Des rues de Hô Chi Minh-Ville au mont Saint-Clair de Sète, d'un village des Vosges à la clameur de Bangkok, Linh, adoptée au Vietnam par des parents français, reconstitue sa propre histoire au travers des voix de ses deux mères, Françoise et Minh, et de la sienne.
Comment se construire quand on est une enfant vietnamienne au sein d'une famille blanche ? Comment se trouver quand on n'appartient à rien ? Les souvenirs fragmentés peuvent-ils former un tout cohérent ? DansSous les strates, trois histoires s'entremêlent et trois voix se rejoignent pour dire une chose : aujourd'hui, Linh est exactement là où elle veut être.
Premier roman choral et féministe sur l'identité, la maternité, l'adoption transraciale et les violences conjugales,Sous les stratesraconte la trajectoire d'une femme racisée et lesbienne.
vraiment chouette, je suis très heureuse de voir un livre abordant ces sujets-là accéder à la reconnaissance littéraire, à une publication en rentrée, à la nomination à plusieurs prix, merci infiniment à son autrice d'avoir raconté tout ça et d'en avoir fait ce roman, c'est tellement important ! l'histoire retrace l'enfance de Linh, sa construction en tant qu'adolescente puis jeune adulte, le sujet de l'adoption transraciale, la violence symbolique de la bourgeoisie blanche, la sortie de l'hétérosexualité, le tout avec un triple point de vue féminin (Linh, sa mère biologique et sa mère adoptive) qui parvient très bien, je crois, à montrer pourquoi la génération de nos parents se sent si attaquée par nos revendications politiques - je me dis que potentiellement tu mets ce livre entre les mains d'un parent un peu de gauche mais qui trouve que nous les jeunes on va trop loin avec l'antiracisme et les droits LGBT et le communautarisme, ben ça va lui faire comprendre deux trois trucs et potentiellement aller davantage dans le sens de ses enfants, j'espère en tout cas. on en apprend forcément moins quand on s'est déjà beaucoup intéressé à ces sujets-là, mais c'est une ressource précieuse, pleine de pistes à explorer et de sincérité, de sensibilité, d'humanité !
moins marquée par la plume qui reste très fonctionnelle et descriptive sans vraiment invoquer d'images ou de constructions plus originales, mais le tout fait néanmoins très bien le job et je suis vraiment contente d'avoir lu ce texte !!!
Un banger sur tous les points. C'est un roman avec les points de vue de trois femmes, Linh, enfant adoptée après la colonisation de l'Indochine, sa mère adoptive et sa mère biologique. Ca a tellement de nuances : féminisme intersectionnelle, féminisme blanc, les impacts de la colonisation sur Linh, son rapport au Vietnam, à la France, cet entre-deux dans lequel elle essaie de naviguer, son identité romantique et sexuelle. Mon coeur est tout mou.
J'ai vraiment aimé plein plein de choses dans ce roman mais la narration m'a semblée manquer de fluidité. Je comprends le concept, faire écho au sentiment de morcellement de la narratrice, mais pour pour moi lectrice c'était un peu dur. J'ai adoré le fond, ce qui est fait sentir de l'adoption transraciale, du racisme, de la cisheteronormativité et du patriarcat et de leurs jonctions. C'est vraiment beau cette voix très personnelle. J'aurais vraiment souhaité être emmenée là avec une écriture plus à mon goût (j'ose pas trop qualifier l'écriture, je ne suis pas critique littéraire et les sujets abordés sont si délicats et si personnels). Longue vie à Ngoc Linh !!
Assez partagæ sur ce premier roman de Lou Eve car j’aurais vraiment voulu l’adorer (l’autofiction queer c miam) et son fond est tellement important à partager mais c’était impossible pour moi de véritablement apprécier la lecture pour une simple question de style d’écriture, de goût en fait. Je trouve la plume trop impersonnelle, trop dans la description d’évidences, y’a un côté gros sabots qui coupe un peu du récit. J’ai aimé la structure en roman choral passant du point de vue de Linh, personnage principal à celui de ses mères, Minh et Françoise, qui est habilement exécuté avec des transitions toujours fines. On y parle racisme, sortie de l’hétérosexualité, violence de classe et surtout adoption transraciale, sujet grandement absent jusqu’alors dans la littérature francophone. Je regrette seulement que certains de ces thèmes soient introduits de façon très cours de L1 en sciences sociales. Quand au cours du récit, j’apprends que l’autrice a fait ses études sups à Sciences Po Lyon, je comprends tout de suite le malaise que j’avais depuis le début de ma lecture : je retrouve vraiment la patte sciences po dans l’écriture, la patte synthèse et vulgarisation qu’on nous y inculque et pour laquelle j’ai développé une allergie depuis mon passage dans cette même école 🤪 Ça reste un premier roman, alors je reste à l’affût de ce que pourra écrire Lou Eve dans le futur !
« Je me demande si c’est le vide autour de ma propre histoire qui me pousse à me raccrocher à celle des autres. […] Je suis obsédée par l’idée de mémoire, la mienne et celle des autres. J’ai peur d’oublier et qu’on m’oublie, alors j’archive et je garde tout, et je suis attachée aux petits détails, aux bouts d’histoires clairsemées qu’on rassemble pour reconstituer le fil »
✨ Sous les Strates - Lou Eve ✨ Linh vient de perdre sa maman, Françoise. C’est pour elle, le moment de faire le point et remonter dans le temps pour retracer son « histoire imparfaite » marquée par les traumatismes, le racisme, les silences en écho à celle de Françoise, fervente féministe dans sa jeunesse, et de Minh, sa mère biologique mais aussi femme battue. En passant par des rues d’Ho Chi Minh, à Sète puis par les Vosges avant de s’arrêter à Bangkok, Shanghai, Lyon, Paris… ce sont « ces couches de vie, superposées maladroitement » que l’on découvre via le point de vue de trois femmes qui font de leur mieux. Chacune a son propre style comme celui un peu trash et vulgaire de Linh que j’ai beaucoup apprécié. J’ai par contre moins accroché avec l’usage de la temporalité, elle aussi croisée, car cela m’a demandé une gymnastique qui aurait pu être évitée selon moi.
🌀 À lire pour celles et ceux qui aiment : des récits profonds, introspectifs, mêlant fragilité et renaissance.
3,5/5⭐️ Un petit livre qui aborde de grands thèmes : l’identité, l’adoption, le déracinement culturel, le racisme ordinaire, l’homosexualité… À travers Linh, enfant adoptée, on ressent cette quête d’appartenance qui parlera aussi à beaucoup d’enfants d’immigrés, coincés entre deux cultures, entre ce qu’on vit à la maison et ce qu’on doit jouer dehors. Les regards croisés des trois personnages (Linh, Françoise la mère adoptive, et Minh la mère biologique) apportent de la richesse, mais j’ai trouvé le rythme un peu trop décousu. À vouloir dire beaucoup en peu de pages, certains sujets passent un peu trop vite, presque survolés. Dommage, car les thématiques étaient interessantes.
Ça ne m'arrive jamais d'habitude, mais là j'ai eu l'impression de lire les mots d'une amie qui me raconterait sa vie. Une amie avec qui j'ai certaines différences mais surtout beaucoup de points communs, et les voir décrits avec justesse et la tendresse m'a fait énormément de bien. C'est un roman qui me fera avancer vers qui je suis vraiment.
beaucoup trop de citations que je voudrais partager, mais juste wow wow wow parce que j'ai pas d'autres mots, juste mes larmes aux coins des yeux :')
"Je veux être comme elle, et comme toutes les lesbiennes qui m'entourent, parce qu'à mes yeux elles sont le miel de ce monde." (si c'est pas trop beau!)
Ce roman est une belle réussite, et aborde l'adoption transraciale d'un point de vue important, et pourtant assez peu courant, celui de l'adoptée et de la mère qui abandonne. "L’adoption transraciale est un système dans lequel on n’entend jamais les voix des personnes qui laissent leurs enfants à l’adoption." Lou Eve
Il traite sous forme de récit choral éclaté de nombreuses thématiques, qu'il imbrique progressivement entre elles pour multiplier les points de vue. C'est un récit d'apprentissage, une histoire de femmes différentes mais pourtant liées les unes entre elles, une histoire de filiation éparse, et une quête de soi par ses origines. C'est aussi un roman d'apprentissage, qui suit l'éveil au féminisme et à l'amour de Linh, et comment elle se libère petit à petit de la pression et de la souffrance causées par cette identité morcelée, pour faire famille comme elle le souhaite.
La construction du roman en trois voix, la mère adoptante, la mère biologique, et l'enfant adoptée, est ingénieuse et empathique. On comprend alors que rien n'est totalement blanc ou noir dans un événement aussi complexe que l'abandon d'un enfant, et que pour les trois parties il peut être tout aussi difficile de trouver sa place. L'utilisation de la troisième personne pour les deux mères, et du "je" pour Linh, personnage principal du récit permet une plus grande proximité avec elle. L'éclatement temporel et géographique du récit permet de donner progressivement de l'épaisseur à chacun des personnages, et d'entrer en douceur dans ce puzzle familial.
S'il ne cache rien de la souffrance vécue par Linh, ce récit est bercé d'amour, de compréhension, et lumineux malgré tout. Une belle surprise que ce premier roman de Lou Eve, très intime et social à la fois.
Un grand merci aux Editions Les Escales de m'avoir permis de découvrir ce roman !
C’était difficile pour moi de m’immerger dans l’histoire - je comprends le but des fragments / le rassemblement, mais j’ai eu mal à retenir tous les détails vu les basculements entre lieu, date et personnage. A plusieurs reprises, j’avais hâte de lire la suite d’un tel ou tel anecdote, juste pour le fragment de se terminer. J’ai aussi l’impression qu’il y a tellement de moments qui sont racontés au lieu de montrés. Par exemple, on apprend que Linh et Alma s’envoient des audios jusqu’à 2h du mat, mais on ne voit pas ces conversations, on ne voit pas Linh et ses réactions. Cela dit, ce qui m’a frappé, c’est la question de “meilleure vie” qu’a posé le livre ; le traitement des classes sociales m’a également marqué (la famille de Linh n’a pas d’argent en France, mais ils sont assez riches par rapport à Minh et sa famille). Enfin, j’ai bien apprécié les images récurrentes des monstres et des fleurs qui poussent au milieu du désert.
Ce livre rentre directement dans mes lectures coups de cœurs de 2023. Je me suis prise une claque. Je me suis prise d'affection pour cette jeune fille qui devient femme et qui part à la quête de son identité.
Un roman sorore sublime. Sa lecture est chargée en émotions. J'ai du l'arrêté à plusieurs moments tellement c'était beau et puissant.
Lou Eve a gardé le meilleur pour la fin, je ne vous en dit pas plus, puisque j'ai la réf et que je l'adore !! Pour celleux qui l'avaient pas, vous ne serez pas deçus de l'avoir désormais !
"Et toi, tu te battais pour quels droits, à l'époque ? L'innocence de la question l'a frappée en plein fouet: Françoise se rend compte qu'elle n'est plus capable de répondre précisément à Linh, comme si ses revendications de l'époque s'étaient effacées"
"À cette époque, on ne les appelle pas encore les viêt kieû, mais ça ne saurait tarder. La mère de Minh les traite de lâches et de privilégiés"
"Ce qui faisait de moi une enfant bizarre autrefois - passer mes récréations toute seule avec un livre, ne pas jouer avec les autres gosses - ne me semble plus acceptable, parce que mon désir d'appartenance est plus fort que jamais, alors je ne le fais plus. Je ne m'en rends pas compte, mais ces allers-retours entre ce que je suis et l'image que je veux renvoyer de moi-même me fatiguent"
"Si je suis attachée à l'histoire des autres, c'est parce que c'est celle qu'on me raconte tout le temps. Qu'en est-il de mon histoire à moi, celle des guerres du Vietnam, des guérillas menées par le peuple vietnamien ?"
"Je me demande si c'est le vide autour de ma propre histoire qui me pousse à me raccrocher à celle des autres. Je suis obsédée par l'idée de mémoire, la mienne et celle des autres. J'ai peur d'oublier et qu'on m'oublie, alors j'archive et je garde tout, et je suis attachée aux petits détails aux bouts d'histoires clairsemées qu'on rassemble pour reconstituer le fil."
Un très beau roman sur l’adoption transraciale et la construction de soi. J’ai beaucoup aimé la construction du récit entre les points de vue de Linh, Minh et Françoise. Et je me suis tellement retrouvée dans la découverte du féminisme de l’autrice !
Très sympa, j’ai bcp aimé le rythme mais qq perso d’un peu trop prévisibles + à force de vouloir tt aborder on a un peu l’impression de voir des clichés (ex : la relation de lihn et ses parents en fin de livre qui est décrit de manière très simpliste)
J'ai adoré, tout. C'est un premier roman et pourtant qu'il est intelligent, poétique et riche. Ce n'est pas évident d'écrire un roman choral, qui fait entendre plusieurs voix, qui se tient tout du long. Mais là, chapeau l'artiste. Ce qui saute aux yeux très vite, c'est qu'on a trois voix, trois point de vues, dans ce roman, et pourtant, seul celui de Linh est à la première personne. Elle est accompagnée par deux autres perspectives, celles de ses deux mères, mais celles ci restent mises à distance par la troisième personne qui signifie l'altérité. Parce que l'on comprend progressivement au travers du récit que maintenir l'altérité c'est affirmer son individualité et sa propre subjectivité, ce dont la narratrice est justement privée par sa condition de femme lesbienne racisée et adoptée transraciale. J'ai perçu ce choix d'écriture comme une manière brillante de faire entendre les voix des femmes dont les histoires s'entremêlent à celle de Linh tout en permettant à celle-ci de rester "la seule narratrice de sa vie" (p. 214). Les transitions entre les points de vue des trois femmes sont précises, pensées dans un style presque cinématographique qui rend la lecture si fluide et emplie de symbolique. Je crois que ce qui m'a épaté, c'est que les romans chorales ont tendance à se tourner vers une poétique du fragment, qui font de l'œuvre une forme de composition. Et dans Sous les strates, je lis pour la première fois une poétique du lien. Ça n'en fait pas un roman naïf pour autant, au contraire, l'autrice ne cédera aucune concession. C'est ce qui le rend d'autant plus fort, car c'est loin d'être facile de présenter des expériences de vie aussi complexes de manière si honnête. C'est dur de dire oui tenez c'est complexe, mais c'est comme ça, je ne simplifierai pas. C'est bien pensé, bien mené, bien écrit. C'est un coup de cœur. Bravo et merci Madame.