Mais Karine Tuil n’est pas journaliste mais romancière, elle réécrit donc la vérité, à la façon dont Régis Jauffret, dans Sévère, réinventait l’affaire Stern. Son sujet ? Les deux scandales qui ont éclaboussé en 2008 l’héritière de l’empire Varta et BMW, Susanne Klatten rebaptisée Juliana Kant: la révélation de la participation de l’entreprise familiale à la machine de guerre nazie et une affaire de chantage dans laquelle un amant menaçait de diffuser des vidéos compromettantes.
Or, cette histoire –réelle- émerge dans l’incertitude même du récit, créée par la rencontre de deux personnages fictifs -une romancière et le conseiller spécial de la famille Kant- qui tentent de reconstituer les faits. L’homme de l’ombre raconte, la jeune auteur écoute. Mais très vite, l’objectivité du témoignage se voit remise en question. Le conseiller confesse ses mensonges : «Je vous l’ai dit : j’invente. Qui pourrait démêler le vrai du faux, la fiction du réel. J’écris, je joue, je suis infidèle aux faits, je fabule, les événements se sont passés tels que je les ai interprétés, et alors ?» Cet aveu devient constat d’échec : la littérature serait incapable de rendre compte de l’Histoire de façon objective. Et paradoxalement, seule l’imagination de l’écrivain peut venir combler ses béances. Ainsi, Karine Tuil invente les mobiles de chacun, en liant histoire collective et destins individuels à travers les questions de l’antisémitisme et de la quête du pouvoir. Le grand-père de Juliana n’a pas seulement participé à l’effort de guerre allemand, il a aussi été le premier mari de la future Magda Goebbels, épouse du ministre de la propagande d’Hitler. Et si l’amant/maître chanteur de Juliana, Braun, se révélait le fils de l’un de ces nombreux Juifs exploités par l’empire Kant pendant la Guerre ? S’agirait-il alors davantage d’une vengeance que d’une simple extorsion ? Une thèse que Karine Tuil rend envisageable, tant Braun semble éprouver un plaisir malsain à dominer la fille Kant, à la déposséder de son pouvoir. Comme celui-ci voulait à tout prix, en l’humiliant publiquement, qu’elle reconnaisse la faute de ses ancêtres. d'après magazine-litteraire.com.
le personnage de Karl, l'homme de l'ombre est très intéressant. un être cynique, jaloux