Encore un nouveau chapitre de l’histoire de France, vu par la collection Belin de Joël Cornette. Le présent volume brosse le tableau de la période qui s’étend de la fin de la guerre de cent ans jusqu’au début des guerres de religion. Elle associe la seconde partie de XVème siècle avec le début du seizième, cette dernière étant associée généralement à la renaissance : en procédant ainsi, l’intention de l’auteur est de mettre en évidence que la fameuse rupture tire en fait des racines dans la période précédente.
D’un point de vue politique, la crise de succession, les guerres civiles interminables entre Armagnacs et Bourguignons, et l’invasion anglaise, mettait le royaume dans un état de guerre permanent qui avait déchiré la France dans la période précédente. Mais cela avait eu la conséquence suivante: les revenus exceptionnels que le roi levait en cas de guerre devinrent réguliers, alors qu’on disait auparavant que « le roi doit vivre du sien », c'est-à-dire de ce que lui rapportait ses propres terres. La royauté, qui est toujours en rivalité avec les grands, se trouve peu à peu investi d’une manne régulière qui lui donnera les moyens de sa politique : assurer la sécurité et la reconquête du royaume en armant une force régulière, et assurer la gouvernance en établissant une administration toujours plus efficace. Charles VII va ainsi, repousser les anglais de la Normandie, mais aussi de l’Aquitaine, où ils étaient implantés depuis trois siècles. Son fils, Louis XI, va petit à petit étouffer la Bourgogne de Charles le Téméraire, et absorber la Bretagne par un mariage avec Anne de Bretagne. Le conflit avec l’Angleterre va avoir pour conséquent de souder un sentiment national, et la personne du roi gagne en autorité : les faveurs qu’il peut accorder attirent à lui les talents, qui se mettent à son services contre les avantages qu’il procure. Philippe de Commyne a laissé des mémoires intéressantes de cette époque.
Les successeurs de Louis XI vont avoir en vue de conquérir le nord de l’Italie, ce qui sera source de conflit avec la nouvelle grande puissance du XVIème siècle : l’empire des Habsbourg, qui entoure complètement la France, et qui remplace bientôt l’Angleterre comme ennemi. Une politique d’alliance discrète avec les Ottomans servira cet objectif. C’est aussi le temps des grandes découvertes : la France se lance à son tour à la découverte du nouveau continent, pour s’y établir et en tirer profit, comme l’Espagne et le Portugal avant elle. Jacques Cartier part au Canada, Verrazano reconnait la côte de l'Amérique du Nord. François 1er refuse le partage entre Portugais et Espagnols du traité de Tordesillas (1494). Il aurait affirmé : "Le soleil luit pour moi comme pour un autre; je voudrais bien voir la clause du testament d'Adam qui m'exclut du partage du monde."
Deux grandes découvertes techniques vont marquer cette époque : d’abord la généralisation la poudre à canon qui va petit à petit changer le visage des conflits armés. Le désastre d’Azincourt, où la chevalerie française avait été presque complètement anéantie par les archets anglais marquait déjà la fin d’une certaine conception de la guerre : les prisonniers avait été assassinés sur ordre d’Henri V, au lieu d’être enlevés pour rançon, comme le voulait un usage établi. Les armes à feu vont se généraliser, et la puissance dépendra plus de la discipline que d’une bravoure désormais inutile. Pour la noblesse, c'est le début d'une crise, et la recherche des nouvelles valeurs qui lui permettra de continuer à se distinguer.
Autre découverte notable : l’imprimerie, qui va accompagner l’engouement extraordinaire pour les textes de l’antiquité, qui affluent désormais dans le royaume de France, et qui remplacent petit à petit la philosophie scholastique. Un fort rejet de tout ce qui est immédiatement précèdent se fait sentir. Jacques Amyot, Guillaume Budé et bien d’autres contemporains d’Érasme et de Thomas More se passionnent pour les humanités, et rendent accessibles ces trésors qui avaient été oubliés. Parallèlement à cet intérêt pour les langues mortes, la langue vulgaire acquière un statut particulier, avec l’édit de Villers-Cotterêts, qui établit le français comme langue administrative, ce qui va entraîner peu à peu le déclin du latin, mais aussi rendre plus accessible le savoir et la connaissance. Pour autant, les dialectes locaux sont encore en nombre infini et génèrent beaucoup de difficulté de comprehension d'une région à l'autre. Ainsi, revenant du Brésil et jeté en 1557 sur les côtes bretonnes, Jean de Léry découvre des "Bretons bretonnants dont nous entendions moins le langage que celui des sauvages américains d'avec lesquels nous venions". Louis XI, recevant des envoyés de Millau, a recours à un interprète. Faisant son entrée à Brive, il ne comprend pas un mot de ce que lui déclarent les édiles locaux.
C’est également le temps de la réforme, qui accompagne un désir d’amélioration des abus qui sont établis dans la chrétienté, qui existe depuis longtemps, mais qui s’accentue. L’anticléricalisme est fort développé, mais il est encore très teinté de superstitions. La croyance en l’existence du diable et des démons et encore bien ancrée. Le ton que prennent les controverses religieuses est souvent virulent. Bientôt, les différents religieux prendront un tour dramatique.
Comme d’habitude avec cette collection, les illustrations sont très belles, variées, accompagnées de cartes et de frises chronologiques. L’approche est thématique, et les derniers chapitres abordent les difficultés auxquelles l’historien peut être confronté, comme une abondance de données écrites, mais trop disparates pour qu’elles puissent former une source de données statistiques fiable. J’ai trouvé que l’auteur jargonnait un peu trop de temps en temps, avec par exemple ses cérémonies « performatives », mais ça reste assez lisible et accessible.