Il y a quelques semaines (avril 1840), j’avais laissé tomber négligemment cette phrase : « J’irais volontiers en Espagne ! » Au bout de cinq ou six jours, mes amis avaient ôté le prudent conditionnel dont j’avais mitigé mon désir et répétaient à qui voulait l’entendre que j’allais faire un voyage en Espagne. À cette formule positive succéda l’interrogation : « Quand partez-vous ? » Je répondis, sans savoir à quoi je m’engageais : « Dans huit jours. » Les huit jours passés, les gens manifestaient un vif étonnement de me voir encore à Paris. « Je vous croyais à Madrid, disait l’un ? Êtes-vous revenu ? » demandait l’autre. Je compris alors que je devais à mes amis une absence de plusieurs mois, et qu’il fallait acquitter cette dette au plus vite, sous peine d’être harcelé sans répit par ces créanciers officieux ; le foyer des théâtres, les divers asphaltes et bitumes élastiques des boulevards m’étaient interdits jusqu’à nouvel ordre : tout ce que je pus obtenir fut un délai de trois ou quatre jours, et le 5 mai, je commençai à débarrasser ma patrie de ma présence importune, en grimpant dans la voiture de Bordeaux.
Je glisserai très légèrement sur les premières postes, qui n’offrent rien de curieux. À droite et à gauche s’étendent toutes sortes de cultures tigrées et zébrées qui ressemblent parfaitement à ces cartes de tailleurs où sont collés les échantillons de pantalons et de gilets. Ces perspectives font les délices des agronomes, des propriétaires et autres bourgeois, mais offrent une maigre pâture au voyageur enthousiaste et descriptif qui, la lorgnette en main, s’en va prendre le signalement de l’univers. Étant parti le soir, mes premiers souvenirs, à dater de Versailles, ne sont que de faibles ébauches estompées par la nuit. Je regrette d’avoir passé par Chartres sans avoir pu voir la cathédrale.'
Pierre Jules Théophile Gautier was a French poet, dramatist, novelist, journalist, and literary critic. In the 1830 Revolution, he chose to stay with friends in the Doyenné district of Paris, living a rather pleasant bohemian life. He began writing poetry as early as 1826 but the majority of his life was spent as a contributor to various journals, mainly for La Presse, which also gave him the opportunity for foreign travel and meeting many influential contacts in high society and in the world of the arts, which inspired many of his writings including Voyage en Espagne (1843), Trésors d'Art de la Russie (1858), and Voyage en Russie (1867). He was a celebrated abandonnée of the Romantic Ballet, writing several scenarios, the most famous of which is Giselle. His prestige was confirmed by his role as director of Revue de Paris from 1851-1856. During this time, he became a journalist for Le Moniteur universel, then the editorship of influential review L'Artiste in 1856. His works include: Albertus (1830), La Comédie de la Mort (1838), Une Larme du Diable (1839), Constantinople (1853) and L'Art Moderne (1856)
L'histoire est intéressante mais malheureusement certains passages sont très longs avec trop de description futiles alors que d'autres qui seraient intéressant sont passés sous silence. Beaucoup trop de comparaison entre la France et l'Espagne qui donne une opinion négative de ce voyage.
Un vrai chemin de croix, interminable, répétitif dans les descriptions, les mots et le regard qu’on porte; déséquilibré aussi, parfois Gautier semble plus apprécier les détails d’un objet ou d’une œuvre d’art, ou bien sûr le visage “exotique” des femmes, que certains monuments importants auxquels il laisse peu de place bizarrement. Le pire c’est qu’au bout du Voyage on arrive sur la poésie, suprêmement fade et ennuyeuse. Mais ceci dit, il y a quelque chose de plaisant à voyager lentement en Espagne avec Gautier, à une autre époque, bien avant le transport moderne et le surtourisme d’aujourd’hui. Un cadeau de ma soeur après avoir voyagé ensemble en Espagne, et où elle vit maintenant.