"Fêter" ses quinze ans dans le noir complet parce que l'électricité a été coupée, tu parles d'un anniversaire ! Pourtant c'est la vie de Sacha, élevé par Nelly, mère courage qui seule ne s'en sort plus depuis son licenciement, emportée dans la spirale de l'endettement. Privé de l'insouciance de son âge, Sacha éprouve la honte du déclassement, la peur de manquer de tout. Au collège, il tâche de faire illusion devant ses potes et s'invente une vie d'ado normal. Le dessin est sa seule évasion. Lorsque mère et fils se retrouvent expulsés de leur appartement, Sacha décide d'en finir avec les simulacres. La découverte du métier de souffleur de verre, un métier rare qui ne le détermine pas socialement, est la voie qu'il se choisit. Un récit émouvant et d'espoir.
Trois fois rien (ça fait toujours rien) de Julien Dufresne-Lamy, présentation Il fête ses 15 ans. Pour lui, tout est noir. Nelly, sa mère, veut être appelée par son prénom. En effet, elle a eu son fils à 18 ans. Ils vivent dans un petit appartement de 50 mètres carrés. Elle fait tout pour y arriver même si elle est sans revenus.
Avis Trois fois rien (ça fait toujours rien) de Julien Dufresne-Lamy Retrouver Julien Dufresne-Lamy avec délectation. JDL écrit aussi bien pour les adultes que pour les adolescents. Son dernier roman leur est destiné. Il arrive à trouver les mots pour écrire sur des sujets de société, avec énormément de tendresse, énormément de sensibilité, sans voyeurisme. Julien Dufresne-Lamy explique ces problématiques actuelles et nous fait aimer ses personnages et les sujets traités.
Le lecteur va vivre 3 ans de la vie de Sacha, qui vit seul avec sa mère, Nelly. Il fête ses 15 ans. Pour lui, tout est noir. La situation est extrêmement difficile. Sa mère a perdu son emploi et vit d’aides, mais elle tente de tout faire pour que son fils n’en souffre pas. Elle prend soin de lui et ne baisse pas les bras. Tous les deux ont trouvé, pratiquement, tous les moyens pour faire des recettes pas trop chères. Mais les courses sont toujours un casse-tête. De son côté, Sacha, à l’école, fait comme si tout se passait bien. Il a des amis mais il ne se confie pas. Sacha est un garçon secret. Personne ne sait ce qu’il traverse, le manque d’argent, le manque de confiance en lui. Il sait passer entre les mailles du filet de ce paraître, propre aux réseaux sociaux. C’est tout de même dur de jouer un rôle, tout le temps. De plus, Sacha est atteint d’épilepsie et les crises peuvent intervenir n’importe quand. Les dettes s’accumulent. Après une saisie, une expulsion, ils se retrouveront dans une chambre dans un foyer. Sacha n’est pas mauvais à l’école mais il choisira une voie professionnelle, pour apprendre le métier de souffleur de verre. Toujours dans cette école, il ne montrera rien mais il tombera amoureux. Les stages en entreprise ne se passent pas forcément bien, mais il apprendra différentes techniques et différents arts. Et à 18 ans, il prendra sa décision.
Ce qui sauve Sacha ? Le fait de dessiner et très bien dessiner. Ses résultats scolaire sont tout à fait honnêtes. Il aurait pu continuer la voie classique, mais il a préféré se tourner vers une voie professionnelle après avoir découvert le métier de souffleur de verre.
Comme d’habitude, Julien Dufresne-Lamy aborde des thèmes forts avec toujours cette empathie, cette sensibilité et des mots forts mais sans aucune intransigeance. Les deux personnages sont forts, très unis, malgré quelques disputes. Pour Sacha, Nelly tentera de tout faire, malgré les problèmes. Même si Sacha agit bien souvent en adulte, même s’il subit cette situation, sa mère est une, son héroïne. Il sait tout ce qu’il lui doit. Sa mère reste tout de même sa priorité.
Ce n’est pas évident d’écrire sur la pauvreté, sans verser dans le pathos, mais JDL le fait et il explique, admirablement, la situation de ces familles monoparentales, de cette précarité, de ces enfants qui vivent en-dessous du seuil de la pauvreté, de ces chiffres hallucinants, que l’on peut lire dans les journaux Et on se demande ce que fait l’Etat pour aider toutes ces personnes qui ne demandent qu’à s’en sortir, malgré les dettes, les saisies et les expulsions. Un enfant doit-il vivre dans une voiture parce que ses parents n’ont plus rien ? Les chiffres ont bon dos, aussi. Ceux qui vivent dans la précarité ont peu de chances de s’en sortir, mais Julien Dufresne-Lamy offre ce message d’espoir que tout peut arriver. Il suffit de trouver sa voie, de croire en sa chance, d’avoir confiance en soi, même si elle est vraiment malmenée. Sacha donne ce message d’espoir pour tous ces jeunes. Grâce à son empathie, il va aider ceux qui sont en difficulté, il va apporter un peu de joie pour ces enfants dans ce foyer. Il aidera même ceux qui sont plus mal lotis que lui. Sacha ne se plaint pas. Il est tout à fait adulte et capable de prendre ses décisions. Julien Dufresne-Lamy n’oublie pas, non plus, les métiers d’art, ce savoir-faire français inestimable. C’est bien que des jeunes se tournent vers cette voie, afin de perpétuer ce savoir-faire qui doit être transmis, de génération en génération, même si les technologies évoluent.
Je ne suis pas prête à lâcher l’auteur et je remercie Actes Sud Jeunesse pour cet envoi.
☁️"Et puisque c'est ton livre, tu préfères passer au prochain chapitre "
❤️ Trois fois rien est un roman qui aborde l'histoire d'une mère et de son fils qui font tout pour s'en sortir malgré leurs problèmes d'argent. J'ai trouvé ça intéressant de représenter la précarité dans un roman car au final, ce sujet est très peu abordé. On voit la honte d'avoir besoin d'aide, de ne pas se sentir légitime et d'avoir à chaque instant peur de tout perdre du jour au lendemain. J'ai adoré suivre Sacha, jeune adolescent, durant plusieurs années de sa vie (3eme à la terminale). On voit son évolution notamment mental avec petit à petit une libération qui se fait par le dessin, notamment en bande dessinée. Au fil des années, il accepte d'être "pauvre", terme qu'il a toujours détesté. Il brise les chaînes sociales pour enfin oser s'affirmer et se montrer tel qu'il est réellement. Le personnage de Nelly, la mère, est très touchant. Ayant eu son enfant jeune, elle a perdu de nombreux soutiens mais à quand même fait le nécessaire pour que son fils ait une vie normale, faisant même des concessions au quotidien pour son bonheur. On la voit s'affaiblir au cours des événements mais elle arrive toujours à remonter la pente, pour son fils. J'ai donc adoré cette relation mère/fils, comme la dit Sacha, l'un n'est rien sans l'autre. J'ai adoré la plume de l'auteur et son récit à base de "tu". Très original, c'est l'une des première fois que je lis une histoire avec ce style et j'ai trouvé ça très sympa, ça permet au lecteur de se sentir plus concerné dans l'histoire. C'est une très belle écriture que j'ai adoré re-découvrir (j'avais déjà lu l'un de ces romans que j'avais beaucoup aimé). Ce qui est sûr c'est que cette plume va forcément provoquer des choses en vous, elle vous fait voyager dans un monde différent du nôtre.