Ce roman nous plonge dans une dystopie se déroulant à la fin du 21e siècle, alors que le Québec est devenu un pays indépendant, que la première puissance mondiale est l’Inde et que toute chose semble régie par le progrès et la technologie… ou plutôt par la Kampa, une entreprise si puissante qu’elle peut influer sur le destin des peuples et des nations. Dans cet univers où la culture ne semble être qu’un vestige du passé, la question de l’intelligence artificielle occupe une place centrale, sous la forme de robots d’assistance personnelle (des permikas) confectionnés à l’image de jeunes (et parfois très jeunes) femmes. On comprend rapidement que, pour les personnalités les plus puissantes de cet univers, cela devient surtout un moyen de combler certains désirs et d’assouvir des penchants. Dotés d’une intelligence presque sans limites, ces robots peuvent évoluer et développer leur conscience. Un organisme, la Parakaar, est responsable d’évaluer, par l’intermédiaire d’agents et d’agentes, l’état de conscience de ces robots et de voir s’il est nécessaire de leur octroyer le statut de personne à part entière. C’est un agent de ce type, chargé d’évaluer la permika de Théodore Désilet, une éminente personnalité politique et culturelle, que l’auteur nous invite à suivre à travers son enquête.
Le style d’écriture apparait d’abord très froid, à l’image de l’univers décrit, qui semble drabe et affligé par une lourdeur bureaucratique. Ponctué d’un humour subtil, mais incisif, de riches mises en contexte et de dialogues bien ficelés, le récit parvient toutefois à capter l’attention, d’autant plus qu’il est facile d’y projeter le monde actuel ou, du moins, de dresser certains parallèles. Ainsi la Kampa n’est pas sans rappeler le monopole et l’influence qu’exercent aujourd’hui les GAFAM; on ne se surprendra pas non plus de découvrir un monde pensé en fonction des hommes et de leurs désirs, pas plus que de voir une culture aseptisée s’être imposée. Quant à la question de l’intelligence artificielle, la destinée imaginée par l’auteur en ce qui concerne les robots qui ont atteint l’état de conscience nous amène sur le chemin de la philosophie; sur ce qui distingue les humaines et humains des machines, et sur le sens de la vie.
Ce n’est pas la fiction la plus électrisante et palpitante qui soit, ou même la plus sophistiquée, mais elle est originale et porte à la réflexion. L’auteur, qui est malheureusement parti trop tôt, est par ailleurs à découvrir.