Les Vraies Richesses... Titre explicite pour une manière de récit et d'essai dénonçant la vanité de la vie citadine, de l'argent, célébrant la gloire du soleil, de la terre, des collines, des ruisseaux, des fleuves « qui m'irriguent plus violemment que mes artères et mes veines ». L'ouvrage débute par une promenade parisienne à Belleville, prétexte pour l'auteur à une réflexion sur les « racines ». Giono, visionnaire et virtuose du sacré, rejoint vite, d'un bel élan amoureux, ses chemins de traverse provençaux, ses paysans mythologiques, la loi du pain, le vent des rêves. Ce livre n'a aucun genre et les a tous. Manifeste écologique ? Peut-être, mais pour une campagne moins électorale que poétique.
Jean Giono, the only son of a cobbler and a laundress, was one of France's greatest writers. His prodigious literary output included stories, essays, poetry, plays, film scripts, translations and over thirty novels, many of which have been translated into English.
Giono was a pacifist, and was twice imprisoned in France at the outset and conclusion of World War II.
He remained tied to Provence and Manosque, the little city where he was born in 1895 and, in 1970, died.
Giono was awarded the Prix Bretano, the Prix de Monaco (for the most outstanding collected work by a French writer), the Légion d'Honneur, and he was a member of the Académie Goncourt.
Un livre incroyable et polymorphe dans son contenu, un des meilleurs que j'aurai lu en 2023. C'est en quelque dorte devenu ma Bible je crois; ou en tout cas, ça en a tout le potentiel !
Un 3,5. Me interesan mucho las reflexiones que Giono realiza sobre la sociedad en base al dinero y el trabajo; una sociedad que se priva de la naturaleza, que la desvirtúa e, incluso, ningunea. En ocasiones esta especie de soliloquio toma un rumbo que hace peligrar mi interés, pero al final, las preocupaciones de Giono en torno a ese vacío existencial logran cautivarme.
Une assez belle écriture, mais un impressionnant ramassis de foutaises sur le gros bon sens paysan et la pureté de ces gens là dont l'auteur croit faire partie. Description qui se veut militante d'un paradis imaginaire (mais pas pour l'auteur).
D’une lucidité frappante, humble et folle ambition. Annonciateur. Le récit de Giono décrit en 1936 notre modernité dans ses prémices, aujourd’hui à son paroxysme. Pourquoi ne lit-on plus Giono ? Trop simples, trop purs, ses mots manquent-ils d’excès, de trop, d’outrance, ne sont-ils plus en adéquation avec notre temps ? Pourtant, ils devraient se diffuser dans toutes les bouches, toutes les classes, tous les esprits. Moi, ils ne me quittent plus.
L’Homme mécanique – Paris
Dans la capitale, il observe. Giono commence par ceux qui sont “nés en captivité”. Des humains déformés qui n’ont plus rien d’humain. Vides, entassés mais seuls, leurs pieds ne sachant plus goûter la terre, leurs esprits dépourvus de leurs facultés de révolte, étrangers à la joie. Devenus une matière bonne à alimenter le travail et ses machines que nous avions pourtant imaginées pour nous libérer des labeurs difficiles. Et puis, “Il y en a qui sont déjà mortes jusqu’aux hanches. Elles accomplissent des gestes sans signification, sans correspondance. Elles ne correspondent avec rien.”
La ville t’oblige, débarrasses-t ’en. Sors de ta captivité, te somme Giono.
Le Paysan et le pain
Mme Bertrand a fait du pain. Non pas pour le vendre, mais pour le manger. Ce geste ancestral, les paysans l’avaient oublié au profit de la culture du blé, bien plus profitable. Mais voilà, un jour, le blé ne vaut plus rien, l’argent manque et l’on peine à s’en procurer, du pain. C’est les lois du capital. Alors on rallume le four du village, on se rassemble pour faire cuire son pain. Le pain quotidien, celui qui se partage. C’est la loi du pain. Un acte simple mais tout à fait extraordinaire. “Mme Bertrand vient de commencer le combat contre la servitude humaine.”
Tu es chez toi partout et le monde t’accepte tel que tu es. La nature est pour toi “honnêtement avec toute sa pureté comme elle appartient au saint de saints.”, t’argue Giono.
Manifeste écologique, essai sociologique et philosophique, plaidoyer pour l’humain, éloge de la simplicité. Oui, Les vraies richesses devrait être diffusé partout. Dans toutes les bouches, toutes les classes, tous les esprits. Moi, il ne me quittera plus.
« Les Vraies richesses » est un livre étrange, à deux faces. D’un côté, c’est l’un des documents les plus importants de la perspective politique que Giono a donnée à son œuvre et à son action à la fin des années 1930 — un engagement qui est absolument un engagement de poète, ce qui lui donne sa puissance et ses limites. De l’autre, on dirait une matrice de la modernité particulière de son œuvre d’après-guerre. Le livre paraît en 1936 et se présente assez nettement comme un post-scriptum au roman « Que ma joie demeure » publié l’année précédente. Le propos général — j’y reviendrai de façon plus détaillée — est de condamner la civilisation capitaliste au nom de valeurs éternelles et concrètes, incarnées particulièrement dans le livre par l’exemple du blé et du pain. Les différents chapitres constituent un collage d’abord, un entrelacement ensuite, de plusieurs fils. Tout d’abord Giono évoque ses séjours à Paris et le caractère désespérant, pour lui, de la vie dans la capitale ; le deuxième chapitre est occupé en grande partie par un dialogue allégorique entre Œdipe et Antigone, qui représentent l’homme aveuglé par la civilisation et son intelligence. Puis se développe, avec des intermèdes, un récit consacré à la décision d’abord d’une femme, puis de plusieurs villages du Trièves, de faire le pain soi-même ; récit qui se subdivise en plusieurs branches, allant jusqu’au récit épique d’une révolution imaginaire, ou revenant sur le terrain d’une chronique villageoise observée par Giono lui-même. « Les Vraies richesses » sont écrites en marge du Front populaire, alors que Giono et ses amis sont en train de fonder la petite communauté utopique du Contadour, et dès lors prennent la valeur d’un manifeste. Giono part manifestement d’un constat d’ordre économique : l’argent est censé être un équivalent universel qui permet d’établir la valeur relative des choses par le biais du marché ; or dans le contexte général de crise économique, et alors que la productivité agricole bat des records (la France est alors presque exactement à l’acmé de son exode rural), Giono est frappé par le problème de la surproduction agricole : n’ayant plus de valeur sur le marché en raison de leur trop grande abondance, les produits de la terre sont considérés comme n’en ayant plus aucune d’aucune sorte, alors que leur valeur pratique et symbolique est immense : ils sont la base de toute alimentation, ils incarnent la fécondité du vivant. L’économie de marché est donc une destructrice de valeur, qui anéantit toute joie en créant ce qu’on n’appelait pas encore des « bullshit jobs » mais que Giono décrit fort bien. Il faut donc se débarrasser du capitalisme le plus vite possible. Au contraire Giono incarne dans l’exemple du blé, matière première du pain, les « vraies richesses » liées de façon toute terrienne à la préservation de la vie. C’est ici qu’on peut juger Giono de façon contrastée à la lumière des événements futurs. S’il est indiscutablement ici un précurseur de l’écologie, il s’agit d’une écologie fondamentalement réactionnaire, qui prête généreusement le flanc à toutes les accusations du type « retour à la lampe à huile » ; il faut dire aussi que nous vivons aujourd’hui une véritable crise de la notion de progrès, dont on ne peut se dépêtrer facilement, et qu'il est délicat de juger Giono sur ce point. Et bien entendu, ce « retour à la terre » (pour Giono, la base de l’économie doit rester agricole, et même paysanne) n’a pu qu’être récupéré facilement, dans les années suivantes, par le pétainisme : mais c’est méconnaître l’hostilité de Giono à tout gouvernement. Il n’a aucune complaisance pour le fascisme : il est bien au contraire profondément anarchiste. Sur le plan littéraire, « Les Vraies richesses » étonne par son caractère déconstruit et buissonnier, qui sera celui des « Chroniques » d’après-guerre (la différence étant que Giono, ici, proclame encore des idéaux collectifs, loin de la noirceur de sa dernière manière) ; Giono revient (comme plus tard dans « Noé ») sur l’écriture de son roman précédent, et de nombreux passages fonctionnent aussi comme commentaires de ses premières œuvres, par exemple « Un de Baumugnes » ou « Regain ». L’essai s’y mêle à différentes modalités de récit, où le narrateur fluctue et qui font plus ou moins de place au dialogue, mêlant la fiction et la réalité. Il explique aussi ce qui fera la noblesse de certains de ses futurs personnages (Angelo ou Langlois notamment) : la capacité à percevoir le réel dans toute sa richesse, qui pour Giono, et par rapport à nos générations, les transfigure en héros dignes de l’épopée. Cette capacité s’exprime par le lyrisme admirable de Giono, le souffle de cette écriture nourrie des sensations puisées ans la contemplation de la nature, dont les régionalismes insufflent le rythme particulier et nourrissent le vocabulaire : ici les lecteurs pleinement embarqués dans la vie moderne, voire pire, parisiens, se mettent à l’école des paysans du Trièves. Enfin, chez un écrivain qui n’a jamais eu honte de tirer son inspiration des paysages de sa région, la promenade parisienne du début surprend et entre en résonance avec le grand imaginaire parisien de la modernité, de Breton à Modiano.
Jean Giono compare avec une délicieuse poésie la ville et ses habitants qui auraient perdu le sens de "leurs racines", à la campagne et ses paysans qui comprennent "les vraies richesses"...
Llegué a este libro por recomendación de Edmond Charlott, que halló allí la inspiración para nombrar a su entrañable librería en Argel: Nuestras riquezas. Jean Giono se sirve de diversos recursos narrativos para conectarse con el lector en una reflexión profunda sobre el sentido de la vida, la relación con la naturaleza, el curso de las sociedades humanas fundadas sobre el valor del dinero y la verdadera alegría. Las riquezas verdaderas es un relato muy personal y al mismo tiempo ahistorico y universal que interroga el modo capitalista de vida instalado en las ciudades, mostrando en los pequeños detalles de la vida campesina la veta de una experiencia comunitaria, conectada con el todo, entregada al trabajo de la tierra y la contemplación que en sí misma supondría la plenitud, la paz y la tranquilidad. Giono va de París a los campos franceses atravesando la ceguera representada magistralmente por la alusión a Edipo y entrega a una observación consciente desde el sentir campesino. Somos un bosque en movimiento —dice— y todo lo que está condenado a las sombras se ilumina, pues el mundo tiene vida, se transforma y nunca es igual. Aunque puede cuestionarse la visión idilica y patriarcal de la ruralidad que expone Jean Giono, no cabe duda de que se trata de una obra bellísima, propicia para este momento de crisis y necesidad de cambio.
Un essai (ou un recueil de textes) dans lequel l'auteur cherche à montrer ce que sont selon lui les "vraies richesses". L'argent est pour lui un fléau, la base du problème. Les vraies richesses sont la vie, la connaissance et la pratique d'un métier, d'une terre, le temps, les saisons, la nature bien sûr, la communauté. Il est saisissant de voir que cent ans en arrière la mauvaise pente sur laquelle l'humanité était engagée apparaissait aussi clairement et à propos à l'auteur.
Je mets au défit n’importe quel lecteur, de la ville comme de la campagne, de ne pas se lever une fois le livre fini et de ne pas hurler en soi-même : “JE SUIS UNE FORÊT EN MARCHE !”
« Tout est boulversé, non pas à la façon d’un tremblement de terre, mais à la façon d’un fleuve qui déborde lentement, recouvre la terre qui soleillait et peu à à peu s’élargit »
« Je vais à pied. Je me sens tout dépaysé par la dureté du trottoir et le balancement des hanches qu'il faut avoir pour éviter ceux qui vous frôlent. Je marche vite et je dépasse les gens qui vont dans ma direction; mais quand je les ai dépassés je ne sais plus que faire, ni pourquoi je les ai dépassés, car c'est exactement la même foule, la même gêne, les mêmes gens à toujours dépasser sans jamais trouver devant moi d'espaces libres. Alors, je romps mon pas et je reste nonchalant dans la foule. Mais ce qui en vient d'elle à moi n'est pas sympathique. Je suis en présence d'une anonyme création des forces déséquilibrées de l'homme. Cette foule n'est emportée par rien d'unanime. Elle est un conglomérat de mille soucis, de peines, de joies, de fatigues, de désirs extrêmement personnels. Ce n'est pas un corps organisé, c'est un entassement. Il ne peut y avoir aucune amitié entre elle collective et moi. Il ne peut y avoir d'amitié qu'entre des parties d'elle-même et moi, des morceaux de cette foule, des hommes ou des femmes. Mais alors, j'ai avantage à les rencontrer seuls et cette foule est là seulement pour me gêner. Le premier geste qu'on aurait si on rencontrait un ami serait de le tirer de là jusqu'à la rive, jusqu'à la terrasse du café, l'encoignure de porte, pour avoir enfin la joie de véritablement le rencontrer. Elle est comme une solitude. Mais elle est une solitude qui ne vous appartient pas, inféconde; une solitude qui est séparation et non pas union du meilleur de l'esprit à travers les distances, une solitude qui n'est pas harmonie et divin concert, mais le silence total de l'âme par étouffement. Faisons le compte. De tous ces gens-là qui m'entourent, m'emportent, me heurtent et me poussent, de cette foule parisienne qui coule, me contenant sur les trottoirs devant la Samaritaine, combien seraient capables de recommencer les gestes essentiels de la vie s’ils se trouvaient demain à l’aube dans un monde nu ? Qui saurait orienter son foyer de plein air et faire du feu ? Qui saurait reconnaître et trier parmi les plantes venéneuses les nourricières comme l’épinard sauvage, la carotte sauvage, le navet des montagnes, le chou des pâturages ? Qui saurait tisser l'étoffe ? Qui saurait trouver les sucs pour faire le cuir? Qui saurait écorcher un chevreau ? Qui saurait tanner la peau ? Qui saurait vivre ? Ah! c'est maintenant que le mot désigne enfin la chose! Je vois ce qu'ils savent faire : Ils savent prendre l'autobus et le métro. Ils savent arrêter un taxi, traverser une rue, commander un garçon de café; ils le font là autour de moi avec une aisance qui me déconcerte et m'effraie. Je suis effrayé comme je l'ai été au zoo de Berlin devant la cage du gorille quand j'ai vu la bête s'asseoir sur une chaise, en face d'une table, et attendre sa pâtée. — Comme un monsieur, dit quelqu'un qui m'accompagnait. »
Teniendo en cuenta que se escribió alrededor de 1937 es una buena reflexión y vigente sobre la sociedad moderna. De todas formas, a veces suena un poco idealista sobre el mundo rural/natural pero lo bonito es como da importancia a las pequeñas cosas, la sencillez. Me recuerda al ensayo de Josep Maria Esquirol, la Resistencia Intima, publicado el 2015, en que el filosofo aboga por dar valor y dedicar tiempo a la vida "contemplativa", reflexiva... creo que tienen un punto muy parecido en su filosofia, en su manera de entender las cosas.