Le premier chapitre des Carnets du sous-sol commence par une présentation du narrateur (qui est aussi le personnage principal). Dans un long monologue, il présente son point de vue sur certains sujets moraux, sociétaux ... En réalité, ce premier chapitre est inévitable. Pour bien comprendre le personnage, pour bien l'introduire, il fallait de fait le faire se présenter. Si l'on lit attentivement le premier chapitre, on n'en comprend pas grand-chose. Cette première partie du roman (qui n'en est composé que de 2), est une bonne introduction au personnage principal : un homme paradoxal, perdu, pas intéressant, barbant. De ce point de vue, la première partie fonctionne bien, on ne connaît pas le personnage principal, on estime qu'il ne peut pas être en tort (du moins pas tellement ; c'est le personnage principal : on ne doute pas de lui), on (lecteurs) se remet en cause et on avance difficilement. On comprend dans la seconde partie que la première était difficile parce que le roman que propose Dostoïevski n'est pas une œuvre comme les autres. Le personnage principal n'est pas un héros, c'est un fou, qu'il a des accès de colère, qu'il est incohérent, manipulateur, qu'il cherche à dire tout et son contraire. C'est un homme qui aurait rêvé d'être le personnage principal, d'être au centre de l'attention, d'être franc, honnête, juste, mais qui s'est retrouvé, loin de sa naïveté livresque, confronté à la réalité de la vie. Endetté, mal aimé, jaloux, malheureux il en devient mauvais, méchant, insultant et infréquentable. Il se reclut dans son sous-sol moins parce qu'il déteste le monde que parce que le monde le déteste. Et pourtant, personnellement, je n'ai compris ce "mécanisme" que vers la fin du roman. Comme l'œuvre est à la première personne (le personnage principal se confessant de sa vie dans ses cahiers) il tente de nous convaincre qu'il n'était pas si mauvais. Il présente sa version de sa vie et, ce n'est que quand il traite une innocente (Lucie) de la pire façon qu'on se rend compte de l'être humain qu'il est.
L'œuvre en elle-même est difficile à lire (SURTOUT la première partie). Ce n'est pas toujours un plaisir. Néanmoins, ça vaut la peine d'être lu parce que ce roman de Dostoïevski change évidemment de ce qu'on peut lire d'ordinaire. Il met un personnage contradictoire en scène, mauvais et pour ça, il vaut la peine d'être lu. Mais j'insiste quand même, c'est tout de même une peine de lire ce livre. La première partie ne permet pas du tout d'accrocher et la seconde, bien qu'intéressante, ne révèle son jeu qu'à la fin. Est-ce que je lirai ce roman une seconde fois ? Probablement pas.