Une interprétation et une dénonciation de la Chine contemporaine à travers ces cinq essais iconoclastes aussi lucides et lumineux qu'implacables. Des textes rétifs à toute récupération politique.
Simon Leys is the pen-name of Pierre Ryckmans, who was born in Belgium and settled in Australia in 1970. He taught Chinese literature at the Australian National University and was Professor of Chinese Studies at the University of Sydney from 1987 to 1993. He died in Sydney in 2014.
Writing in three languages - French, Chinese and English - he played an important political role in revealing the true nature of the Cultural Revolution. His many prizes include the Prix Renaudot, Prix mondial Cino Del Duca and the Christina Stead Prize.
J'étais en train de lire la biographie de Simon Leys écrite par Philippe Paquet Simon Leys : Un navigateur entre deux mondes lorsque, arrivé à peu près au milieu du livre, j'ai été pris d'une envie irrépressible de relire Les habits neufs du président Mao, œuvre prophétique, visionnaire, qui est en fait le premier des Essais sur la Chine rassemblés dans ce livre.
Je ne relis en général jamais des livres que j'ai déjà lus mais le génie, la prescience d'un personnage comme Leys m'a poussé à faire une entorse à cette règle.
Le recueil comporte donc Les habits neufs du président Mao une analyse politique détaillée, extraordinairement précise et documentée de la révolution culturelle chinoise (1966-1969) publié en 1971. Un livre extraordinaire d'analyse politique, d'une rigueur hallucinante d'autant plus que le récit est fait à chaud (et a très bien vieilli) et que l'information de l'époque sur l'événement était ou complètement parcellaire (des bribes de récit récoltées à Hong-Kong par des malheureux qui avaient réussi à fuir le chaos) ou complètement partisane (les journaux du parti). Avec le confortable recul de l'histoire, on notera néanmoins que le livre décrit uniquement le côté politique et lutte de clan de la révolution culturelle - et sur ce point le livre est irréprochable - et assez peu les souffrances individuelles atroces endurées par ses victimes (les humiliations et supplices des professeurs ou des intellectuels, voire des "purgés" qu'on ne connaîtra que plus tard).
Les autres récits nous exposent les opinions toujours aussi visionnaires de Leys sur la Chine des années 70 (voir le délicieux Ombres chinoises) et décrit en creux la naïveté crasse des intellectuels occidentaux de l'époque qui portaient Mao au pinacle (cette période est oubliée maintenant mais l'aveuglement des personnalités de l'époque relève quasiment de l'entrée dans une secte) et, dans un autre registre - dans l'opus La forêt en feu -, il nous explique sa vision la culture chinoise, en citant en exemple son cher Lu Xun (1881-1936). Sa plume est tantôt délicieusement acérée quand il s'agit de dénoncer les tartuffes du maoïsme de salon, tantôt douce et tendre lorsqu'il fait partager son amour pour cet art et cette civilisation millénaire.
Leys est grand écrivain au style délicieux, doublé d'un homme honnête qui expose ses vérités même si elles sont dérangeantes (cela paraît évident mais c'est moins courant qu'on ne le dit), c'est ensuite un amoureux doublé d'un fin connaisseur de la Chine qui a su mieux que personne lire derrières les mensonges et faux-semblants de la propagande d'époque, c'est d'abord et avant tout un homme qui a eu raison, non seulement avant tout le monde, mais aussi contre tout le monde. La littérature mondiale avait Tocqueville qui a su lire, percer les Etats-Unis, Orwell, qui a su décrypter l'URSS, elle a maintenant Leys pour ce qui est de la Chine. Et son mérite n'est pas moindre que celui des deux génies précédemment cités.
Simon Leys is a revelation. Motivated by a profound knowledge of classical Chinese civilization, a great moral engagement in the modern Chinese struggle for democracy, and an underlying sympathy for the Chinese people against their shifting oppressors, he was one of a small handful of Western sinologists of his time to point out "the Chairman's New Clothes" and denounce the savage absurdity of communist rule in general and the Cultural Revolution in particular. His analyses of the vicious struggles for power, undertaken mainly out of a sense of duty, are as penetrating and useful today as they were then. His commentary on the deep cosmic principles underlying classical poetry and painting achieve the highest goal of studying another culture: to understand its value on its own terms, without seeking to fit it into one's own moulds of thought. Though it can seem like his interests and areas of expertise are spread too widely to make up a coherent project apart from the mirage of "understanding China," his pitch-perfect writing style achieved a unity of vision that offers a great point of entry for Chinese civilization and the country's modern politics, regardless of how long one has studied either. It is because his understanding of the classical culture was so deep, for instance, that he truly fathomed the extent of what was being destroyed in the Cultural Revolution. The final essays in this volume touch on the complete moral bankruptcy of the regime post-Tiananmen, and serve as a fittingly depressing, yet lucid conclusion to some of the finest writing on China I have had the pleasure of reading.