""Tout s'est éteint, flambeaux et musiques de fête..." Voici donc ces poèmes séparés d'une légende qui les enrobait. Peu importe une légende, quand elle ne défigure pas les oeuvres. Celle-là les a plus que défigurées. Mais autant en emporte la vie : le seul portrait ressemblant qui restera de Louise de Vilmorin sera bientôt celui qu'apporte le livre de son frère André. Déjà la légende se retire, comme la mer. La clef de Louise de Vilmorin n'était pas dans une mondanité épisodique (j'ai vu à Verrières moins d'Altesses que de protégés), ni dans une grâce célèbre, mais dans une fantaisie impulsive et féerique. Nulle rêverie n'a mieux transfiguré les Contes de Perrault, que l'étude qu'elle leur a consacrée. Elle parlait à merveille de Titiana, et parfois parlait comme elle. En 1933 (elle n'écrivait pas encore, et toussait) elle m'avait dit : " - Je m'agite, on croit que je vais dire quelque chose d'intelligent. Pas du tout : je tousse. - Vous ressemblez à certaines jeunes femmes de Shakespeare. - On m'a seulement dit : de Gyp." Elle ne ressemblait pas à Madame de, mais à Maliciôse. Et à maints égards, ces poèmes sont les poèmes de Maliciôse. On en a rarement compris la nature, parce qu'ils ont été publiés avec toutes sortes de calligrammes, vers olorimes, ou palindromes. Très douée pour des acrobaties qui commençaient par le poème à Gaston Gallimard : "Je méditerai - Tu m'éditeras..." et finissaient par des calligrammes en forme de tonneau compliqué, Louise de Vilmorin les mêlait volontiers à ses vrais poèmes. Or, sa virtuosité, qui naissait du jeu, semblait liée à un domaine foncièrement littéraire. D'où le malentendu fondamental, plus grave que celui de sa légende : car l'importance de cette poésie, c'est qu'elle est, à contre-courant de la poésie contemporaine, une poésie orale. Quelqu'un parle." André Malraux.
Louise de Vilmorin, de son nom complet Louise Levêque de Vilmorin, est une femme de lettres française, née le 4 avril 1902 à Verrières-le-Buisson (Essonne), où elle est morte le 26 décembre 1969. Elle était parfois surnommée « Madame de », en référence à son roman à succès porté au grand écran.
Vraiment pas pour moi. C'est bien la première fois que je lis un recueil sans avoir un seul fort attachement, ou coup de coeur, pour un poème. Il a fallut attendre les 30 dernières pages pour que j'apprécie deux poèmes. Mais ce que j'ai lu avant ne m'a aucunement intéressée ou marquée, je ne saurais même pas vous dire ce que j'ai lu. Déception donc !
Tu m’as toujours un peu menti Sinon je n’aurais pas bâti Dans Paris autant de retraites Ni tant de maisons sur les crêtes Et de chalets sur pilotis.
J’ai même construit un bateau, Bateau léger, frêle château Comme le songe en fait paraître. Vas-tu jamais le reconnaître? Il appareillera bientôt.
Si d’aventure il côtoyait Le rivage où tu me voyais, Salue en lui tous nos échanges. Tout ce qu’on dit, tout ce qu’on mange, Tes vœux auxquels je me ployais
Et nos répits et nos repos Et la chanson qui n’a qu’un mot. J’ai perdu le cœur et la tête Et le bateau de mes conquêtes Ne porte plus que mon tombeau.
Quel magnifique recueil ! C’est à la fois élégant et inventif, à la fois expressif et dans la retenue, c’est sensible, c’est délicat, c’est musical (preuve en est que certains poèmes de « Fiançailles pour rire » ont été mis en musique par Poulenc). Louise de Vilmorin mériterait vraiment d’être plus connue. Je trouve très regrettable que son œuvre ne soit enseignée ni dans les classes de lycée ni (selon mon expérience) dans le supérieur, qu’elle ne soit mentionnée nulle part dans le Lagarde et Michard 20ème siècle et qu’elle ne figure pas non plus dans l’Anthologie de la Poésie Française de G. Pompidou. Il a fallu que je feuillette l’Anthologie de la Poésie Féminine de Françoise Chandernagor pour découvrir la poésie de Louise de Vilmorin pour la première fois. (Petite digression) C’est assez révoltant, de mon point de vue, que nous soyons réduites à composer des ouvrages spécifiquement pour les femmes - sans quoi elles seraient invisibilisées et oubliées - parce qu’on refuse presque systématiquement aux femmes l’entrée dans le canon littéraire et le statut de « classique » de la littérature. L’existence (malheureusement nécessaire) de ce type d’ouvrages montre bien que la poésie écrite par des femmes est considérée comme un type de poésie à part, un genre spécifique, une sorte de « sujet niche » - c’est la poésie de *l’autre moitié* de l’humanité. Louise de Vilmorin et tant d’autres autrices méritent mieux !