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L'accomplissement de l'amour

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Quand l'infidélité devient le facteur d'une équation intime, quand elle sert à se prouver qu'elle est l'accomplissement de l'amour dans un couple, la physique des corps semble céder la place à la mathématique de l'esprit. Cette nouvelle étonnante, écrite en 1910 par l'auteur de L'homme sans qualités, nous plonge dans la psyché d'une femme qu'un voyage en train bouleverse jusqu'à l'impensable. Claudine est mariée, elle aime son mari et pourtant, pour faire pièce au hasard, elle va paradoxalement céder à un homme qu'elle ne désire pas. La subtilité douloureuse de l'analyse rejoint les exigences de la poésie par une écriture qui se cherche, se dérobe en de multiples et sombres méandres où parfois scintillent des rivières de diamants.

112 pages, Pocket Book

Published May 17, 2023

6 people want to read

About the author

Robert Musil

307 books1,377 followers
Austrian writer.

He graduated military boarding school at Eisenstadt (1892-1894) and then Hranice, in that time also known as Mährisch Weißkirchen, (1894-1897). These school experiences are reflected in his first novel, The Confusions of Young Törless.

He served in the army during The First World War. When Austria became a part of the Third Reich in 1938, Musil left for exile in Switzerland, where he died of a stroke on April 15, 1942. Musil collapsed in the middle of his gymnastic exercises and is rumoured to have died with an expression of ironic amusement on his face. He was 61 years old.

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Profile Image for Etienne Mahieux.
541 reviews
September 9, 2023
Dans cette nouvelle datée de 1911 Robert Musil imagine un couple lié par une telle affection que leurs pensées muettes se répondent. La femme, Claudine (déjà une référence à Colette, ou une coïncidence ?), s’apprête à faire un petit voyage dans une ville où sa fille, née d’un premier mariage, est pensionnaire. Son mari, dont le prénom ne sera jamais dévoilé, ne peut l’accompagner, pris par son travail. Après un prologue exposant la situation, Musil raconte le voyage de Claudine ; mais l’action de sa nouvelle est presque entièrement intérieure. Là où la plupart des écrivains nous raconteraient les faits et gestes des personnages, en sélectionnant l’accès à leurs pensées, Musil raconte par le menu les pensées de Claudine, en sélectionnant l’accès à ses faits et gestes, souvent banals voire insignifiants, il est vrai. Ainsi, nous suivons sa réflexion depuis un moment où elle se tient sur le quai de la gare, et nous apprenons un peu plus tard qu’elle observe le paysage qui défile derrière la vitre du wagon, sans que jamais nous ayons été avertis qu’elle monte dans le train et que celui-ci démarre : mais cela n’est-il pas évident ? Le paysage enneigé est d’abord convoqué à titre de métaphore avant d’être désigné comme la réalité de l’espace traversé par le train ; de sorte que même les données extérieures, objectives, semblent dessiner avant tout le paysage mental de l’héroïne.
Or pendant ce voyage Claudine est saisie par trois éléments : d’abord sa séparation d’avec son mari, événement tout à fait rare, et le désir qui naît de l’absence ; ensuite, des souvenirs de son passé, liés à la naissance de sa fille ; avant d’avoir rencontré son conjoint, Claudine a eu une vie sentimentale et amoureuse complexe, et c’est sa nouvelle union qui lui a apporté de vivre un amour exclusif et fidèle. Enfin, on comprend petit à petit que l’un des autres voyageurs lui fait la cour.
Le titre, et les pensées de Claudine nous amènent à un véritable paradoxe : l’accomplissement final de l’amour, l’épreuve ultime qui attesterait de son caractère indestructible, ce serait justement un adultère, absurde, loin de toute justification classique, et notamment de toute situation de chantage. Ce en quoi le traducteur et préfacier de cette édition, Pierre Deshusses, voit le défaut du diamant que constitue cette nouvelle : un faux raisonnement pour résoudre un faux problème. On peut aussi penser à la remarque de Borges selon laquelle les Russes avaient tué le roman psychologique en parvenant à justifier à peu près n’importe quel paradoxe, comme par exemple le « suicide par enthousiasme » qu’ici suivrait l’ « adultère par fidélité ».
Je ne suis pas sûr d’être d’accord. Tout d’abord, après un prologue où les deux époux réfléchissent sur le cas d’un personnage de fiction dans les termes d’une psychologie assez classique, les pensées de Claudine progressent tout au long du récit jusqu’à des paradoxes flamboyants voire des contradictions pures et simples : la première fois qu’elle a menti elle disait la vérité, il existe UN être pour lequel on n’est PAS fait, etc. Musil ne peut ignorer qu’il manie des discours faux et absurdes. Par ailleurs, son innovation esthétique ne va pas jusqu’au monologue intérieur : les pensées de Claudine sont reprises et synthétisées, en des phrases certes si longues et touffues que parfois la syntaxe s’y perd (en tout cas celle du traducteur), par un narrateur tiers, ce qui donne l’impression que la jeune femme, certes hypersensible, est d’une lucidité sur son propre cas dont toute la pensée contemporaine de l’auteur était attachée à montrer qu’elle est impossible.
On peut donc prendre le récit de manière plus ironique, y voir les mensonges que Claudine se débite à elle-même pour ne pas admettre l’affaiblissement, ou pour rester dans ses termes, le caractère circonstanciel d’un sentiment amoureux qu’elle refuse de voir autrement que comme une marque de sa destinée. Reprise par ses démons lorsque la présence de son mari ne l’en éloigne pas, elle produit une théorie destinée à la justifier et à intégrer ces mêmes démons dans le cadre de son idéal de fidélité conjugale. Déjà l’élève Törless, cinq ans plus tôt, avait tendance à bâtir des théories pour remplacer l’expérience existentielle qui lui manquait encore (et Musil, scientifique de formation, explorait à travers lui les possibilités existentielles des théories scientifiques) ; la démarche est plus amère de la part de Claudine, dont l’expérience humaine est plus vaste. Et le fait que son mari n’ait pas, dans la nouvelle, de prénom, semble souligner cruellement ce qu’elle ne veut pas accepter : qu’elle aurait pu en aimer un autre avec une pareille intensité, que leur amour ne naît pas d’une rencontre prédestinée, qu’il est fortuit, ce qui pourrait lui ôter toute valeur aux yeux de Claudine (mais pas forcément aux yeux de Musil ni aux nôtres).
Ce qui frappe le plus dans « L’Accomplissement de l’amour », c’est la manière exigeante, jusqu’à une certaine abstraction qui s’impose au lecteur (là où un Henry James lui propose plutôt de jouer), avec laquelle Musil évoque un sentiment de distance d’avec soi-même et d’avec le monde, un décalage entre le sentiment de soi et les perceptions liées aux circonstances, d’autant que celles-ci, on l’a vu, sont parfois oblitérées par la projection de l'univers mental du sujet. Si Claudine pourrait, finalement, céder à l’homme qui lui fait la cour, c’est aussi en raison du sentiment d’irréalité qui la poursuit, et qui donne à toute la nouvelle l’ambiance d’un rêve légèrement poisseux et proche du cauchemar.
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