Deux amoureux de la chanson traditionnelle québécoise rendent hommage aux chanteurs, conteurs et poètes québécois de tradition orale. Ils évoquent les femmes et hommes anonymes qui chantaient pour rythmer les travaux de la terre, ils rappellent les liens entre la chanson et l’œuvre de poètes tels que Alfred DesRochers ou Gaston Miron, et célèbrent les groupes d’aujourd’hui qui colportent la chanson traditionnelle aux quatre coins du monde.
En montant la rivière est une ode à ces chansonniers de toutes origines qui ont habité le territoire de la mémoire, et qui continueront de l’habiter par leurs histoires et chansons. Née du métissage des cultures des Premiers Peuples d’Amérique, des Français devenus Canadiens, des Irlandais et Écossais, la chanson traditionnelle québécoise dialogue aujourd’hui avec les cultures des peuples du monde entier et célèbre la tradition orale comme réservoir de connaissances et de visions du monde.
Chanson après chanson, les auteurs explorent les paradoxes et les trous de mémoire : l’ambivalence envers l’Autochtone, les figures tantôt héroïques tantôt tragiques du voyageur, du coureur des bois, du bûcheron, du draveur et de l’habitant qui disent la nostalgie du pays. Loin d’incarner un repli sur un folklore immuable, la chanson traditionnelle québécoise est une voie de passage entre différentes cultures, langues et rapports au monde ; elle est le témoin d’une humanité commune et partagée.
Je suis resté bouche béate après cette lecture. En faisant le pari que le local permet d’atteindre l’universel, les auteurs Sébastien Langlois et Jean-François Létourneau mettent en lumière, dans En montant la rivière, l’héritage culturel traditionnel inestimable de la Franco-Amérique et du Québec, un savant métissage des pratiques canadiennes-françaises au contact des Premiers Peuples, des Irlandais, des Écossais, des Anglais et qui, depuis un siècle, dialoguent avec d’autres univers, nous pourrions penser aux Italiens ou aux Haïtiens.
Loin d’être quétaine, cette culture trad’ riche mérite grandement de sortir du temps des fêtes et des cabanes à sucre afin d’être célébrée comme il se doit, à longueur d’année, dans toute sa variété. Les deux auteurs nous rappellent que de prime abord notre patrimoine québécois traditionnel (ou franco-américain) est déjà bigarré et agit peut-être comme un modèle d’intégration.
Même si grandement nuancé, l’essai m’a paru quelques rares fois agaçant en raison du côté moralisateur de certains passages. Somme toute, je pense qu’on tient là une ode sincère et sentie à notre musique et littérature traditionnelles.