Héros martyr, Remouald est un enfant doué victime d’un destin qui l’abaissera jusqu’au dégoût de tous et de lui-même. Séraphon, son père, inquiétant vieillard ratatiné dans son fauteuil roulant, Clémentine Clément, touchante institutrice pour qui la vie sera sans clémence, et Gaston Gandon, mou directeur d’école, composent en partie l’univers de L’Immaculée Conception, premier roman de Gaétan Soucy. Cette œuvre puissante propose au lecteur un voyage inusité dans le monde de l’enfance, où le merveilleux cède peu à peu sa place à l’horreur. C’est une histoire sombre et tourmentée, à l’intrigue complexe dont l’action se déroule dans le quartier pauvre de Hochelaga, à Montréal, au début du siècle, dans une société obscurantiste.
Ce qui surprend d’abord, c’est l’écriture maîtrisée, au style à la fois coulant, précis et neuf. Un récit prenant, une énigme qui se tisse lentement, retient le lecteur, le convainc qu’il aura bientôt la clé, de plus en plus inaccessible à mesure que la fable progresse et se complexifie. Puis surgissent des personnages, troublants, troublés, monstres ordinaires engendrés par une société fermée, écrasée par des valeurs et un establishment religieux imposant sa loi du silence. “Il n’entendait plus que son propre souffle, rauque et haletant… ; Mais la rumeur resurgit, et cette fois-ci elle était dans son crâne ; telle une bête féroce dont on a ouvert la cage, elle avait bondi à l’intérieur de lui. Remouald sentit des gouffres s’ouvrir, et il recula. Des gueules l’attaquaient de toutes parts. Il battait l’air de ses bras, secouait la tête furieusement, mais chacun de ses mouvements l’empêtrait davantage. (…) Il finit par s’immobiliser au milieu de l’escalier, les yeux épouvantés, à la merci de la Mémoire…”