Bien sûr on sait intellectuellement que la Première Guerre Mondiale a été abominable à tous les points de vue. Mais il est difficile, plus de cent ans plus tard, de vraiment ressentir l'horreur de la situation.
Putain de Guerre vous donnera un coup de poing dans le ventre en mettant en lumière de façon brutalement honnête, sans fard, le gâchis ultime de vies humaines et les conditions de vie ignobles des soldats, et ce des DEUX côtés du no man's land.
Le sang, les entrailles, la merde, les rats et les poux, et ce sentiment d'injustice et de désespoir ultime du poilu qui se rend bien compte qu'il n'est qu'un pion dans un grand jeu de pouvoir des élites, qui se moquent bien qu'il vive ou qu'il meure, et dans quel état il reviendra après-guerre pour peu qu'il y survive.
J'ai apprécié le fait que le récit suive l'expérience d'un soldat désabusé, et qu'il ne diabolise pas l'ennemi mais mette l'accent sur l'incompréhension du soldat de base dans les deux camps. Le livre est empreint de pessimisme, certes, mais aussi d'une sorte de "tendresse" pour le poilu que nous suivons et par extension pour les soldats en général. La haine est réservée pour le haut de la hiérarchie militaire et politique (dont les seules blessures sont dues au "dégoupillage intempestif d'un encrier dans un ministère") et pour les industriels faisant leur sucre sur les piles de cadavres.
Le fait qu'il ait été écrit en collaboration avec un historien réputé fait que l'on sent qu'il s'agit d'un ouvrage sérieux sur le sujet, auquel Tardi, par ses dessins et ses textes, appose le côté émotionnel.
Tout cela converge pour donner un ouvrage à la fois instructif et poignant, qui, si cela ne tenait qu'à moi, serait une lecture imposée à tous les lycéens étudiant cette période.