C'est enfin la liberté et l'insouciance pour Juliette, Chloé, Manon et Thaïs : les premières vacances entre amies, à l'autre bout du monde - l'Afrique du Sud. Mais celles-ci vont être de courte durée : l'une d'entre elles est enlevée au bout de quelques jours et sauvagement assassinée. Alors que l'enquête commence au Cap, les proches de la victime, évoluant dans le milieu feutré et trompeur de l'édition parisienne, tentent douloureusement de faire leur deuil. Véritable déflagration familiale, la mort de la jeune fille encourage les protagonistes à se dévoiler peu à peu, et souvent pour le pire. Tandis que ses personnages se débattent avec leurs pulsions, de lourds secrets en révélations inattendues, Jérémy Fel pousse ses lecteurs dans leurs retranchements et les invite à s'interroger sur l'origine du mal et ses effets sur l'âme humaine.
Jérémy Fel est l'auteur de trois romans publiés aux éditions Rivages, Les Loups à leur porte (prix Polar en séries 2016), Helena (2018) et Nous sommes les chasseurs (2021).
« Malgré toute ma rage » est le quatrième roman de Jérémy Fel. En 2021, il avait publié un ouvrage d’une remarquable densité « Nous sommes les chasseurs » qui avait déstabilisé plus d’un lecteur, moi y compris. J’avais alors été partagée entre le dégoût, l’admiration, oscillant sans cesse entre l’envie d’abandonner et celle de continuer. Dans « Malgré toute ma rage », l’auteur revient sur un récit plus proche du thriller. Attention, pas le thriller « bateau », un thriller très proche du roman noir, polyphonique.
« Malgré toute ma rage » se déroule en Afrique du Sud au Cap, là où Table Mountain domine la ville. Manon et Thaïs sont cousines et font partie de la famille qui dirige les éditions Delage. Elles prennent leurs premières vacances seules, sans leurs parents avec deux très bonnes amies, Juliette et Chloé. Avoir obtenu l’accord parental relève du miracle ! Je ne me suis jamais sentie aussi peu en sécurité que lors de mon séjour itinérant en Afrique du Sud… et je n’y étais pas avec des « copines », mais avec un grand baraqué qui n’aurait certes pas fait long feu face aux habitants de Khayelitsha. Une fois passées ces réflexions de type « elles sont complètement tarées », il est aisé de laisser la main à Jérémy Fel pour raconter la suite de cette promenade de santé. Insouciance face aux réalités du monde : on sait d’avance qu’on risque d’en prendre plein la tête.
Dans « Malgré toute ma rage », l’auteur choisit le roman choral pour explorer les secrets qui tourbillonnent autour de l’enlèvement puis de l’assassinat sordide d’une jeune fille. Laquelle des quatre ? C’est d’abord ce qui tient le lecteur en haleine. Puis vient la question : par qui ? Et, la plus intéressante pour moi : pourquoi et avec quels moyens ? Enfin, ce n’est pas tant l’aspect thriller qui a suscité mon intérêt pour ce roman, c’est ce que Fel dit en filigrane sur un monde ouaté et assez hypocrite, celui d’une classe supérieure, puis celui de l’édition et ce qu’il dissèque de la violence de ces environnements. Par un savant assemblage violence/milieu privilégié/maison d’édition, Fel ouvre grandes les portes d’un univers un peu opaque à ses lecteurs, mais cela lui donne un bon axe de travail pour mûrir et décortiquer les relations de pouvoir et de domination. Extrême jouissance voyeuriste ! On connaît la propension de l’auteur à dire ce qu’il pense, je n’ai pas été déçue du voyage ! À cela, il crée le personnage de Wayde, le policier qui va enquêter sur cet assassinat, et aborder par son prisme, les antagonismes majeurs entre noirs et blancs. « Une femme blanche. Retrouvée cramée dans un township. Cette simple idée m’oppresse, tant j’ai conscience que c’est le début d’une multitude d’emmerdes. »
C’est la voix de Chloé qui ouvre « Malgré toute ma rage » et raconte avec sa naïveté de jeune fille de 17 ans vivant dans un cocon doré, les aventures que les quatre amies vivent dans leurs premières journées de découverte des lieux. Si elles ne sont pas tout à fait innocentes, elles sont en tout cas candides à souhait, pour ne pas dire simplettes. « Quoi qu’il en soit, les policiers paraissent surpris que nous soyons venues de France sans nos parents, alors que trois d’entre nous sont mineures. Ils nous expliquent qu’en Afrique du Sud, les cars-jackings sont très fréquents, même s’ils se déroulent en grande majorité en ville et quand les véhicules sont pratiquement à l’arrêt. Nous leur promettons d’être dorénavant plus prudentes, agacées par tant de condescendance. » Attends un peu cocotte, la vie va t’expliquer 2-3 trucs… (oui, il y a une certaine constance dans les romans de Fel… Il parvient toujours à venir me chatouiller les neurones et à m’énerver par l’intermédiaire de certains personnages). Puis de continuer pour ces paroles de petite fille gâtée qui chouine : « Notre beau rêve d’aventures est déjà sabordé. Tout ça à cause de la racaille qui nous a attaquées. » Jérémy Fel plante les graines… et ce qui va pousser se rapproche clairement de l’enfer !
Grâce au roman choral, Jérémy Fel peut se permettre l’écriture par couche. Il est donc possible de regarder par le trou de la serrure pour mieux voir ce que chacun cache comme cadavre au fond de son placard. De l’extérieur, tout est lisse et harmonieux. À l’intérieur, tout est vérolé et en putréfaction. Ainsi, chaque voix peut donner sa version de l’histoire ou donner des éléments exogènes qui permettent de mieux appréhender la psychologie de l’un ou de l’autre. La tumeur maligne qui gangrène la famille Delage passe de l’état d’invisibilité totale à une lèpre nécrosante qui vient infuser le mal avec une perversité martelante. Après le drame, lorsque les membres de la famille interviennent, « Malgré toute ma rage » prend un rythme psychologique différent : on entre dans des cerveaux crasseux. Je n’ai pu m’empêcher de penser au chant 4 des chants de Maldoror de Lautréamont, vus de l’intérieur : « Je suis sale. Les poux me rongent. Les pourceaux, quand ils me regardent, vomissent. Les croûtes et les escarres de la lèpre ont écaillé ma peau, couverte de pus jaunâtre. Je ne connais pas l’eau des fleuves, ni la rosée des nuages. Sur ma nuque, comme sur un fumier, pousse un énorme champignon, aux pédoncules ombellifères ». Difficile de trouver un personnage à aimer, mais j’avoue avoir pris un certain plaisir à voir ce petit monde s’écrouler. (je dois être aussi sadique que l’auteur…)
En parlant de monde, il y en a qui en prend pour son grade : celui de l’édition. Là encore, sadisme oblige, j’ai adoré pénétrer dans cet univers nébuleux. Le lecteur lambda se demande souvent ce qui s’y passe réellement… Fel ose lever le voile et je dois dire qu’il y a là de quoi être rhabillé pour l’hiver ! Tout y passe ! Ceux qui n’écrivent pas leurs romans eux-mêmes, ceux dont on publie les romans sans les avoir lus simplement parce qu’ils possèdent un bon réseau, ceux qui connaissent les membres des jurys de prix littéraire et pratiquent la collusion, les éditeurs qui harcèlent leurs collaboratrices, « une éditrice qui tyrannise son staff en toute impunité », « quelques auteurs qui, notamment dans les salons, se révèlent être des porcs avec les femmes… ». C’est l’heure du grand déballage ! Toute ressemblance avec des événements récents ayant défrayé la chronique serait purement fortuite ! Quelle bonne idée d’avoir associé un milieu familial aisé avec un milieu professionnel pourri jusqu’à l’os !
« Malgré toute ma rage », dresse des portraits intéressants et oppose femmes et hommes. Les hommes sont des salopards, mâles dominants, sans aucune morale, obsédés par le pouvoir, le sexe, aux comportements agressifs et violents. Que dire des femmes principalement vues sous le prisme de ces quatre adolescentes ? Il s’agit d’êtres en construction et sans doute est-ce là le plus affolant, révélés par des comportements, des actes, des mots dont certains s’entendent tous les jours dans les collèges et lycées du pays. Fel pousse simplement un peu les curseurs, mais les racines du mal sont bel et bien plantées (certes, souvent par des hommes toxiques rencontrés sur leur passage). Il n’y a plus ni compassion, ni d’entraide, ni bienveillance. On ne parle que de vengeance, de « roue qui doit tourner », de jalousies, et de représailles. J’ai trouvé le portrait de ces quatre jeunes femmes très pertinent, juste, et conforme à ce que je peux voir ou entendre de l’actuelle jeunesse (oui, ce n’est pas très encourageant…).
Alors ? Dans « Malgré toute ma rage », Fel est-il visionnaire ou simple observateur de son temps ? D’aucuns disent que le roman comporte des passages lumineux qui tendent vers un espoir, même maigre. Je dis que ces extraits sont noyés dans des situations si sombres qu’on les voit à peine. Mon observation et mes sentiments du moment disent qu’il n’y a pas grand-chose à sauver de notre (in) humanité, que les êtres se délitent pour laisser placer aux racines d’un mal intrinsèque qui ne fait que prendre de l’ampleur. Il n’y a qu’à regarder notre monde pour s’en rendre compte… et je ne crois pas à une amélioration possible, bien au contraire ! Fel en fait une magistrale démonstration : il est plus proche d’une vérité objective que d’une fiction littéraire.
Ouvrir un roman de Jérémy Fel, c’est avoir l’assurance de rencontrer des personnages que l’on n’oubliera pas.
Dans ce roman, c’est le personnage de Thaïs qui m’a le plus marqué : mystérieuse car aucune de ses copines ne peut prévoir ses réactions, toujours sur son smartphone, sa volonté farouche et ses regrets, l’inceste dont elle est victime.
J’ai aimé que plusieurs personnages parlent à leur tour, certains apportant un peu d’air dans la trame noire et rude du récit.
J’ai été hallucinée par la mère de Thaïs, son emprise sur son jumeau.
Le personnage du grand-père m’a moins parlé, mais j’ai découvert à travers lui le versant obscure du monde de l’édition dans lequel il faut savoir poser ses pions pour obtenir des prix.
Je n’ai pas aimé la longue errance de Thaïs de retour d’Afrique du Sud, même si je comprend son utilité narrative.
Certaines scènes décrites dans le roman sont dures, mais le talent de l’auteur me les a rendu lisibles.
J’ai souri chaque fois qu’une référence était faite aux films d’horreur : les films que regardent les différents personnages tout au long du roman ; la naïveté de Manon répétée à l’envie ; les maisons qui sont des manoirs ; et même une scène du roman qui correspond à une scène de film d’horreur décrite plus loin (celle dans laquelle Manon se retrouve enfermée dans la lingerie et tente de passer par la fenêtre).
Seule différence de ce roman avec les films d’horreur : l’explication des actes de la coupable.
Seule la bande son m’a laissé de marbre et m’a fait penser que j’étais un peu has-been car je ne connais aucun des morceaux écoutés par les personnages.
Un roman qui dit bien jusqu’où la rage peut conduire, la colère étant déjà mauvaise conseillère.
L’image que je retiendrai :
Celle des 4 jeunes filles cachées dans un champ quelque part autour du Cap, venant de se faire voler leur voiture : une scène digne d’un film d’horreur.
4,25 ? "Malgré toute ma rage" est le deuxième roman que je lis de Jérémy Fel. Je l'avais découvert par son précédent ("Nous sommes les chasseurs") qui avait été une vraie claque, un livre extrêmement sombre et assez perché.
On est ici dans un thriller plus classique, mais toujours d'une profonde noirceur (LA marque de cet auteur), avec des personnages très bien dépeints, une construction efficace et surprenante, et une narration soutenue, ce qui en fait un page-turner hautement qualitatif. J'ai été pris par l'histoire et je n'ai pas pu la lâcher.
J'aurais peut-être aimé un brin de folie (façon de parler) en plus, mais ça ne m'a pas empêché d'être totalement conquis par la belle perf de notre joueur français. Très hâte de le retrouver.
PS : c'est un roman très, très violent. Faites gaffe à vous. Et si vous voulez avoir un aperçu de cette violence, lisez les 4 premières pages d'ouverture. C'est glaçant.
Un polar très violent, oppressant, haletant avec un premier chapitre trash. Un roman choral qui nous mène au cœur de la noirceur chez les grands bourgeois. Chaque nouveau narrateur apporte des éclairages sur l'affaire centrale et sur les personnages.
Imagine tu penses écrire un roman intelligent qui dénonce la sOcIEtéUh mais en fait t'écris un roman raciste et misogyne.
Je suis tellement choquée 1. que ce livre m'ait été vanté par un libraire comme le roman noir de l'année (spoiler : ça ne l'est pas) 2. que ce roman ait été publié tout court en fait.
Je vais m'en tenir au plus flagrant, parce que sinon j'écrirais un roman pour expliquer à quel point ce roman est mauvais.
1. Les POV Si t'écris un roman avec plusieurs points de vue à la première personne (7 nom de dieu c'est beaucoup trop), il faut que chaque narrateur soit unique et que le lecteur soit capable de les identifier rien qu'au style, à leur manière de s'exprimer, à leur caractère et leur personnalité. Ici, les points de vue se confondent parce que les narrateurs n'ont aucune identité propre.
2. Le style Vous vous rappelez de la sensation de cringe quand on était ados et que les adultes (nos parents) essayaient de nous parler en s'adaptant à notre langage ? Ce bouquin, c'est ça, mais pendant 500 pages mdr. Fél croit trop qu'il est hype et branché et trop dans le coup, il assome le lecteur à coup d'anglicismes en se croyant trop stylé, mais réveille toi Jeremy : tu es le cringe ultime.
3. La longueur Surprise. Je ne me plains presque JAMAIS de la longueur d'un livre (plus c'est long, mieux je me porte). Mais sincèrement, le récit aurait pu être amputé des 100 dernières pages. Elles n'ont rien apporté de plus, à part ajouter une couche de "trop bien je vais ajouter plein de sexe, des putes, et encore un ptit meurtre ou deux". Ça n'a pas permis de développer la personnalité du meurtrier (ça l'a, au contraire, décrédibilisé), ni l'intrigue (qui était déjà bien décrédibilisée à ce stade et se serait bien passée de creuser sa tombe encore un peu plus profond).
4. Les personnages Au-delà de mon petit problème avec ces POV mal fichus, j'ai aussi un problème avec les personnages. Plein de choses ne collent pas ou ne font pas sens. Thaïs déteste toutes ses copines et les trouve connes et niaises, MEUF TROUVE TOI D'AUTRES POTES NON, Chloé est carrément ouvertement raciste (tient des propos très clairs de suprémaciste blanche sur la colonisation et l'apartheid), Raphaël est l'incarnation de l'homme of why we choose the bear (violent, misogyne, harceleur, violeur, on coche toutes les cases). En fait, aucun personnage n'est suffisamment appréciable pour donner envie au lecteur de continuer (sauf peut être Béatrice mais juste parce qu'elle fait de la peine). A un moment donné, les personnages c'est quand même ce qui porte un récit. S'ils sont tous détestables, on fait comment ?
5. L'intrigue (et je m'arrêterai là même si j'ai encore TELLEMENT de choses à dire) C'est tellement tiré par les cheveux que j'étais prête à smash mon livre into the wall TOUT LE TEMPS (vous avez vu je fais des anglicismes branchés comme Jeremy Fel). Y a trop d'infos, trop peu de pages pour les traiter. Le mec a balancé dans son récit tout ce qui faisait parler dans la société en ce moment pour être sûr d'avoir un public, et c'est un échec total. Comment veux-tu pouvoir traiter efficacement en seulement 500 pages : le racisme, la violence, l'immigration, le viol, l'inceste, et les mouvements de dénonciation féministes ? Et comment veux-tu réussir à le faire correctement alors que tes personnages contredisent TOUS chacune des idées que tu veux défendre (oui oui c'est pour dénoncer, blablabla, mais là on a pas de message derrière, on a juste des gens qui font des trucs de fdp) ? Et comment veux-tu le faire efficacement alors que tu connais à peine les sujets dont tu parles (genre #MeToo a envoyé en prison pour des années des grands pontes du monde de l'édition ????? pck dans mon monde, ils ont pris un coup de règle sur les doigts, allez 3 mois de sursis si on est optimiste) ? C'est trop.
Tout ça pour dire : je suis le premier avis 1 étoile sur ce bouquin, et ce fut un honneur. Ne lisez pas ça.
C’est la première fois que je lis un roman de Jérémy Fel, et on peut dire que la violence et la noirceur de son style m’ont vraiment prise de court. Cette violence est à la fois choquante mais très révélatrice de problèmes sociétaux et de tabous. J’ai aussi été dans un premier temps intriguée par l’absence totale de dialogues, mais je me suis rapidement rendue compte que la façon dont le livre était écrit les substituait avec succès. L’histoire est vraiment très prenante et captivante, bien que très choquante. Je suis un peu déçue de la fin, disons qu’il me reste beaucoup de questions auxquelles il n’y aura pas de réponse, mais j’ai vraiment apprécié ce roman qui en dit long sur notre société !
Malheureusement un peu déçue de ce nouveau roman de Jeremy Fel. Très différent de ces anciens, le style d'écriture est beaucoup moins travaillé, les phrases sont courtes, les personnages pas assez creusé.
Pour celles et ceux qui découvre cet auteur n'hésitez pas à vous plonger dans les anciens romans qui sont tous fabuleux.
Je réessayerai quand même au prochain, mais je passe mon tour pour celui ci !
J'ai pris, j'ai lu, j'ai survécu... ça n'était pas le bon moment pour moi sans doute. Pourtant attiré par la quatrième de couverture, j'ai refermé le livre avec énervement. C'était Festen puissance dix, surfant sur metoo, avec une écriture fade. Une chose m'a frappé... c'est le troisième roman que je lis cette année où l'Afrique du sud est décrite comme un enfer de violence...
Une lecture aux thèmes extrêmement difficiles et particulièrement bluffante sur les tours que prend l’intrigue ! Vraiment, je ne conseille pas de lecture non avertie pour ce titre. Je l'ai lu un peu au hasard parce que j'aprécie la maison d'édition et que je partais le lendemain pour la ville du Cap. Par chance, c'est mon type de lecture et les thèmes me parlent énormément : j'ai adoré. Je l'ai dévoré dans l'avion plutôt que de profiter d'une "bonne" nuit de sommeil. J'ai beaucoup appris avec ce récit sur la ville et l'Afrique du Sud, en complément d'autres lectures, mais j'ai surtout appris sur la France et les familles, peu importe leur origine. Sans pouvoir dévoiler la (les) chutes, l'histoire nous sort des stéréotypes et ouvre les yeux sur des Maux difficile à apréhender. Et à digérer - je n'ai pu écrire cette revue livresque que plus de trois mois après avoir refermé le livre.
Après un premier chapitre coup de poing qui m'a laissé complètement sonnée, nous commençons par faire la connaissance de Juliette, Chloé, Manon et Thaïs. Quatre jeunes filles, dont une seule est majeure, arrivent à convaincre leurs parents de les laisser partir en Afrique du Sud. La ville du Cap et ses environs sera leur destination. Un vent de liberté souffle malheureusement l'insouciance se transforme vite en profonde angoisse lorsque l'une d'entre elle disparaît et que l'on retrouve son corps atrocement mutilé. L'enquête est confiée à Wayde Masekela qui a lui même de nombreux problème à résoudre, les pistes ne semblent pas mener bien loin. Les parents de la victime appartiennent au monde de l'édition parisienne. On entre comme par effraction au sein de cette famille dysfonctionnelle qui est sur le point d' imploser. Un milieu bourgeois étriqué va révéler toutes ses perversions, ses secrets délétères et sa folie aveugle. Un roman qui vous brûlera les mains et le cœur, un de mes favoris en cette rentrée littéraire 2023. L'auteur possède une plume acérée, incisive qui sait brosser les personnages jusqu'à l'os. On se surprend à nier les événements au fur et à mesure qu'ils se présentent en se disant qu'il n'est pas possible de plonger aussi loin dans la barbarie. Et pourtant j'ai compris les motivations profondes qui s'expriment avec violence mais jamais je ne pourrais les valider. Alors on peut se dire que la réalité dépasse la fiction et que l'auteur en visionnaire a su capter les origines du mal. Pas de violence gratuite ici tout à une explication et c'est bien ce qui nous rend la lecture supportable. Traumatismes passés, troubles mentaux, problème de personnalité, manque en tout genre se révèlent être de parfaits détonateurs. Dans une sorte d'effet boomerang, une vengeance absolue qui transcende les générations de cette constellation familiale déjà bien abîmée. Ce terrible roman vient prendre une résonance inattendue dans l'actualité avec ce qu'a subit cette jeune femme de Cherbourg. Bonne lecture.
Voilà un roman noir comme je les aime : bien ficelé de bout en bout, une intrigue prenante et tendue jusqu’à la fin, une scène d’ouverture très violente instillant immédiatement un sentiment d’angoisse chez le lecteur.
Quatre amies, Juliette, Chloé, Manon et Thaïs, encore mineures, s’offrent leurs premières vacances sans leurs parents à l’autre bout du monde, en Afrique du Sud. Une liberté exaltante, loin de leur milieu parisien et germanopratin. Elles logent dans une superbe villa située dans un quartier sans risque du Cap, les quinze jours de villégiature commencent sous les meilleures auspices malgré la présence d’un ami d’une des mères de famille, un ami qui leur paraît un peu glauque. Le séjour pourrait se dérouler sans histoire, or il n’en est rien : une des jeunes filles disparaît.
Une enquête est ouverte par la police du Cap, les recherches s’enlisent, la peur monte d’un cran tandis que le mystère entourant la disparition d’une des adolescentes s’épaissit. L’horreur atteint son paroxysme quand les recherches aboutissent.
Jérémy Fel met en scène, avec maestria, des personnages contrastés, parfois d’emblée odieux devenant au fil du récit plus nuancés, parfois lumineux et salvateurs dans la noirceur ambiante.
Il fait parler chaque personnage important dans l’intrigue au cours de chapitre-étape permettant au lecteur de trouver les morceaux du puzzle. Les pistes sont retorses, l’auteur dissèque, à travers elles, le mal tapi en chaque individu, un mal qui peut jaillir ou rester muet. Son exploration du mal est tellement incisive qu’elle en donne la nausée, elle va jusqu’au bout de l’innommable et de l’inconcevable. L’origine du mal est-il contenu dans un agent pathogène ? Les banales transgressions quotidiennes, les cruautés gratuites, l’égoïsme exacerbé, peuvent-ils aboutir à des actes d’une atrocité indicible perpétrés par des êtres humains sur leurs semblables ? Des êtres humains ordinaires deviennent-ils, en quelques transgressions banalisées, des monstres pervers ? L’Histoire récente l’a prouvé … oui des hommes et femmes ordinaires peuvent basculer dans une cruauté et une folie sanguinaire en un rien de temps.
Jérémy Fel livre une histoire, horrible, épouvantable, sans rien épargner au lecteur. Il joue avec ses nerfs, ses peurs intimes, sa morale, son empathie en parsemant son roman de références aux films d’horreur classiques. Des références qui parlent même aux lecteurs, comme moi, qui fuient films ou romans d’horreur : la scène où une des adolescentes se rend dans la dépendance où se trouve le sèche-linge et où une fenêtre claque, où elle se rend compte que s’il lui arrivait quelques chose personne ne l’entendrait, renvoie à une scène classique de film d’horreur. Même si l’auteur joue avec les codes horrifiques, l’effet est immédiat : on éprouve une peur irrépressible et incontrôlable. En tout cas, moi, j’ai été embarquée dans la noirceur de certains personnages sans être dans la capacité de les juger implacablement, ils ont quelques circonstances atténuantes qui nuancent leur personnalité. D’autres, par contre, ne m’ont inspiré aucune compassion. C’est ce qui fait toute la réussite du roman, l’ambivalence, le parcours de vie amenant à la monstruosité.
Avec du recul, l’histoire de « Malgré toute ma rage » ressemble étrangement à une tragédie grecque dans laquelle les Atrides auraient la part belle. D’ailleurs, lors de la rencontre auteur chez ma libraire, Jérémy Fel a parlé de son roman comme étant l’histoire des Atrides germanopratins ce qui est une parfaite illustration du drame qui s’est joué au cours du récit.
«Malgré toute ma rage » est un roman époustouflant, éprouvant mais extraordinaire à lire. En refermant le roman sur l’ultime phrase saisissante, je me suis dit qu’il n’y avait pas que les auteurs américains à pouvoir écrire de roman noir aussi bien construit. Ce roman est un véritable coup de cœur !
C’est l’histoire de 4 amies adolescentes qui partent pour l’Amérique du sud. Un pays certes pas facile mais elles seront logées dans la villa d'une dame assez acariâtre qui impose des règles strictes. Malgré cela, l'une d'entre elle va disparaître.
Voilà en bref cette histoire qui va vous marquer car oui elle est dure mais si vous mettez de côté vos préjugés et que vous ouvrez votre esprit afin de vous intégrer à ses pages et essayer d'en décortiquer toute la subtilité, vous toucherez le st Graal..
En 512 pages tout y passent, je retiens les mises en garde, les injustices, la corruption, le monde de l'édition, l'abandon et la vengeance. Une bonne partie de la lecture est un cas de conscience c'est comme cela que je l'ai vécu. Des mots porteurs d'essentiel… un pamphlet extraordinaire, oui j'ai peut-être un côté maso..
Ce livre est un uppercut au conformisme de certains milieux. C'est mon premier roman de Jérémy Fel peut-être suis-je partie dans un sentiment totalement différent mais ce n'est rien chacun sa perception et je peux vous dire que sa plume à trouver grâce à mes yeux, j'ai hâte de découvrir Héléna qui est dans ma pal.
Alors, wow. Je viens de finir le livre, et c'est pas ce que je m'attendais. La libraire m'avais dit que c'était bien sombre, mais putain, j'aurai pas pu le voir comme ça. Violent. de A à Z. Et de pire en pire. J'ai eu envie de pleurer une bonne partie du livre, et je digère encore la lecture. Quand j'ai découvert que c'était Thaïs la coupable, j'étais sous le choc. La fin du chapitre de Manon, vraiment impressionante. Et c'est incroyable comment l'auteur a réussis a me faire vovre 7 livres en un seul, avec les différents points de vus, etc. Je pense qu'il est surement allé trop loin dans son délire pour certains, mais c'était aussi le but? Je sais pas trop pourquoi mais ça m'a fait un peu penser à nous les menteurs (à creuser?). Par contre je suis deg de pas avoir eu de détails sur le apr��s la fin, et même, comme on a que le point de vu de Thaïs à la fin, je voudrais trop rentrer dans la tête des autres personnages pour voir ce qu'eux en pensait, typiquement Albert? Bref, toujours sous le choc
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C’est par un polar très sombre, à ne pas mettre entre toutes les mains, que débute cette année littéraire (et olympique !). Quatre jeunes filles, entre l’adolescence et âge adulte, voyagent seules en Afrique du Sud. L’une d’entre elles n’en reviendra pas. Sur une construction assez classique (sept chapitres correspondant au point de vue de chacun de sept narrateurs et protagonistes ; enquête mené par un flic alcoolique — « au Cap, un flic qui n’est as alcoolique est déjà mort » —, etc.), ce roman nous emmène dans les bas-fonds de l’âme humaine et nous amène à nous demander s’il en reste quelque chose à sauver… Jérémy Fel nous tient en haleine pendant plus de 500 pages, nous montrant, tel un Pierre Soulages, toute l’étendue de sa palette de noir. À lire absolument si vous êtes fan du genre et que vous avez le cœur bien accroché !
Un polar polyphonique sadique, voyeur, trash et ultraviolent.
J’ai adoré la première moitié du bouquin : hyper angoissante, psychologiquement perturbée et hallucinante.
La suite - qui nous plonge dans d’autres cerveaux bien crades et dérangés - m’a paru un peu trop tirée par les cheveux. J’ai été moins emporté, n’arrivant pas à retrouver le plaisir torturé du départ. Peut-être car l’intrigue ou les motivations des protagonistes m’ont semblé moins réalistes.
Néanmoins, ce roman est d’une obscurité incroyable et éclatante. Une lecture percutante et perturbante qui ne s’oublie pas facilement !
What if Bret Easton Ellis, Gillian Flynn and Claude Chabrol met in an internet red room? I have some bones to pick with this, but it's amazingly well-choreographed, tightly plotted and viciously orchestrated. Propulsive and darker than the night, I'm not quite sure why the author hasn't blown up yet outside his native France. The way he plays with genre standards and situations, laying false traps and expectations, is nothing sort of astonishing. Someone get the guy an English speaking editor, please.
Un livre qui chamboule … qui fait se questionner sur la noirceur qui peut ressortir en chacun, les limites repoussées et le désespoir humain. Des scènes d’une violence inouïe, un roman à plusieurs voix qui nous fait à la fois apprécier puis détester les personnages.
livre machiavélique, d une puissance infinie! chaque personnage devoile un peu plus ses travers, son cote retors. Ce livre se devore aussi cruellement que l’est son contenu
Je ne m'attendais pas du tout à cela. L'auteur a su nous tenir en haleine jusqu'au bout. Les souffrances physiques et morales peuvent engendrer beaucoup de rancoeur et même de la haine. A lire.
J’ai beaucoup aimé les problématiques sociales abordées dans ce livre, que cela concerne l’Afrique du sud ou la France. Le personnage de Thaïs m’a mise tellement mal à l’aise que je me suis sentie bizarre pendant toute la lecture jusqu’à ce que j’arrive à sa partie. Au final, j’ai énormément de peine pour elle. Je trouve que la fin est très réussie, d’habitude je n’aime pas les fins ouvertes mais là je trouve qu’elle marche bien. Je me suis sentie satisfaite.
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