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Les structures fondamentales des sociétés humaines

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Et si les sociétés humaines étaient structurées par quelques grandes propriétés de l'espèce et gouvernées par des lois générales ? Et si leurs trajectoires historiques pouvaient mieux se comprendre en les réinscrivant dans une longue histoire évolutive ?
En comparant les sociétés humaines à d'autres sociétés animales et en dégageant les propriétés centrales de l'espèce, parmi lesquelles figurent en bonne place la longue et totale dépendance de l'enfant humain à l'égard des adultes et la partition sexuée, ce sont quelques grandes énigmes anthropologiques qui se résolvent. Pourquoi les sociétés humaines, à la différence des sociétés animales non humaines, ont-elles une histoire et une capacité d'accumulation culturelle ? Pourquoi la division du travail, les faits de domination, et notamment ceux de domination masculine, ou les phénomènes magico-religieux se manifestent-ils dans toutes les sociétés humaines connues ? Pourquoi l'ethnocentrisme est-il si universel et pourquoi des conflits opposent-ils régulièrement des groupes qui s'excluent mutuellement ? C'est à ces questions cruciales que cherche à répondre Bernard Lahire en formulant, pour les sciences sociales, un paradigme unificateur fondé sur une synthèse des connaissances essentielles relatives à la vie sociale humaine et non humaine accumulées dans des domaines du savoir aussi différents que la biologie évolutive, l'éthologie et l'écologie comportementale, la paléoanthropologie, la préhistoire, l'anthropologie, l'histoire et la sociologie.
Le pari de ce livre est que seul cet effort d'intégration permet de comprendre la trajectoire des sociétés humaines par-delà leur diversité et d'augmenter la maîtrise qu'elles peuvent avoir de leur destin incertain.

972 pages, Paperback

Published August 24, 2023

13 people are currently reading
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About the author

Bernard Lahire

51 books30 followers
Bernard Lahire (né en 1963) est un sociologue français, professeur de sociologie à l'École normale supérieure de Lyon et directeur de l'Équipe Dispositions, pouvoirs, cultures, socialisations du Centre Max-Weber (CNRS). Médaille d’argent du CNRS 2012. Il dirige la collection « Laboratoire des sciences sociales » aux Éditions La Découverte depuis 2002.

Ses travaux portent sur la production de l'échec scolaire à l'école primaire, les modes populaires d'appropriation de l'écrit, les réussites scolaires en milieux populaires, les différentes manières d'étudier dans l'espace de l'enseignement supérieur, l'histoire du problème social appelé « illettrisme », les pratiques culturelles des Français, les conditions de vie et de création des écrivains, ou encore l'œuvre de Franz Kafka.

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3 reviews
May 26, 2024
L'ambition de ce livre est de déceler les lois et les principes qui expliquent le fonctionnement des sociétés humains, de la même manière que Darwin a découvert les principes de l'évolution. Cette ambition ÉNORME est en quelque sorte l'aboutissement d'un long questionnement chez Lahire, qui dans son article de 2018 « Les ambitions théoriques de la sociologie » montrait déjà une tentative similaire mais à une échelle beaucoup plus réduite. De sorte que quand j'ai vu ce livre en librairie, je n'ai pas pu éviter de m'exclamer « Il l'a fait. Ce fou, il l'a fait ».

Ce livre est un pavé. J'ai mis six mois à le lire attentivement, mais qu'est-ce que c'était enrichissant. Grosso modo l'ouvrage est divisé en deux parties :
—Une partie épistémologique autour des sciences sociales et du concept de loi ; partie tout à fait excellente, comme d'habitude chez Lahire quand il fait de l'épistémo, et que je recommande à toute personne intéressée en philosophie des sciences et en socio ; et
—Une partie théorique qui énonce des lois sociologiques et essaye d'encadrer toute la sociologie existante à l'intérieur, en procédant par grandes thématiques (Division du travail, Socialisation, Ethnocentrisme, Magico-Religieux, etc.)

La deuxième partie a des hauts et des bas mais elle est globalement très bien. La nouveauté de la démarche, mise en avant par Lahire lui même, est qu'il s'appuie sur des faits biologiques et leurs conséquences sociales, encadrant ainsi la sociologie dans la biologie. Il tire tout le temps des théories et des données de la biologie (et de l'éthologie, de la zoologie, de la préhistoire, de l'anthropologie...) au point que ça constitue un tiers de sa bibliographie.

Si t'es sociologue normalement t'as le sourcil levé, et si t'es un tant soi peu politisé ton cerveau est déjà rempli d'alarmes "attention, tentative de naturalisation du culturel!!1". Mais Lahire ne tombe pas dans le réductionnisme naturaliste ou génétique, et ne renonce pas non plus aux outils de sa discipline. Il ne fait que tracer une ligne entre les deux disciplines pour montrer comment, en fait, elles marchent très bien ensemble déjà. Et ça, c'est passionnant.

Quelques choses cependant m'ont gêné pendant la lecture.

• L'énonciation des lois, qui en fait sont divisées entre "grands faits anthropologiques", "lignes de force" et "lois" (avec des "méta-lois" aussi) fait un peu liste de courses et mériterait d'être mieux contextualisée et systématisée (je veux dire, sans avoir à lire les 600 pages suivantes).

• L'utilisation de certaines idées dépassées. Par exemple, l'idée d'un chaîne alimentaire qui aurait un sommet/une base, est remplacée en biologie aujourd'hui par la notion de réseau trophique, qui prend en compte les cas de parasitisme ou commensalisme. Pareil avec l'utilisation d'idées psychanalytiques à certains passages. C'était très gênant, même si ce n'était que pour illustrer certaines représentations du monde social.

• En tant que sale wokiste, je ne peux qu'être en désaccord avec l'utilisation du terme "bipartition sexuée" et sa place comme un "grand fait anthropologique". Si l'analyse subséquente de Lahire sur la domination masculine me semblent tout à fait bonne, l'instaurer dans le cadre d'une "bipartition" est réducteur pour des raisons que les études de genre ont montré jusqu'à la lassitude. Raisons que, d'ailleurs, le propre Lahire écarte avec des arguments pas très convaincants, voire un peu moqueurs. Je trouverai infiniment plus pertinent de parler du "grand fait anthropologique de la génitalité", ce qui permettrait de parler des zoms et des fâms ET d'étudier la place qu'occupent les personnes inter/trans qui, rappelons-le, ont existé aussi dans toutes les sociétés.

Clairement, il faut faire des ajustements par-ci par-là avec l'aide des pros dans chaque disciplines, mais sinon, pour moi, le pari de Lahire est réussi. À part ces quelques trucs je trouve que le livre est d'une richesse infinie pour expliquer le monde social et ça m'a même donné envie de commencer une thèse lol. Je ne peux que recommander de le lire et de l'étudier.

PS. Je suis pas sociologue, ni biologiste ni rien, juste une personne intéressée
Profile Image for Zéro Janvier.
1,712 reviews125 followers
July 25, 2025
J'espère réussir à écrire prochainement une critique à la hauteur de cet ouvrage magistral, mais en attendant je veux déjà dire que ce pavé du sociologue Bernard Lahire est l'un des livres les plus ambitieux et les plus passionnants que j'ai eu l'occasion de lire ces dernières années. J'ai mis une dizaine de jours à le lire mais j'en ai savouré chacune des pages, tant le propos est intelligent, captivant, et enrichissant.
Profile Image for Hélène.
135 reviews58 followers
February 10, 2024
Ce livre de Lahire est un gros pavé de 960 pages pour établir les fondements des sociétés humaines. Il est passionnant et révolutionnaire et j'en ai complètement abandonné mon polar !

L'ouvrage est divisé en trois parties :
1) Critique des sciences sociales (sociologie, ethnologie) qui, aujourd'hui, en sont venues à renoncer au réalisme et prônent un relativisme culturel absolu et donc un statut particulier dans le monde scientifique. A l'inverse, Lahire va poser des principes et des invariants à partir desquels il organise les connaissances acquises. Surtout, il s'appuie sur d'autres disciplines que les sciences sociales, la biologie évolutive, l'éthologie, la paléoanthropologie pour faire un pas de côté et permettre des comparaison inter-espèces qui sont très révélatrices.
2) La deuxième partie "Ce que les sociétés doivent à la longue histoire du vivant" est la plus intéressante à mon avis et montre les grands faits anthropologiques, les lignes de forces et les lois sur lesquels on peut s'appuyer pour comprendre les sociétés. J'y reviendrai.
3) Il étudie enfin un certain nombre de faits sociaux concrets qui illustrent ces lois dans le foisonnement des expressions sociales.

Lahire pose cinq grands faits anthropologiques avec leurs conséquences :
- l'altricialité secondaire i.e. le fait que le nouveau-né humain naisse dans un état d'absolue dépendance vis-à-vis de ses parents et que cela se prolonge pendant plusieurs années. Cet état de fait a d'énormes conséquences : la nécessité d'un groupe parental resserré avec une stabilité relative du groupe familial, la nécessité de prendre soin des enfants et des mères, avec donc le développement de l'altruisme, la nécessité d'une socialisation de l'enfant, l'omniprésence des rapports de domination (parents-enfants d'abord, hommes-femmes ensuite car c'est sur les femmes que repose malgré tout l'essentiel du soin des enfants)
- le fait de la séparation des deux sexes, avec la division du travail reproductif, différenciation sexuée des rôles, différences comportementales et statutaires
- La socialité de l'espèce, due pour une bonne part à l'altricialité
- L'historicité de l'espèce, avec une culture cumulative et la transmission culturelle intergénérationnelle
- La longévité, avec la possibilité d'accumuler des expériences et la possibilité de transmettre ses expériences à deux générations

A partir de ces faits anthropologiques, Lahire relève dix lignes de force qui structurent les sociétés :
- Des moyens de production profondément collectifs
- Des rapports de parenté sous le signe de la dépendance et de la domination, avec un rôle important de socialisation par les parents
- Des rapports hommes-femmes marqués par la division sexuelle du travail et la domination des hommes sur les femmes
- de la socialisation et transmission culturelle
- de la production d'artefacts. La faiblesse physique de l'homme entraîne une compensation culturelle et surtout artefactuelle
- de l'expressivité symbolique, avec le développement relativement autonome du religieux, politique, juridique, esthétique.
- Des rites et des institutions : il existe des rites chez les animaux (parades nuptiales, rituels de réconciliation, de soumission…). Leur fonction est de fixer certains comportements avec les obligations et les sentiments qu'ils impliquent. L'institution est une association de pratiques (rites) et de discours (mythes) et est un puissant moyen de stabilisation des rapports sociaux
- Des rapports de domination : plus la société se différencie, plus les rapports de domination se différencient (notamment la nature de cette domination)
- du magico-religieux qui renvoie aux capacités symboliques de l'être humain. Il a partie liée avec l'immaîtrisable et la conscience de l'impuissance de l'homme
- de la différenciation sociale des fonctions/division sociale du travail : cela entraîne une altricialité tertiaire car les hommes sont dépendants de choses qu'ils n'ont pas fabriquées et ne savent pas fabriquer

Il dégage ensuite presque une vingtaine de lois sociales, qui permettent de voir comment et dans quelle mesure les sociétés humaines varient autour de ces invariants.

Pour reprendre un peu les discussions entamées avec les critiques de 4bis et michel69004, je dirai que "malheureusement", Lahire est très convainquant dans ses argumentations. Je suis très attachée à la nécessité d'avoir recours à la biologie évolutive et à l'éthologie pour savoir d'où l'on part éventuellement, y compris pour des faits qui semblent spécifiques au genre homo - et qui ne le sont pas. Il faut donc faire avec les rapports de domination omniprésents, en particulier hommes-femmes, avec la préférence du nous contre le eux, et autres éléments gênants. Cependant, je pense qu'on peut s'appuyer sur le développement de l'altruisme, autre conséquence de l'altricialité et sur le fait qu'il y a une boucle rétro-active du social/culturel et du biologique. On le voit bien avec les inventions (biberon, lait maternisé, crèches, etc.) qui ont pu permettre un desserrement des rapports de domination hommes-femmes, du moins dans certaines sociétés. Il ne faut donc pas abandonner !
29 reviews1 follower
April 3, 2024
Un livre très redondant (notamment dans l'annonce de l'approche) mais qui pourtant a une volonté assez juste : comprendre le comportement humain non pas seulement dans les particularités individuelles comme le fait généralement la sociologie, mais bien en étudiant les lois fondamentales et lignes de forces (en utilisant à la fois l'anthropologie, l'économie, la sociologie mais aussi la biologie : l'homme dans son histoire).
Il est bien aussi de souligner que sa volonté d'exprimer les lois générales comme en partie découlantes de la néoténie et de l'altricialité secondaire, est assez unique et peut apporter une recherche assez importante et un très bon outil d'analyse.
Profile Image for Fabrice Devaux.
23 reviews1 follower
February 13, 2025
Un pavé de sciences humaines tentant de les rassembler toutes dans une tentative de théorisation. Passionnant, ambitieux (l'auteur se comparait volontiers à Darwin) mais aussi extrêmement verbeux. Un des rares livres que j'ai abandonné avant la fin malgré l'intérêt des discussions. Un livre qui fait réfléchir et permet de recadrer quantité de sujets.
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