Ce livre a attiré mon intérêt parce que je souhaitais en apprendre un peu plus sur ces sujets auxquels je ne suis pas familière. Tout d'abord, ce livre à été rangé à tort dans le rayon Sociologie où je l'ai acheté ; ne connaissant pas l'auteure, j'ai été interloquée de voir son avis personnel tout au long du livre. J'ai quand même continué en gardant à l'esprit que cet essai était rédigé par une psychologue/sexologue.
Je vais détailler un peu plus l'avis que j'ai sur cet essai, mais pour résumer ce que j'ai retenu de ce livre : le sexe c'est violent et pas bien, les personnes qui s'abstiennent ont raison puisqu'il faut d'abord apprendre à s'aimer et se suffire à soi-même sexuellement dans cette société patriarcale et capitaliste. Les personnes asexuelles et les abstinentes ne sont pas pareilles. Ah en fait si, c'est pareil. Mais c'est quand même pas pareil parce que l'abstinence est un choix et l'asexualité c'est une orientation sexuelle. Bon, du coup on va appeler ça du No Sex comme ça on les regroupe pour appuyer les propos.
Premièrement le titre est confus "La Révolution Du No Sex, petit traité d'asexualité et d'abstinence". Il y a ici 3 concepts différents, le No Sex (l'absence de pratiques liées à la sexualité), l'asexualité (le fait de n'éprouver aucun désir/plaisir dans la sexualité) et l'abstinence (qui résulte d'un choix de n'avoir aucune relation sexuelle).
Je trouve personnellement que le terme de "révolte" n'est pas approprié. Compte tenu de la façon dont elle a construit son essai, il faudrait plutôt utiliser le terme "d'évolution", terme qui ne suscite pas une lutte envers quelque chose qu'elle ne détermine même pas clairement (même si on comprend bien que c'est contre le patriarcat).
De plus, elle définit elle-même, et en s'appuyant sur l'échelle de Kinsey, l'asexualité comme une orientation sexuelle comme une autre. A contrario, l'abstinence sexuelle est un choix, sur ça je suis d'accord. Alors pourquoi dédier une deuxième partie consacrée aux milles et une raisons de ne pas faire l'amour en mélangeant les asbtinents et les asexuels ? Ces derniers ne choisissent en aucun cas les raisons pour lesquelles ils ne souhaitent pas faire l'amour puisque c'est une orientation sexuelle, n'est-ce pas ?
Pourquoi faire tout un essai en argumentant sur le fait que l'abstinence et l'asexualité ne sont pas du tout la même chose si c'est pour les regrouper sous le concept du "No Sex" et en faire le titre de l'ouvrage ? On a plutôt l'impression que cet essai est à visée politique et qui promeut l'abstinence puisque l'auteure ne cesse de faire l'amalgame, à chaque chapitre, entre les abstinents et les asexuels. Je cite "Les personnes asexuelles et abstinentes, en dénonçant et refusant la violence du sexe actuel, incarneraient-elles les nouveaux poètes romantiques de notre société ? ". En plus de les associer, elle romantise l'abstinence si c'est pour des raisons politisées.
Par ailleurs, cette deuxième partie est aussi problématique sur d'autres points. Je trouve très culpabilisateur envers les hommes qui, selon ce que l'auteure a écrit, sont accro au porno et, par conséquent, ont des attentes envers leur partenaire afin que cela colle avec le contenu pornographique qu'ils consomment. Cette généralité sur la sexualité des hommes qu'elle nomme de "sexualité patriarcale et pénétrocentrée" ne fait que souligner son engagement politique qui, dans cet essai, peut amener les hommes à culpabiliser sur leurs pratiques. Et pas seulement eux d'ailleurs. Qu'en est-il des femmes qui consomment du contenu pornographique ? Parce que le porno est clairement diabolisé et cette deuxième partie aurait plutôt dû être appelée "milles et une raisons de ne pas limité sa sexualité à ce qui est apprécié dans les contenus pornographiques". Cette partie peut être culpabilisante pour celles qui en consomment. Encore une fois, je ne comprends pas le rapport entre le fait que regarder du porno c'est pas bien et le fait d'être asexuel ; bref passons.
Autre point que je souhaite aborder, c'est le fait que ce livre s'adresse clairement aux femmes. Il y ait fait l'éloge de la suffisance sexuelle féminine, et il est pointé du doigt les hommes et leur façon de vivre leur sexualité (qui est résumée à la pénétration - éjaculation). Pour le coup, je trouve encore une fois que c'est culpabilisateur envers les hommes, surtout qu'ils ne sont pas tous comme ça et à aucun moment l'auteure n'explique que ce n'est pas/plus une généralité. Sa vision de la sexualité (non pas seulement sur l'abstinence et l'asexualité) et très "boomer" pour le coup et elle manque crucialement d'impartialité.
De plus, toujours dans cette deuxième partie où l'on parle, je le rappelle, des milles et une raisons pour ne pas faire l'amour, elle s'appuie sur le mouvement MeToo (mouvement de la libération de la paroles des femmes pour dénoncer les agressions sexuelles/viols que des victimes ont subies). Encore une fois, quel est le rapport avec l'asexualité ? À la limite, l'abstinence peut s'entendre si cela concerne des victimes d'agressions, mais l'auteure ne l'aborde pas comme ça du tout. Pour elle, le mouvement MeToo est une des milles et une raisons de ne pas faire l'amour parce que, je la cite "Le mouvement #MeToo indique que le modèle de l'homme patriarcal a dégouté un bon nombre de femmes, et notamment celles des générations X, Y et Z". Ah.
Ce n'est pas parce que nous sommes dans une société patriarcale que chaque homme membre de cette société abuse de sa position pour avoir des faveurs sexuelles. Mais cela semble être pourtant la vision de l'auteure, je cite "[...] beaucoup d'hommes confondent encore drague et harcèlement, séduction et agression". J'espère que vous voyez la même problématique que moi dans ce qu'elle a écrit.
Bref, je trouve que cet essai n'est pas constructif. Il se dit être "instructif, bienveillant et déculpabilisant", alors oui peut-être envers les asexuels, mais c'est tout l'inverse pour toutes les autres orientations sexuelles, surtout l'hétérosexualité.