S'il n'y a pas de roman sans style, si son pouvoir est de nous montrer le monde transformé par un imaginaire, et s'il acquiert une force supplémentaaire quand il parvient à saisir l'histoire de son époque, alors l' uvre romanesque de Céline (1894-1961) est une des grandes uvres de son temps, quoi qu'il ait d'autre part à reprocher à son auteur. En elle, le pouvoir du style se trouve multiplié par le choix initial d'une langue populaire qui avant lui était depuis trois siècles au ban de la littérature ; il s'y déploie un imaginaire si personnel qu'il se reconnaît dans le moindre fragment, et l'histoire la traverse si bien de part en part que les deux ensembles formés par ses huit romans ont chacun pour centre une des deux guerres qui en Europe ont marqué ce siècle. (H. G.)
Louis-Ferdinand Céline, pen name of Dr. Louis-Ferdinand Destouches, is best known for his works Voyage au bout de la nuit (Journey to the End of the Night), and Mort à crédit (Death on the Installment Plan). His highly innovative writing style using Parisian vernacular, vulgarities, and intentionally peppering ellipses throughout the text was used to evoke the cadence of speech.
Louis-Ferdinand Destouches was raised in Paris, in a flat over the shopping arcade where his mother had a lace store. His parents were poor (father a clerk, mother a seamstress). After an education that included stints in Germany and England, he performed a variety of dead-end jobs before he enlisted in the French cavalry in 1912, two years before the outbreak of the First World War in 1914. While serving on the Western Front he was wounded in the head and suffered serious injuries—a crippled arm and headaches that plagued him all his life—but also winning a medal of honour. Released from military service, he studied medicine and emigrated to the USA where he worked as a staff doctor at the newly build Ford plant in Detroit before returning to France and establishing a medical practice among the Parisian poor. Their experiences are featured prominently in his fiction.
Although he is often cited as one of the most influential and greatest writers of the twentieth century, he is certainly viewed as a controversial figure. After embracing fascism, he published three antisemitic pamphlets, and vacillated between support and denunciation of Hitler. He fled to Germany and Denmark in 1945 where he was imprisoned for a year and declared a national disgrace. He then received amnesty and returned to Paris in 1951.
Kurt Vonnegut, Jr., Henry Miller, William Burroughs, and Charles Bukowski have all cited him as an important influence.
Voyage au bout de la nuit : Grosse voix hargneuse, le lecteur transformé en auditeur. Langage très rythmique. Là-dedans des échappées poétiques très délicates (la civière de Robinson disparaissant dans le brouillard, le lever du jour sur le canal). L'imagination maquillée en récit de comptoir sur un mode vulgaire. Grand nombre de longs épisodes, parfois délirants, maintenus pourtant unis par la puissance du ton et de la couleur. La nuit toujours présente à l'aboutissement de chaque épisode. Est-ce qu'il y a une intention de faire un "anti-Proust" ? (Réflexions sur le souvenir, sur le "temps perdu" à l'occasion du retour à Rancy, sur les difficultés de la jouissance par des êtres bardés de manières et de références artistiques, sur la vie comme "pourriture en suspens"). Et qui est ce Robinson ? Rencontré chaque fois que le narrateur bat la campagne, ou presque. Au début on dirait un double imaginaire, puis il prend de plus en plus de consistance. Il finit par être présenté comme un modèle inaccessible. La mort est présentée comme un objectif essentiel ("tuer et se tuer") atteint par Robinson, inaccessible pour le narrateur.
Mort à crédit : J'aime moins le rythme : presque exclusivement des octosyllabes (ou sept pieds, mais ce n'est pas très différent, rythmiquement) qui produit un ronronnement dans ma tête pendant que je lis. Cependant, je m'y fais, et en fin de lecture, je me repose dessus. Plusieurs épisodes puissamment évocateurs : le collège en Angleterre - la "patronne" ! une oasis de grâce dans cet univers oppressant - la vie à la campagne avec les petits voleurs... Encore des impressions de clin d'oeil : Charlus au bordel, Bouvard et Pécuchet, Olivier Twist... La fin très abrupte : génial !