Robert Blancou et Claudine Cartayrade, jeunes instituteurs nommés aux postes de Saint-Maurice-l'Ardoise pour la rentrée de 1967, découvrent une réalité dont ils ignorent tout : la condition des Harkis dans les camps militaires. Sans véritablement mesurer l'impact des traumatismes endurés par les familles, ils tissent des liens privilégiés jusqu'à la révolte de 1975 qui mènera à la fermeture du camp.
Très bonne BD, qui rappelle un peu le Journal d'un remplaçant pour le regard tendre d'un couple d'instits sur une situation scolaire atypique, et les Chroniques de Jérusalem pour l'analyse d'une situation géopolitique vue du petit bout de la lorgnette.
Les personnages sont aussi les parents de l'auteur. Ils étaient instituteurs dans un camp de Harkis dans les années 1960. A l'époque, ils étaient de bonne volonté et avaient noué des relations amicales avec les parents. Ils n'avaient toutefois pas pris la mesure de l'injustice institutionnelle commise contre cette population, ils n'en comprenaient pas les ramifications. Ils faisaient leur travail et vivaient avec les harkis (dans des conditions spartiates mais quand même bien meilleures qu'eux, ils ne soupçonnaient pas le fait que ces derniers étaient souvent privés d'électricité le soir, ne s'étaient pas pleinement rendu compte de l'isolement de la population -qui pouvait se rendre au marché de la ville une fois par semaine mais qui passaient le reste de leur vie en vase clos : les enfants découvraient l'extérieur du camp pendant une sortie scolaire...). Donc la révolte, du camp avec prise d'otage à la clé, les avait pris par surprise. Il y avait une certaine subtilité dans la manière dont les souvenirs des parents étaient racontés. Le père relate, après la prise d'otage, alors qu'il était à l'intérieur du camp, le fait que les jeunes hommes qui l'entourent se demandent à voix haute s'ils vont le prendre en otage. Il répond qu'il est d'accord mais pas longtemps : il faudra qu'ils le rendent à sa femme le soir. Tout le monde rit, il repart libre. Pas de tension dans la manière dont le père a perçu la scène mais la lectrice voit bien qu'il y avait un risque, et c'est ce que rend bien l'auteur.