Cette brève et dense galerie de nouvelles écrites par des femmes d’aujourd’hui bouleverse et secoue le lecteur, soudain projeté dans un univers qu’il connaît et ignore en même temps : car s’il s’agit de la vie quotidienne, ces histoires d’amour et de désillusion ont une force d’évocation intensément charnelle, soucieuse de l’instant et comme ancrée dans les mémoires. Ainsi avec le Couteau de ma mère, montrant l’amour de la narratrice pour une mère identifiée à son couteau inoxydable manié pendant toute une vie de cuisine. Ou avec la nouvelle titre, Cocktail Sugar, qui illustre le goût décalé de la classe moyenne pour les modes de séduction à l’occidentale, à travers un mot d’esprit qui, à force d’être répété, trahit en cascade la vie adultère. Mais laissons le bonheur de la surprise au lecteur de ces huit puissantes histoires de femmes écrites, qui éclairent magnifiquement le nouveau visage de la littérature et de la société coréennes.
Mlle Alice, pouvez-vous nous raconter votre rencontre avec Cocktail Sugar et Autres Nouvelles de Corée ? "C'est un recueil de nouvelles que j'avais repéré depuis longtemps mais qui était épuisé depuis des années en grand format. Je suis donc plus que ravie que les éditions Zulma ait finalement décidé de le sortir en poche."
Dites-nous en un peu plus sur son histoire... "Huit histoires différentes écrites par huit autrices coréennes réputées tout autant pour leur plume que pour leur engagement nous sont proposées ici."
Mais que s'est-il exactement passé entre vous ? "Je pensais lire une nouvelles de temps en temps, entre d'autres lectures, mais je n'ai finalement eu aucun mal à les enchaîner alors même que ce n'est pas le format que je préfère. J'ai trouvé ce recueil très interessant déjà pour le portrait qu'il dresse du paysage littéraire féminin coréen mais pas seulement. Comme toujours, j'ai aimé certaines nouvelles plus que d'autres (Le Couteau de ma Mère, Cocktail Sugar...) et j'ai été étonnée par exemple de ne pas tellement apprécier celle de Han Kang, Les Chiens au Soleil Couchant, autrice dont j'adore pourtant tout ce que j'ai lu jusque là et d'être happée par celle de Pak Won-So, Trois Jours en Automne, alors même que je n'avais pas vraiment aimé son roman l'Arbre Nu. Mais celle que je n'oublierai pas, c'est certain, c'est la Beauté me Dédaigne, si criante de vérité, qui montre à quel point le poids est un problème à part, à quel point c'est un sujet sur lequel tout le monde se permet de vous donner son avis non sollicité et à quel point les autres deviennent votre ennemi quand vous essayer de reprendre votre vie en main. J'ai vraiment été touchée par celle-ci et j'aimerais que tout le monde la lise et en tire des leçons."
Et comment cela s'est-il fini ? "J'avais déjà envie de lire Les Boîtes de ma Femme de la même autrice, Eun Hee-Kyung qui sort justement en poche bientôt, autant dire que maintenant j'ai l'intention de me jeter dessus."
J'ai bien aimé certaines nouvelles comme "La beauté me dédaigne" ou encore "Les Chiens au soleil couchant". Mais je reste plutôt mitigée. Les thèmes abordés sont tout de même intéressants.
J'ai beaucoup aimé ce recueil de nouvelles. Je n'ai pas lu beaucoup de littérature coréenne, mais cet univers, à travers la fiction, me parait plus accessible que le japonais, par exemple. Les récits racontent des histoires de femmes au foyer, de femmes médecin ou des traductrices qui sont rarement heureuses dans leur couple. Il y a de la violence conjugale,on médite sur les suites de la guerre et des viols perpétrés par les soldats...les hommes n'ont jamais de beaux rôles, sont soit des vauriens, soit des alcooliques, soit des malades encombrants. Des vies qui n'ont rien d'exotique, mais qui sont mises en valeur avec une attention particulière au détail.