C’est au coeur d’une forêt obscure et isolée qu’habitent le terrible Gundrup, ogre chasseur d’enfants, de migrants et collectionneur de mains, et l’enfant-esclave (y compris, sexuel) qu’il a capturé et renommé Gün-Aïdrinn, son Numièr Zeïsch (comprendre : numéro six), dont il rêve de faire sa chose.
S’il est pour vous totalement inconcevable qu’un auteur puisse écrire sur des thématiques comme celles de la pédophilie et du viol et qu’un lecteur puisse les lire dans un roman, je vous invite à arrêter ici la lecture de cette chronique. Pour tous les autres, j’aurais tendance à dire que bien vous en a pris, puisque réduire ce livre à ces simples horreurs ne serait pas rendre justice à l’étendue des thèmes couverts par cette histoire. Certes, on est très loin du joli roman feel-good, mais l’atrocité n’est jamais exposée de manière frontale, ni décrite en de pernicieux détails.
J’ai apprécié la construction de ce roman à deux voix, tantôt avec celle du bourreau, tantôt celle de l’enfant, qui permet d’appréhender pleinement cette sordide histoire par les deux bouts. Les pensées de chacun de ces personnages aident à obtenir le schéma complet de ce qu’il se trame réellement, puisque ces deux-là se livrent finalement un véritable jeu de dupes et de manipulation mutuelle, entre domination, soumission et sournoiseries diverses. C’est presque addictif à suivre !
J’ai aimé le vocabulaire utilisé, parfois brut ou atypique, et la ponctuation très originale des chapitres spécifiques à l’enfant. Ce livre dérange, c’est une certitude, mais il questionne également beaucoup. Jusqu’où est-on prêt à aller pour gagner sa liberté ? C’est un roman psychologique puissant et percutant. Il choquera, il pourra déplaire, mais en ce qui me concerne, il m’a bousculé comme j’aime être malmené par mes lectures.