Hiinahime a été laissée pour morte par Ishirô suite à la duperie de sa servante. Envoyée devant son "grand père" le shogun, ce dernier décide de l'offrir en guise de cadeau piégé comme concubine à l'Empereur. Mais le palais impérial s'avère une nouvelle prison pour celle qui ne rêve désormais que de liberté et de retrouver son ami.
Replonger dans Les chroniques de l'érable et du cerisier aves ses magnifiques couvertures est toujours un grand plaisir pour moi. J'adore depuis le premier tome parcourir ce Japon du début de l'ère Edo (XVIIème siècle) aux côtés d'Ichirô, ce jeune apprenti samouraï plus passionné de théâtre que de combats. J'avais particulièrement adoré le personnage d'Hiinahime dans Le masque de Nô. Quelle ne fut donc pas ma surprise, et mon plaisir, de découvrir que Camille Monceaux délaissait pour ce tome (et pour le suivant ?) le personnage d'Ichirô pour nous permettre de suivre justement Hiinahime en tant que narratrice, reprenant là où l'intrigue nous avait fait perdre de vue cette dernière à la fin du premier roman. C'est donc une histoire parallèle à celle d'Ichirô dans Le sabre des Sanada que nous parcourons ici, Hiinahime désirant retrouver son ami et sa liberté tout en perçant le secret entourant ses origines suite aux événements survenus sur la scène à Edo.
J'ai apprécié suivre notre héroïne dans sa quête et découvrir de nouveaux lieux, personnages et aspects du Japon de l'époque, la cour impériale restant bien évidemment le lieu le plus emblématique de ce roman, et le seul que je me sens légitime à révéler puisque déjà annoncé dans le tome précédent, mais sachez qu'Hiinahime va voyager et découvrir d'autres aspects de la culture et de l'histoire du Japon. Car Les chroniques de l'érable et du cerisier, c'est également une approche très sympathique de la culture japonaise à travers l'évocation par exemple de l'étiquette à la cour, des conflits entre le shogunat Tokugawa et le clan Toyotomi, l'évocation des différentes saisons ou heures rythmant la journée... Si comme moi le Japon d'autrefois vous intéresse, c'est un véritable plaisir d'en apprendre un peu plus à travers une histoire agréable à suivre sans forcément avoir l'aspect "encyclopédique" auxquels certains romans cèdent par excès d'orgueil. Bien sûr, le roman ne serait pas complet sans évoquer à nouveau le kabuki dont nous voyons l'évolution extrêmement rapide des codes en quelques mois, comme pour tout phénomène culturel novateur.
Niveau protagonistes, nous en découvrons quelques-uns très intéressants dont la très touchante Nami où la mère de l'empereur. Mœurs de l'époque oblige, nous allons effectivement durant une bonne partie du roman rencontrer principalement des personnages féminins, permettant de mettre en avant des figures fortes face aux préjugés d'alors. L'évolution la plus intéressante reste cependant celle de notre héroïne qui m'a semblé prendre le contre-pied d'Ichirô. Là où nous suivions un jeune apprenti samouraï se prenant peu à peu d'aversion pour la violence, Hiinahime, normalement condamnée par sa condition féminine à un rôle plus passif, est prête à tout pour obtenir sa liberté et réaliser ses vœux, quitte à apprendre à se battre.
Pour terminer, j'aimerais vraiment saluer la plume de Camille Monceaux qui réussit à intégrer les sujets pour lesquels elle milite de manière subtile. Vous l'avez déjà probablement remarqué en lisant cette chronique mais j'ai par exemple évoqué la non-violence d'Ichirô ou bien la condition féminine face au patriarcat. La grande force de ce roman est d'amener ces thèmes au bon moment, sans en faire trop, pour proposer au lecteur une réflexion. Je pense par exemple à cette discussion sur la place de la femme dans la religion entre Hiinahime et une prêtresse. Loin d'une diatribe enflammée, cette dernière nous propose alors en une phrase une réflexion sur les différentes voies pour faire changer et avancer les choses. Il en va de même pour la pensée féministe du roman en général. J'avais reproché à Claire North et à son Pénélope reine d'Ithaque une vision particulièrement ennuyante dans laquelle 99% des hommes étaient à jeter, cruels et vicieux. Les chroniques de l'érable et du cerisier regorge de personnages masculins charitables ou doux, à l'image de Shin par exemple, tout en faisant passer un message sur le patriarcat. Cela n'empêche pas la présence d'ordures par ailleurs, et ce des deux sexes. De manière générale, cette série aborde divers thèmes tels que le patriarcat, l'homosexualité, la non-violence, le végétarisme... sans que cela ne m'ait jamais gêné ou interrompu dans ma progression, ou alors juste pour admirer la subtilité d'un dialogue ou la surprise que cela faisait prendre au scénario. L'unique fois où l'un de ces éléments m'a gêné, cela fut pour me rendre compte que c'était désiré par l'auteure qui en joue après entre ses personnages !
Un petit plaisir de lecture dont le principal défaut est la date lointaine annoncée pour le dernier tome !