Orphée n'a pas pu ramener Eurydice des Enfers. Ou n'a-t-il pas voulu ? Trahie par son époux, abandonnée à la merci d'Hadès et aux ténèbres du sous-monde, la dryade n'a plus qu'une idée en tête : se venger. Défiant monstres et dieux, Eurydice débute une odyssée dans l'au-delà afin d'accomplir ce qu'aucun mortel n'a jamais réussi, s'échapper du séjour des morts.Melchior Ascaride est un graphiste aixois installé à Paris, qui travaille principalement pour les éditons Éléphant (DVD) et les Moutons électriques. Fondateur et codirecteur de la "Bibliothèque dessinée", il a décidé avec ce nouveau tome de s'essayer à mener un travail d'auteur complet, texte et dessin. Relecture du mythe d'Eurydice et Orphée, Eurydice déchaînée est un récit de fantasy antique révélant, au travers d'un périple épique, la profonde injustice des mythes grecs.
Déjà, l'évidence : ce livre est magnifique (à quelques erreurs de mise en page près, mais je chipote - dans l'ensemble, c'est super réussi). Les illustrations sont belles et très expressives et acccompagnent l'histoire à la perfection. Le style d'écriture est très agréable - même s'il y a quelques mots plus familiers qui apparaissent de temps à autres et ça m'a fait très bizarre. Pour ce qui est de l'histoire, plutôt bien ficelée mais pourrait avoir été mieux rythmée. Bref, ça vaut clairement le détour mais il y a plein de détails qui m'on fait tiquer aussi.
Honnêtement j'ai essayé plusieurs fois, peut être que si je le reprends dans longtemps il me parlera davantage, mais là pour court qu'il soit je n'arrive pas du tout a rentrer dedans. Dommage, c'était mon premier des moutons.
Chez feu Les Moutons Électriques, ils avaient le chic pour nous proposer des projets uniques. C’est le cas de cette Eurydice déchaînée qui porte si bien son nom où la plume poétique de l’auteur vient se mélanger aux cris de ses dessins punks. Vibrant et percutant !
Pour m’accompagner dans cette aventure : Audrey, ma comparse de lecture commune, avec qui, j’ai une fois de plus, beaucoup aimé échanger pour éclairer cette singulière lecture. Elle a su m’aider à mettre les mots sur mes impressions parfois un peu confuses. Car Melchior Ascaride, s’il est un dessinateur averti, est aussi un conteur né, mais un conteur exigeant et il m’a parfois un peu perdue dans cette revisite mythologique pleine de cris de vengeance.
Il fait débuter son propos par une victime de plus des dieux et des hommes, Eurydice, qui trahie par son époux se retrouve en Enfer à la merci d’Hadès, sauf que notre dryade ne compte pas en rester là, elle compte bien faire entendre sa voix, une voix de révolte ! Pour mettre en scène cette épopée de vengeance : un ouvrage unique, qui mélange vraiment texte, typographie et dessins, dans des teintes bleues, blanches et noires très marquantes. Le tout s’entremêle pour former une matière unique, propre à l’auteur, où le conte et le récit graphique ne font qu’un, voire où le dessin vient raconter également quelque chose, transmettre sa voix, donner un rythme, une intention, un sentiment puissant. C’était fantastique pour la fan de graphisme que je suis.
L’histoire, elle, est plus classique en soi. C’est un périple comme on connaît bien en mythologie, où l’héroïne parcours les abîmes de l’enfer croisant nombre de créatures et divinités, avec toujours sa rage en tête et son désir de vengeance. Elle en croise d’ailleurs tellement que je me suis sentie un peu perdue à un moment, ne pouvant plus retenir tous ces noms, hormis les plus marquant, comme Percée, qui nous offre un épisode d’une tristesse et d’une force absolue. Et au final, je me suis donc accrochée à la plume et aux intentions de l’auteur, une plume très poétique, très travaillée, ce que j’apprécie énormément pour ce genre de texte. Elle donne du relief à une aventure un peu linéaire, un peu connue sur la compagne d’Orphée et surtout elle lui donne corps, car dans la mythologie que connaît-on d’autre d’Orphée que son statut de femme ?
L’auteur signe donc le réveil de celle-ci, qui se met en quête, dans une véritable furie perceptible sur les pages, dans le texte, dans les dessins, d’une vengeance contre tous ces mâles oppresseurs, hommes et dieux. C’est un véritable cri déchirant, un pugilat, une lettre d’intention. A travers elle, l’auteur déconstruit totalement notre vision si patriarcale des mythes et remet l’église au centre du village, rappelant que Zeus est un violeur et un sociopathe, que ses rejetons masculins, souvent ne sont guère mieux, vu que règne l’oppression des femmes et qu’elles subissent mille violences et contraintes. Alors il image une femme, une dryade, qui suite à un long chemin de croix, va secouer et soulever tout ce petit monde. C’est jouissif !
Plus que l’aventure, c’est donc l’intention, la volonté de dénonciation et de révolte, mais aussi l’unicité du projet à la fois littéraire et graphique qui m’ont enchantée ici. Comme ma comparse Audrey, j’ai été prise dans la quête d’Eurydice et je me suis mise à marcher dans ses pas, priant pour sa réussite et tremblant devant sa fureur, si énergiquement mise en scène de bout en bout. Expérience vraiment unique ce cri contre le patriarcat et notre écriture / lecture des mythes alors qu’on devrait ouvrir les yeux m’a saisie. Certes, c’est surtout un bel enrobage et l’histoire en elle-même n’est pas des plus riches, mais l’intention et la dénonciation sont là et font un job nécessaire. Quel dommage que l’éditeur ait périclité.
Gare à toi qui ouvres ce livre, car ce n’est pas n’importe lequel. C’est le manifeste d’une femme en colère, qui se réveille de sa tombe antique pour revendiquer, clamer et enfin pointer du doigt l’injustice profonde qu’est la mythologie grecque. Et si on rétablissait la vérité ? Et si on arrêtait de conter la gloire des héros masculins illustres, et qu’on donnait la voix aux invisibles, aux oppressé•e•s ?
Eurydice veut se venger de son époux Orphée, qui par son égoïsme l’a condamnée à mourir une seconde fois. Elle entame un impossible voyage à contre-sens, de l’Enfer à la Terre. D’un ton envoûtant et survolté, elle se dresse contre la hiérarchie infernale de l’Olympe, condamne par sa prose véhémente et interrompt le cycle de terreur par sa rébellion.
C’est un chant de vengeance, une promesse, une menace. Eurydice est en colère, et elle est inarrêtable. Elle porte avec elle toutes les âmes broyées par le système patriarcal et totalitaire des trois frères divins. C’est une vision terrifiante, mais enfin juste de l’Olympe et de l’Hadès, diffusée par celle qui a fait taire les poètes.
La maquette est surprenante, et fait de ce livre un ouvrage à mi-chemin entre le livre d’art et la bande dessinée. Elle signifie implicitement au-delà des mots ce que l’auteur veut nous dire. À chaque page une nouvelle disposition des éléments, et les illustrations, au style géométrique et froid, sont artistiques et fascinantes.
En conclusion, ce livre-objet est un réquisitoire enflammé qui emprunte autant à la poésie qu’à la littérature classique et épique, et qui porte la justice au centre de sa démarche.
Un roman graphique sombre, violent qui dépote. Réécriture du mythe d'Orphée du pdv d' Eurydice. Dans le mythe, Orphée obtient l'autorisation d'aller chercher sa promise en enfer après la mort de cette dernière, à la seule condition de ne pas lui jeter un regard avant d'atteindre la surface. Il échouera et Eurydice retournera en enfer. Ils seront séparés à jamais. Vu comme une tragique histoire d'amour, ici Melchior Ascaride réécrit l'histoire en induisant qu' Orphée à fait exprès de regarder Eurydice. Qu'il n'a jamais eu l'intention de la ramener. Et comme l'indique le titre, Eurydice à la haine et veut se venger. Voyage au plus profond de l'enfer et du tartare, mettant psychologie et émotion à rude épreuve. Ce roman graphique violent et sombre met en évidence la vengeance via quelques écueils parfois trop faciles et qui manque un peu de développement. Néanmoins l'écriture est soignée, les dessins attractifs et la mise en évidence des femmes bafouées de la mythologie grecque qui cherche à se dresser contre les dieux est plutôt intéressante. Roman graphique qui met en évidence la cruauté et la sororité. Une très bonne lecture ~
Une histoire intéressante avec la réécriture audacieuse d'un mythe tragique... Malheureusement de nombreux points ont rendu ma lecture laborieuse.
J'ai trouvé la langue trop travaillée, si les tournures soutenues se prêtent volontiers au tragique, on peut voir transparaître sous la plume de l'auteur un effort presque mécanique dans l'usage d'un vocabulaire dense et fourni, au point parfois d'en être étouffant.
Le charge graphique mêlée au texte témoignent d'un réel travail sur la morphologie de l'histoire et non uniquement de l'écrit. L'aspect narratif rappel les chants des aedes, mais les dernières pages perdent malheureusement cet aspect.
Enfin, si j'ai apprécié l'immersion dans les mythes Antiques par cette réécriture, la rage d'Eurydice était si violente que cela a été un frein à ma lecture (je lisais en général vingt pages à la fois, rarement plus). Cependant ce point fait partie intégrante de l'histoire et de la façon dont elle a été conçue, on ne peut donc pas vraiment le placer comme un élément négatif. Seulement cela a rendu ma lecture plus laborieuse.
Une belle découverte donc, peut-être pas au point de la relire.
Le dessin et la force graphique de la mise en page sont deux éléments très percutants de ce livre. Le choix du rouge aurait pu paraître plus évident pour représenter la colère, mais ce bleu vibrant incarne la rage froide d'Eurydice, la détermination d'une femme laissée pour morte, tout en rendant les scènes sanglantes plus abordables pour un jeune public.
La réutilisation de différents mythes grecs montre la connaissance fine de l'autrice sur le sujet : on croise Tirésias, Persée, les Danaïdes... C'est un plaisir ! J'ai découvert beaucoup de personnages intéressants au sein des Enfers, et ça a peut-être réveillé un intérêt prononcé pour la mythologique...
J'ai pensé au début qu'il manquait une carte des Enfers, mais la dérive aveugle d'Eurydice fait la force du thriller. On ne sait jamais si elle s'enfonce dans le Tartare ou si elle remonte vers la surface ! Le temps n'est plus, l'espace est déformé, distendu... Il y a des moments de tension, des coups de rage, des instants tendres. La fin donne envie d'écrire la suite, la prise de l'Olympe ! Mais c'est à nous de le prendre, et le combat est loin d'être fini.
Orphée n'a pas voulu récupérer Eurydice des enfers. C'est le sentiment qu'elle ressent quand elle se retrouve coincée au enfer. Possédée par sa vengeance extrême, elle va tout faire pour sortir de cet horrible endroit pour pouvoir tuer Orphée.
Avis :
Ce roman graphique est juste incroyable, les illustrations et la conception du livre sont magnifiques. J'ai été prise directement dans l'histoire et le fait de lire les pensées d'Eurydice nous plonge dans son désir de vengeance. On a envie de l'aider et on comprend pourquoi elle veut à tout prix tuer Orphée.
C'est une histoire très prenante que je vous conseille fortement
Un nouveau bijou pour la Bibliothèque Dessinée : en bichromie noir/bleu, Melchior nous raconte en mots et en images la trahison d’Orphée et la volonté d’émancipation et de vengeance d’Eurydice. Rien ne semble pouvoir l’arrêter dans sa quête de justice et de vérité, bien que le destin et ses geôliers des Enfers ne semblent pas du même avis. Une revisite féminine puissante du mythe !
Je suis tombée sur ce livre par hasard dans le cadre de sa réédition en version illustrée par la maison d’édition.
L’alliance de l’écriture avec les dessins rend le livre vraiment extraordinaire.
La prose est belle et ré transcrit parfaitement toute la rage d’eurydice et toutes ces femmes bafouées et sacrifiées aux grands mythes des héros olympiens.
Un vrai coup de cœur pour ce roman ! J’aurai aimé qu’il y ait une suite !
Une réécriture féministe au cœur de la mythologie grecque ? Bien sûr que je suis au rendez-vous ! Et laissez-moi vous dire que je vais vous harceler avec ce livre jusqu’à ce que le rencontriez aussi.
Le concept du point de vue d’Eurydice aux Enfers m’a déjà beaucoup plu avant d’ouvrir le roman. L’idée de la réécriture commence à devenir classique, voire assez peu originale au vu du nombre croissant de romans sur l’Antiquité et la mythologie du point de vue des femmes qui émergent en ce moment. Mais en ouvrant ce livre, ce fut la première claque : les illustrations qui fait l’originalité de cette œuvre. En effet, plus que des illustrations, elles font partie intégrante de la narration, prenant parfois la place des mots.
Et puis j’ai commencé à lire. Et bon sang, la seconde claque ! La narration est si atypique, pleine de colère, de poésie, de combativité, de désespoir. Tout y est mêlé avec un tel talent qu’on en reste pantois. J’ai été submergée d’émotions à la lecture, ballottée par les émotions de l’héroïne qui fait preuve d’une persévérance extraordinaire.
L’univers des Enfers est captivant, dans toute son horreur et sa dangerosité. On y fait des rencontres de plus en plus surprenantes et ô combien appréciables ! Je vous laisse la surprise des noms que l’on croise car le plaisir y est lié mais sachez que Melchior ne fait pas la paresse de réutiliser des figures vues et revues et explore dans cette quête héroïque des visages si peu mis en lumière dans nos réécritures actuelles. Et cela fait un bien fou !
Pour conclure, ce fut donc un coup de cœur, que dis-je, un coup de foudre ! pour cette incroyable épopée menée par cette figure mythique si injustement mise de côté : Eurydice.