"Quand on la questionne sur ce qu'elle fait et qu'elle répond “monteuse”, les gens la regardent sans comprendre. Ils se demandent ce qu'elle peut bien monter. Des meubles ? Des escaliers ? Dans les pixels, au fin fond des rushs, Constance cherche le sens dans les images. Les récits en puissance." Constance, monteuse de documentaires, découvre un jour l'autobiographie d'Alice Guy, la première femme cinéaste. Dans ses Mémoires, la réalisatrice évoque une ascension du mont Blanc, à laquelle elle a dû renoncer. Constance se met en tête de réparer l'Histoire, de créer à partir d'images d'archives un court-métrage qui montrerait la cinéaste au sommet du mont Blanc. Pour cela, elle cherche un film perdu, Bataille de boules de neige, réalisé en 1900 par Alice Guy. Mais beaucoup de pellicules de l'époque, composées de nitrate, support particulièrement instable, ont aujourd'hui disparu. Comment se conserve la mémoire ? Comment s'écrit l'Histoire ? En suivant les traces de cette bobine perdue, la pièce manquante qui lui permettra de réaliser son film, Constance pénètre dans les réserves des cinémathèques et les greniers encombrés, rencontre des collectionneurs, des conservateurs, des forains. Elle plonge dans l'histoire du cinéma et de ses origines. Happée par la beauté des premières images, Constance apprend aussi à apprivoiser ses propres incertitudes.
3.5 🌟 Un livre très différent où on part sur les traces d’Alice Guy. Pionnière dans le cinéma, bien avant les frères Lumière, elle se bat toute la fin de sa vie pour prouver l’influence qu’elle a eue dans le cinéma. Ses films ont pour la plupart été détruits ou brûlés, la composante en nitrate étant effectivement très inflammable. Grâce à Constance, on découvre le monde du cinéma et en particulier celui des collectionneurs qui progressivement perdent leur identité face à ces objets historiques. L’écriture est maîtrisée et d’une grande justesse.
« Constance est perdue, apeurée, échouée. Qu’une vie laisse si peu de traces qu’autant de films disparaissent »
« tout le monde est archiviste, un archiviste de soi-même. Au fil du temps on accumule les traces, les preuves de notre présence : carnet de santé, empreinte de mains minuscules trempées dans de la peinture verte, bulletins de notes, journaux intimes, fiches de salaires, tickets de course. Ce billet de concert qui nous rappelle une rencontre, ce bracelet d’hôpital pour une rencontre qu’on a survécu. Mais les maisons n’ont que quatre murs et les tiroirs débordent vite. Il faut jeter, trier, choisir. Il y a ce que l’objet veut dire, et le vide qu’il laissera si on s’en débarrasse. »
« Qui possède qui. Des milliers d’appareils, des tonnes de films, il mourra parmi eux, épuisé de les servir. »
« il était trop tard. C’était sur le moment qu’elle aurait dû rassembler des preuves alors qu’elle réalisait des films. Un contrat de travail, des scénarios, une correspondance de studio. N’importe quoi avec une date, pour consigner le présent. Mais quelles traces laissent les évènements au moment où ils se produisent ? Qui se dit, alors qu’il fait, qu’il devra trente ans plus tard prouver qu’il a fait ? Alice Guy ne pensait pas devoir lutter pour sa postérité, sa reconnaissance. À quatre-vingts ans, en dernier recours, elle écrit ses Mémoires. Huit ans plus tard ses mots sont enfin mis sous presse, sa version de l’Histoire, plus d’écriture manuscrite mais des caractères de l’imprimerie, pour un combat plus juste, à armes égales. »