1984 se lit davantage comme un blogue que comme un roman. En le lisant, on a un peu l'impression que Plamondon apprend en même temps que nous des "fun facts" à propos de Weissmuller, de Brautigan et de Jobs, ce qui est une bonne chose lorsqu'il s'agit d'informations que l'on ne connaissait pas déjà, mais d'un défaut agaçant lorsqu'on est déjà au courant. Les trois biographies constituant 1984 semblent avoir été faites sans véritable recherche, celles-ci ayant justement une profondeur semblable à celle que l'on trouve en allant jeter un coup d'oeil sur Wikipedia.
La qualité de 1984 est cependant dans son écriture et dans sa forme non linéaire passant rapidement d'un court poème à un paragraphe sur la vie d'une célébrité à une page sur la vie d'un personnage fictif à une anecdote d'une phrase sur une deuxième célébrité et ainsi de suite. Cette formule aux chapitres courts, disparates et fermés rappelant des billets de blogue est à sa place dans le dernier tome, Pomme S, traitant justement de la montée de l'informatique à la fin du 20e siècle.
Pomme S est aussi particulièrement intéressant pour ce qui est de la symbolique que Plamondon attribue à Jobs: une symbolique généralement négative selon laquelle Jobs serait un genre de Big Brothers, contrairement à ce que peut bien en penser la célèbre annonce de Ridley Scott. Plus que toutes les autres, la comparaison entre Jobs et Prométhée est marquante de par son astuce : le fondateur d'Apple volait et copiait des technologies pour les rendre "accessibles" à l'homme. D'ailleurs, lui aussi finira sa vie à se faire gruger le foie. (Bon, Steve Jobs est plutôt mort d'un cancer du pancréas que du foie, mais tel que mentionné plus haut, les faits et anecdotes de Plamondon ne sont souvent que partiellement vraies...)