Gramsci en France : une série de contresens. Non, Gramsci n’est pas le « classique » qu’ont instrumentalisé les héritiers italiens et français du marxisme de caserne. Il n’est pas non plus, sur le bord opposé, une pure icône du postmodernisme, limité au rôle de père des subaltern et autres cultural studies. On ne peut pas le réduire aux concepts « gramsciens » toujours cités, toujours les mêmes – hégémonie, intellectuel organique, bloc historique, etc. Il faut dire que Gramsci, si prestigieux qu’il soit, reste difficile à classer, et pas si facile à comprendre : les Cahiers de prison ne sont pas un livre, ce sont des notes rédigées dans les pires conditions, et il est remarquable que cet ensemble qui s’étale sur plus de cinq ans ait tant de cohérence dans sa circularité. Dans le choix et la présentation des textes, ce livre a pour but de faire comprendre l’actualité de Gramsci, son importance dans la réflexion stratégique, dans la compréhension des crises du capitalisme, dans l’adaptation du marxisme à la crise du mouvement ouvrier et aux luttes anticoloniales, antiracistes, féministes et écologiques. On y trouvera les raisons qui font aujourd’hui de l’œuvre de Gramsci un outil révolutionnaire essentiel, de l’Argentine à l’Allemagne en passant par l’Inde et l’Angleterre. Pour la France, il était grand temps.
Antonio Francesco Gramsci was an Italian Marxist philosopher, linguist, journalist, writer, and politician. He wrote on philosophy, political theory, sociology, history, and linguistics. He was a founding member and one-time leader of the Italian Communist Party. A vocal critic of Benito Mussolini and fascism, he was imprisoned in 1926, where he remained until his death in 1937.
During his imprisonment, Gramsci wrote more than 30 notebooks and 3,000 pages of history and analysis. His Prison Notebooks are considered a highly original contribution to 20th-century political theory. Gramsci drew insights from varying sources — not only other Marxists but also thinkers such as Niccolò Machiavelli, Vilfredo Pareto, Georges Sorel, and Benedetto Croce. The notebooks cover a wide range of topics, including the history of Italy and Italian nationalism, the French Revolution, fascism, Taylorism and Fordism, civil society, the state, historical materialism, folklore, religion, and high and popular culture. Gramsci is best known for his theory of cultural hegemony, which describes how the state and ruling capitalist class — the bourgeoisie — use cultural institutions to maintain wealth and power in capitalist societies. In Gramsci's view, the bourgeoisie develops a hegemonic culture using ideology rather than violence, economic force, or coercion. He also attempted to break from the economic determinism of orthodox Marxist thought, and so is sometimes described as a neo-Marxist. He held a humanistic understanding of Marxism, seeing it as a philosophy of praxis and an absolute historicism that transcends traditional materialism and traditional idealism.
Pour une introduction générale à Gramsci, Keucheyan fait un travail de synthèse admirable. Son écriture est claire, passionnée, et elle apporte un éclairage nouveau des Cahiers de prison, notamment l'analyse du fordisme, des rapports de genre ou de la culture populaire, thèmes qui sont rarement mis de l'avant lors des présentations typiques de Gramsci.
En somme, si vous êtes fatigué des analyses marxistes qui ne parlent ni de culture, ni de stratégie, ni de théorie du changement, et que vous êtes intéressé par la formations des mouvements ou la nature humaine couplée aux conditions économiques et sociales qui modèlent ensemble les dynamiques sociales, le marxisme de Gramsci peut vous intéresser.
La sélections des textes de cette édition est vraiment chouette. On se retrouve avec des éléments fondateurs de toute théorie moderne du changement politique avec l'analyse du nouveau prince (le parti politique) en reprenant Machiavel (incluant une analyse du potentiel des armées), mais aussi avec des analyses moins connues mais tout aussi importantes comme le lien entre sexualité, classes sociales et fordisme qui questionne nos préconçus libéraux, ou encore l'analyse des couches "crasses" de la fonction publique dans le besoin de renouveau politique, tant oubliée par les partis politiques aujourd'hui que des élucubrants tels que Milei ou Trump réussissent à se faire élire en partie grâce à ça (si l'on met de côté l'impact des média digitaux).
Les commentaires de Keucheyan sont utiles, tantôt remettant en lumière au goût du jour ou en contextualisant les propos datant d'il y a presque un siècle, tantôt trahissant un sentiment anti-Mouffe et anti-Laclau (pour leur analyse controversée du gramscisme) qui est fondé mais qui se teinte d'un certain purisme quand les explications coupent court.
Très bon tacticien politique, merveilleux sur son travail sur Machiavel ; le reste est déjà si bien, et mieux, retravaillé par nos penseurs contemporains et modernes.