Loin des beaux quartiers, Florence Aubenas arpente les plages du Sud-Est, les villes et les banlieues du Nord, à la rencontre de ces gens délaissés par le monde politique et médiatique. Petits commerçants, jeunes intérimaires, maires de villages oubliés, ouvriers menacés de chômage… Autant de vies que la journaliste décide de mettre en lumière et qui dessinent le visage de la France.
Pas la force de Quai de Ouistreham, puisqu'il s'agit d'une compilation d'articles "société" parus dans le Monde en 2013-2014. Mais un portrait pointilliste de la France, oppressant et empathique. On comprend les votes front national,on mesure ce qui nous sépare, et c'est un gouffre entre les gens. Les transformations de l'emploi, les emplois publics comme seul normalité, les constructions d'espace de liberté dans les marges. Des mondes qui s'ignorent alors qu'ils utilisent les mêmes réseaux. Beaucoup de frilosité et de repli sur soi. La pauvreté, terrible. Des grands brûlés qui survivent, l'horizon rétréci. Finalement il n'y a que ce passage sur ce camping sauvage improbable en Camargue où l'on respire un peu.
Saisissant, tour à tour émouvant, poétique et surtout terrifiant par bien des aspects. Des scènes de tous les jours contées avec beaucoup de justesse sans faire dans le sensationnalisme. A lire par tous.
Comme toujours, beaucoup d’humanité dans la façon dont Florence Aubenas dépeint tous ces portraits. Un recueil d’articles publiés entre 2013 et 2014 qui prend une toute nouvelle force, un nouvel écho à l’aune du mouvement des gilets jaunes. Merci à Florence Aubenas de montrer cette France invisible qui ne correspond à aucun des clichés qu’on s’en fait.
Ce n'est ni Le Quai de Ouistreham, ni L'Inconnu de la poste, ce ne sont pas des reportages au long cours. Il s'agit juste d'un recueil d'articles parus dans Le Monde entre 2012 et 2014, ces papiers dans lesquels Florence Aubenas va à la rencontre de ceux dont on ne parle que rarement, et le cas échéant, rarement en positif. L'ouvrage est divisé en trois parties, l'une s'inscrivant plutôt dans le temps long et traitant de sujets plutôt politiques (vote extrême droite, manif pour tous, etc), se situant souvent dans la diagonale du vide et s'achevant avec un feuilleton sur l'accession de Steve Briois (FN/RN) à la mairie de Hénin-Beaumont ; l'une, particulièrement savoureuse, le temps d'un été en parenthèse sur un camping sauvage au fin fond de la Camargue ; la dernière, souvent lunaire, qui décrit la jeunesse, entre ados et jeunes adultes confrontés parfois à des sujets franchement difficiles (prostitution, mères adolescentes, pauvreté extrême d'une gamine rom, etc), dont les sujets recoupent souvent ceux de la première partie. Mention spéciale au choix de la couverture de l'édition poche, cette superbe photo de Depardon prise à Quiberon, lui aussi témoin des oubliés de son pays et de son époque.
Aubenas, suivant son style habituel, traite ses sujets sans condescendance apparente, restitue avec sa superbe plume quelque chose de romanesque à ces personnages de l'ombre. Elle dresse un portrait pointilliste, empathique, tout en clair-obscurs d'une France peu visible. Au final, elle parle aussi d'Histoire, par le biais des témoignages des gens de "la France d'en bas". Il ne faut pas se tromper, on ne saura pas dire ce qu'est la France entre 2012 et 2014 à la simple lecture de ce recueil : il s'agit plutôt d'éclairer les angles morts. Ce faisant, si cette lecture ne permettra peut-être pas de percer notre bulle d'opinion, elle permettra d'en éclaircir un peu les bords.
Ce qui est frappant surtout quand on lit ce recueil en 2022, c'est de voir à quel point la plupart des difficultés évoquées dans cet ouvrage restent non-adressées, pour ne pas dire aggravées par les politiques conduites depuis 10 ans. On y trouve les ferments du complotisme et de l'abstention massive, les radicalisations à venir, le sentiment de mépris de classe et d'abandon par un pouvoir totalement vertical. Bien sûr, c'est toujours facile de trouver a posteriori ce que l'on cherche, mais il me semble que nombre de fractures aujourd'hui béantes sont déjà décrites dans ce livre. Je ne sais pas si Florence Aubenas a prévu de réaliser un tel recueil pour d'autres périodes, mais une suite m'intéresserait fort. Quoi qu'il en soit, nos décideurs actuels seraient bien inspirés d'en lire quelques feuilles.
The texts collected in this volume weren't originally meant to be read back to back, and feel a bit repetitive when you read them in sequence. That said, Aubenas really has a gimlet eye for the telling detail and most vignettes have at least one memorable nugget. The picture of France that emerges from these portraits of the down-and-out is sad and scary in equal measure. You see such people interviews on the news all the time, but Aubenas does a tremendous job of giving each single one of them his or her dignity.
Un portrait de la France d'en bas. Mais pas nécessairement la France pauvre ; ou la France extrémiste ; ou la France désabusée ; ou la France jeune. Mais un peu tout ça. Tous ceux qui n'ont pas voix au chapitre ; dont la vie est affectée par des décisions prises par d'autres. Tous ceux qui se raccrochent à ce qu'ils connaissent, à ce qui est à leur portée, à ceux qui leur parlent.
Florence Aubenas donne la parole à des personnes dont on n'entend jamais parler dans les médias. Une plongée dans ce que l'on appèlerait avec condescendance "la France d'en bas", désabusée, désorientée et confrontée à une société qui ne la comprend pas et ne lui fait aucune place.