Tellement, tellement baveux. François Blais est un des rares auteurs à pouvoir me faire éclater de rire...mais pour les bonnes raisons, t'sais.
Il nous entraîne à la suite de deux jeunes un peu paumés à Grand-Mère (une ville que j'ai en haute estime puisque son CLSC m'a secourue suite à une réaction allergique à 120 piqûres de mouches noires). Tess, délurée, tellement vivante sur papier, employée chez Subway à 25 heures semaine ; Jude, sur l'assistance sociale, désenchanté, son coloc. Deux jeunes qui voyagent virtuellement avec Google Maps et qui ont pour projet de voyager... à Bird-in-Hand en Pennsylvanie. Mais pour voyager, les sous et la voiture sont nécessaires. Tess et Jude tenteront de convaincre un auteur local de faire une demande de bourse littéraire pour financer leur voyage. La seule façon d'obtenir de l'argent selon Tess est d'écrire un récit de voyage. Et elle utilisera tous les conseils littéraires de Marc Fisher pour y arriver.
Dans Document 1, le monde littéraire en prend pour son rhume. Blais ratisse large : les auteurs de la Mauricie passent au cash, comme dit mon père. Marc Fisher aussi. L'absurdité et la vacuité de certains propos de son livre sont traités avec une ironie délectable. Voici pour preuve la fin de ce chapitre consacré au Maître (comme l'appelle Tess):
"Et il enchaîne avec un argument massue : pour espérer vivre de sa plume, un auteur québécois doit viser le marché international, et le style ne survit pas à la traduction. Dans ces conditions, le mieux est de viser le style "invisible", qui s'efface au profit des personnages et du récit. Il cite le cas de la version anglaise de Madame Bovary, où il ne reste "plus rien du style inimitable du vieux maître, de sa phrase profonde et sonore." Quel plouc, ce Gustave, de s'être donné tant de mal! À quoi bon se forcer si c'est pour passer sous le radar des Américains?" (page 97)
Je l'ai tellement ri. Et après j'ai eu un peu mal. (J'ai bien de la misère avec les gourous auto-proclamés.)
Trois raisons de lire ce roman? 1) pour cette plume tellement agile et baveuse; 2) pour le personnage de Tess, tellement attachante et 3) pour la façon dont l'auteur nous fait vivre ce récit de voyage inusité.
C'était bien le fun.