourguignons, et l’invasion anglaise, mettait le royaume dans un état de guerre permanent qui avait déchiré la France dans la période précédente. Mais cela avait eu la conséquence suivante: les revenus exceptionnels que le roi levait en cas de guerre devinrent réguliers, alors qu’on disait auparavant que « le roi doit vivre du sien », c'est-à-dire de ce que lui rapportait ses propres terres. La royauté, qui est toujours en rivalité avec les grands, se trouve peu à peu investi d’une manne régulière qui lui donnera les moyens de sa politique : assurer la sécurité et la reconquête du royaume en armant une force régulière, et assurer la gouvernance en établissant une administration toujours plus efficace. Charles VII va ainsi, repousser les anglais de la Normandie, mais aussi de l’Aquitaine, où ils étaient implantés depuis trois siècles. Son fils, Louis XI, va petit à petit étouffer la Bourgogne de Charles le Téméraire, et absorber la Bretagne par un mariage avec Anne de Bretagne. Le conflit avec l’Angleterre va avoir pour conséquent de souder un sentiment national, et la personne du roi gagne en autorité : les faveurs qu’il peut accorder attirent à lui les talents, qui se mettent à son services contre les avantages qu’il procure. Philippe de Commyne a laissé des mémoires intéressantes de cette époque.

Les successeurs de Louis XI vont avoir en vue de conquérir le nord de l’Italie, ce qui sera source de conflit avec la nouvelle grande puissance du XVIème siècle : l’empire des Habsbourg, qui entoure complètement la France, et qui remplace bientôt l’Angleterre comme ennemi. Une politique d’alliance discrète avec les Ottomans servira cet objectif. C’est aussi le temps des grandes découvertes : la France se lance à son tour à la découverte du nouveau continent, pour s’y établir et en tirer profit, comme l’Espagne et le Portugal avant elle. Jacques Cartier part au Canada, Verrazano reconnait la côte de l'Amérique du Nord. François 1er refuse le partage entre Portugais et Espagnols du traité de Tordesillas (1494). Il aurait affirmé : "Le soleil luit pour moi comme pour un autre; je voudrais bien voir la clause du testament d'Adam qui m'exclut du partage du monde."

Deux grandes découvertes techniques vont marquer cette époque : d’abord la généralisation la poudre à canon qui va petit à petit changer le visage des conflits armés. Le désastre d’Azincourt, où la chevalerie française avait été presque complètement anéantie par les archets anglais marquait déjà la fin d’une certaine conception de la guerre : les prisonniers avait été assassinés sur ordre d’Henri V, au lieu d’être enlevés pour rançon, comme le voulait un usage établi. Les armes à feu vont se généraliser, et la puissance dépendra plus de la discipline que d’une bravoure désormais inutile. Pour la noblesse, c'est le début d'une crise, et la recherche des nouvelles valeurs qui lui permettra de continuer à se distinguer.

Autre découverte notable : l’imprimerie, qui va accompagner l’engouement extraordinaire pour les textes de l’antiquité, qui affluent désormais dans le royaume de France, et qui remplacent petit à petit la philosophie scholastique. Un fort rejet de tout ce qui est immédiatement précèdent se fait sentir. Jacques Amyot, Guillaume Budé et bien d’autres contemporains d’Érasme et de Thomas More se passionnent pour les humanités, et rendent accessibles ces trésors qui avaient été oubliés. Parallèlement à cet intérêt pour les langues mortes, la langue vulgaire acquière un statut particulier, avec l’édit de Villers-Cotterêts, qui établit le français comme langue administrative, ce qui va entraîner peu à peu le déclin du latin, mais aussi rendre plus accessible le savoir et la connaissance. Pour autant, les dialectes locaux sont encore en nombre infini et génèrent beaucoup de difficulté de comprehension d'une région à l'autre. Ainsi, revenant du Brésil et jeté en 1557 sur les côtes bretonnes, Jean de Léry découvre des "Bretons bretonnants dont nous entendions moins le langage que celui des sauvages américains d'avec lesquels nous venions". Louis XI, recevant des envoyés de Millau, a recours à un interprète. Faisant son entrée à Brive, il ne comprend pas un mot de ce que lui déclarent les édiles locaux.

C’est également le temps de la réforme, qui accompagne un désir d’amélioration des abus qui sont établis dans la chrétienté, qui existe depuis longtemps, mais qui s’accentue. L’anticléricalisme est fort développé, mais il est encore très teinté de superstitions. La croyance en l’existence du diable et des démons et encore bien ancrée. Le ton que prennent les controverses religieuses est souvent virulent. Bientôt, les différents religieux prendront un tour dramatique.

Comme d’habitude avec cette collection, les illustrations sont très belles, variées, accompagnées de cartes et de frises chronologiques. L’approche est thématique, et les derniers chapitres abordent les difficultés auxquelles l’historien peut être confronté, comme une abondance de données écrites, mais trop disparates pour qu’elles puissent former une source de données statistiques fiable. J’ai trouvé que l’auteur jargonnait un peu trop de temps en temps, avec par exemple ses cérémonies « performatives », mais ça reste assez lisible et accessible.
Profile Image for Zéro Janvier.
1,722 reviews125 followers
January 1, 2019
Le cinquième volume de la collection Histoire de France dirigée par Joël Cornette pour la maison d'édition Belin est consacrée à la Renaissance, ou plutôt Les Renaissances comme l'indique le titre de cet opus.

Ce livre efface la coupure aussi traditionnelle qu'arbitraire entre le Moyen-Âge et l'époque moderne : c'est tout le siècle qui court de 1453 à 1559 qui est placé ici sous le signe "des" Renaissances, d'où la volonté de ne pas le découper en phases distinctes. Avec son dynamisme, sa floraison, sa créativité, c'est finalement la période qui correspond le mieux à l'appellation de "beau XVI° siècle" apparue il y a quelques décennies.

Cependant, si le changement est emblématique de la période et en particulier de ses représentations, de très fortes continuités se font jour. Cette dialectique nourrit le débat, déjà ancien, sur la "modernité" de la Renaissance. Correspond-elle vraiment à l'enfantement d'un monde nouveau ? N'est-ce pas plutôt le point d'aboutissement d'un rapport au monde issu directement des dernières siècles médiévaux ? Ces interrogations permettent de mettre en perspective le passage de cette époque, considérée comme lumineuse, aux ténèbres des guerres de Religion.

Le résumé l'indique parfaitement : l'ambition de Philippe Hamon, l'auteur de ce volume, n'est pas de glorifier l'époque de la Renaissance comme un nouvel Âge d'Or après des siècles de ténèbres médiévales, mais au contraire d'interroger à la fois sur les continuités et les changements entre le Moyen-Âge et cette période ouvrant sur l'époque moderne.

A cet effet, le plan retenu m'a semblé très efficace.

Le premier court chapitre, d'une trentaine de pages, vise à synthétiser la chronologie des principaux événements de l'époque, à travers le récit des règnes de Charles VII, Louis XI, Charles XVIII, Louis XII, François Ier et Henri II. Cela m'a semblé un rappel utile et bienvenu.

Suite à ce préambule chronologique, la plan est en suite thématique, avec 6 parties consacrées à un aspect différent de la période étudie.

La première partie est consacrée à la démographie et à l'économie, avec un synthèse des études sur la population française de l'époque, sur la production agricole et artisanale, et sur le commerce.

La deuxième partie s'intéresse aux questions sociales, avec les structures élémentaires d'encadrement, le monde urbain, les corporations, les notions d'inclusion et d'exclusion, et une réflexion sur la mobilité sociale et "l'ascenseur social".

Dans la troisième partie, l'auteur s'attarde sur les questions politiques : la figure du roi, le mode d'exercice du pouvoir, la cour, l'accroissement des moyens d'action de la monarchie, et les relations entre le souverain et ses sujets.

La quatrième partie est consacrée aux relations internationales, avec une étude des moyens (armée et diplomatie), les moyens de contrôle des province, les tentatives d'expansion en Italie, et une présentation des alliés et des adversaires du royaume de France en Europe, en particulier l'Angleterre et l'Empire de Charles Quint.

La cinquième partie revient sur la question religieuse, au coeur de laquelle se trouve la Réforme et sa déclinaison française : le calvinisme. L'auteur montre comment le besoin de réforme au sein de l'Eglise catholique a été débordé par une Réforme plus profonde provoquant un schisme au sein de l'Eglise chrétienne d'Occident.

Enfin, la sixième thématique porte sur la culture : le projet humaniste y est défini ; les questions linguistiques et littéraires y sont abordées, avec évidement l'impact de l'invention de l'imprimerie ; d'autres thématiques culturelles sont également étudiées : l'influence italienne dans l'art, la naissance d'un classicisme français, la diffusion de la modernité artistique, et la place de l'art dans la société (artistes, mécènes, etc.)

Après une brève conclusion, le livre s'achève, comme tous les volumes de cette collection, par l'atelier de l'historien et des annexes. L'atelier de l'historien revient cette fois sur quatre sujets : la difficulté liées à l'étude des sources, nombreuses et hétérogènes sur la période ; l'historiographie sur François Ier, sur Rabelais, et sur les Français en Amérique à l'époque de la Renaissance ; des débats sur l'état, l'Homme de la Renaissance et le histoire des femmes et du genre ; et enfin un court chapitre intitulé "Chantiers" dans lequel l'auteur évoque les sujets d'étude et les approches qui mériteraient selon lui d'être poursuivis pour approfondir ou renouveler notre compréhension de la Renaissance.

Après avoir lu les 600 pages environ de ce livre, j'ai l'impression d'avoir une bien meilleure vision de la Renaissance qu'avant, même si certaines subtilités m'ont certainement échappées et que certains sujets m'ont moins intéressé que d'autres. J'y ai tout de même pioché des éléments passionnants et enrichissants, et j'ai surtout trouvé un livre de synthèse passionnant sur la Renaissance, auquel je pourrai me référer ultérieurement si je souhaite approfondir certaines thématiques

Il me reste désormais à poursuivre ma découverte de cette collection avec le prochain tome, consacré aux passionnantes Guerres de Religion.
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