«... C'est ainsi qu'à quarante-sept ans je voyais les perspectives d'une vie nouvelle et passionnante s'ouvrir devant moi. Je voyageais du nord au sud de l'Argentine et de l'Uruguay, donnant des conférences sur Swedenborg, Blake, les mystiques persans et chinois, le bouddhisme, la poésie du gaucho, Martin Buber, la Kabbale, Les Mille et Une Nuits, T.E. Lawrence, la poésie médiévale germanique, les sagas islandaises, Heine, Dante, l'expressionnisme allemand et Cervantes.» Aujourd'hui, le vieil Œdipe de Buenos Aires, l'aveugle vénéré partout dans le monde, parcourt sans répit la planète, en renouvelant sans cesse les thèmes hétéroclites qui depuis toujours ont nourri sa littérature et qui lui sont devenus consubstantiels. Ces douze conférences ont été prononcées dans sa ville natale en 1977 et 1978.
Jorge Francisco Isidoro Luis Borges Acevedo was an Argentine short-story writer, essayist, poet and translator regarded as a key figure in Spanish-language and international literature. His best-known works, Ficciones (transl. Fictions) and El Aleph (transl. The Aleph), published in the 1940s, are collections of short stories exploring motifs such as dreams, labyrinths, chance, infinity, archives, mirrors, fictional writers and mythology. Borges's works have contributed to philosophical literature and the fantasy genre, and have had a major influence on the magic realist movement in 20th century Latin American literature. Born in Buenos Aires, Borges later moved with his family to Switzerland in 1914, where he studied at the Collège de Genève. The family travelled widely in Europe, including Spain. On his return to Argentina in 1921, Borges began publishing his poems and essays in surrealist literary journals. He also worked as a librarian and public lecturer. In 1955, he was appointed director of the National Public Library and professor of English Literature at the University of Buenos Aires. He became completely blind by the age of 55. Scholars have suggested that his progressive blindness helped him to create innovative literary symbols through imagination. By the 1960s, his work was translated and published widely in the United States and Europe. Borges himself was fluent in several languages. In 1961, he came to international attention when he received the first Formentor Prize, which he shared with Samuel Beckett. In 1971, he won the Jerusalem Prize. His international reputation was consolidated in the 1960s, aided by the growing number of English translations, the Latin American Boom, and by the success of Gabriel García Márquez's One Hundred Years of Solitude. He dedicated his final work, The Conspirators, to the city of Geneva, Switzerland. Writer and essayist J.M. Coetzee said of him: "He, more than anyone, renovated the language of fiction and thus opened the way to a remarkable generation of Spanish-American novelists."
C'est à l'âge mûr, au croisement de la gloire naissante, de la politique et de la cécité, que Borges est devenu conférencier, d'abord en son pays puis aux quatre coins du monde. Ce recueil regroupe deux séries d'interventions abruptement raboutées, où les répétitions sont rares : au total, douze petits essais aux sujets divers. Borges s'est, à cette époque-là, donné quelques spécialités universitaires, comme la langue anglo-saxonne ancienne, mais cela ne fait que renforcer son étrange culture. Lecteur hédoniste, comme il le revendique à propos de la "Divine comédie" (et ces lecteurs sont les meilleurs pédagogues : ils ne vous font pas lire les classiques parce que ce sont des classiques, mais parce que c'est de la balle, bébé, et que c'est pour ça qu'ils sont finalement devenus des classiques), Borges a fini par se forger une sorte de contre-culture au sein même de la culture classique, et que dans ses conférences comme en d'autres savoureuses occasions il dessine le réseau qui donne sens et vitalité à ce savoir. Est-ce le prisme de son regard argentin ? Peut-être, car après tout il nous apprend la littérature de son pays, mais pas seulement : ces méditations qui abordent parfois, avec modestie, les rivages de la métaphysique, se nourrissent aussi des auteurs européens que nous ne lisons plus que peu (Swedenborg) ou que nous prenons pour des plaisantins (Chesterton), autant que des géants Platon ou Shakespeare. Mais il n'est pas qu'un jongleur culturel : l'évocation de l'eschatologie, de l'immortalité, à sa manière d'agnostique, celle de la cécité aussi, ou du cauchemar, pèsent le poids du vécu du vieil homme. C'est donc un moment de méditation nourrissant et émouvant que propose le maître.
A serie of short essays and conferences on Dante, nightmares, Swedenborg, time, books, blindness, immortality, kabbale and the crime novel by one of the greatest experts in litterature of the 20th century. Enlighting, educational, never too dense for its own good, and fortunately not too tainted by Borges'catholicism...what more to ask for ?