Après un premier roman publié en 1912, Jeanne Galzy se trouve atteinte de la maladie de Pott, une tuberculose osseuse qui la condamne à rester alitée, immobilisée par une gaine de plâtre. Ce drame lui inspire Les allongés, qui reçoit le prix Femina en 1923. Le roman s'ouvre et se ferme au printemps, dans un sanatorium de Berck, la Maison des Sables. La narratrice évoque au fil des pages son long séjour aux côtés des "allongés", souffrant comme elle d'un mal qui les maintient à l'écart de la vie. Avec une lucidité foudroyante, l'héroïne décrit ces amitiés liées dans l'épreuve. Juste et poétique, l'écriture de Jeanne Galzy nous offre une réflexion atemporelle sur la douleur, le corps et le prix de l'existence. Et si ces "demi-vies" nous apprenaient à mieux saisir la poésie de l'éphémère ?
Jeanne Galzy (1883 – 1977), born Louise Jeanne Baraduc, was a French novelist and biographer from Montpellier. She was a longtime member of the jury for the Prix Femina. Largely forgotten today, she was known as a regional author, but also wrote three novels early in her career that explore lesbian topics; she has been referred to as one of the "pioneers in the writing of lesbian desire and despair."
Je ne pense pas que ce soit forcément le meilleur roman pour commencer à lire Jeanne Galzy, mais il n’en reste pas moins très touchant, très bien écrit. Quel dommage qu’elle ne soit pas aussi connue que Marguerite Yourcenar ou Colette.
"Ô Vie, j’ai peur de toi qui reviendras, qui me reprendras, tumultueuse, altière, agissante. Ici, je me sentais protégée, soustraite à ton ardeur, purifiée, pacifiée… Vous rouvrirez-vous, mes mains, pour posséder stérilement au lieu de rester jointes et comblées ? Courrez-vous, mes pieds, qui avez souffert de vos talons qui vous tenaient dans la pose du sépulcre ; courrez-vous, mes pieds, en vous appuyant de toute votre plante incurvée sur le sol réel ? Serai-je encore une vivante, comme on dit ici avec mélancolie et surtout indulgence ? Oublierai-je jamais que j’ai pu être, dans ma pose crucifiée, une âme, seulement une âme, et redeviendrai-je la captive de mon corps ? Maison de souffrance, qui m’as été l’asile, me rejetteras-tu un soir dans la campagne pullulante de vie, me rendras-tu aux villes enfiévrées, me laisseras-tu partir vers ce qui n’est pas le véritable amour, mais le mirage dont je me crois délivrée ? J’interroge mon cœur, qui a désappris l’enivrement et qui sait l’extase. J’interroge mon corps, qui a retrouvé l’innocence de l’enfance ; j’interroge ma nouvelle science, qui est celle du renoncement"