Vincent se mordille l’intérieur de la joue et ses mains où apparaissent les premières taches brunes tremblent un peu ; de façon imperceptible, certes, mais elles tremblent quand même. C’est bien normal, il y a de l’appréhension. À cause du manque d’habitude, de la peur du ridicule, et puis surtout cette érosion inéluctable et insidieuse qui les a rattrapés à pas de loup et de vie. Oh, ils s’aiment toujours, bien sûr, pas de doute là-dessus ; c’est juste qu’ils se sont mis, à leur tour, à ressembler aux autres. Il n’y a pas de mal à ressembler aux autres même si Vincent et Jacqueline, eux, n’y tenaient pas vraiment. Mais voilà, c’est arrivé. Sans drame, sans bruit, sans heurt, ils ont vieilli et, à force de frottement, leurs sentiments ont fini par déteindre et devenir aussi lisses que des galets.