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De la résistance à la guerre civile en Grèce: 1941-1946

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Platon, Aristote, l'invention de la démocratie : c'est une tout autre image de la Grèce que montre ce livre, celle d'un pays sacrifié et humilié - comme il l'est aujourd'hui. On y verra comment la Résistance grecque, l'une des plus actives et efficaces de l'Europe occupée par les nazis, fut mise au pas et massacrée par les collaborateurs et les Anglais en 1944 : il fallait ramener le roi sur le trône, rétablir l'ordre social d'avant-guerre, éviter que la véritable démocratie de la Résistance ne s'impose à la Libération. On y découvrira une image peu flatteuse de Churchill, capable de tout et même de nuire à l'effort de guerre pour maintenir la Grèce dans l'orbe britannique. On assistera au flottement fatal de la direction du Parti communiste, lâché par l'URSS et acculé aux compromis. On verra, en 1945, la terreur, lancée par le gouvernement et les bandes armées d'anciens collaborateurs, qui s'abat sur les résistants désarmés, les syndicalistes, les démocrates. Les lignes de front sont tracées et la Grèce s'apprête à vivre trois années de guerre civile qui laisseront le pays exsangue. Trois années pendant lesquelles ce sont les Américains, dans le contexte de guerre froide, qui prennent la relève des Anglais dans la répression du mouvement populaire. Tout ce qui va advenir par la suite, de la dictature des colonels à la mise à mort actuelle du pays, sommé de payer "sa dette", est en germe dans cette histoire tragique de la Résistance grecque.

377 pages, Paperback

First published April 12, 2012

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Joëlle Fontaine

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89 reviews27 followers
April 29, 2020
Le livre aborde l'histoire de la résistance communiste contre, d'abord, l'occupant nazi, puis contre la bourgeoisie grecque aidée par l'armée Britannique, avant son extinction avec les accords de Varkiza en 1945. De manière plus développée, le livre montre la montée du Parti Communiste Grec (KKE) et l'armée populaire de libération nationale grecque (ELAS) dans le cadre de la résistance, comme seule force antifasciste concrète, prenant le maquis, pillant les profiteurs de guerre afin de monter des collectivités autogérées avec tribunal populaire et démocratique sur un tiers de la Grèce. Ensuite, grâce à la coordination avec d'autres mouvements de gauche, comme le mouvement de Tito en Yougoslavie, les Italiens , Bulgares et allemands ont pu être repoussés, permettant le débarquement britannique à Athènes. Il faut cependant noter que ce débarquement a été préparé en avance "avec" la résistance, je mets des guillemets car les négociations n'ont été qu'une succession de "Faites revenir le roi !" "Non." "Faites revenir le roi !" "Non." Etc.

Et c'est là que les emmerdes commencent vraiment, pourquoi ? Parce que Churchill pousse à une union nationale avec la bourgeoisie afin de pouvoir tempérer les communistes, qui refusèrent, et éviter la révolution politique en Grèce, afin de faire revenir le roi. Les fameuses unions où on place des Bourgeois aux postes essentiels, genre Papandréou mdr. En parallèle, comme l'ELAS est ignorée dans ses revendications de punition envers les collaborateurs nazis et leur volonté de démocratie populaire, alors qu'ils sont soutenus par la population, du fait de leur rayonnement en tant que résistants, ils ont fait un gouvernement clandestin. Pire encore, Churchill s'appuie sur son pouvoir pour essayer de manipuler l'opinion en défaveur de l'ELAS, dans l'espoir qu'ils soient désarmés. En plus de cela, il fit libérer les monarchistes et leur fit donner des armes. En vain, la population soutient toujours le mouvement et cela se traduira par des manifestations qui seront réprimées dans le sang par la police.

Une véritable guerre civile aura lieu entre monarchistes et britanniques contre les communistes, en faveur des communistes. Cela conduira à des négociations, des accords que les britanniques vont trahir et à la terreur blanche des monarchistes, qui tueront et violeront tout ce qui n'est pas dans leur camp, sans aucune conséquence. Alors que des élections législatives sont en cours, l'ELAS appelle au boycott, et sera entendu (50% d'abstention) et quelle conséquence ? Aucune, la droite et l'extrême droite prennent le pouvoir et disent avoir la légitimité quand même. Ce qui se traduit par un retour du roi et la mort de l'ELAS. Moralité, la légitimité démocratique ne fonctionne que quand elle est en faveur des dominants, même s'ils tuent et violent sans vergogne.

Ce livre est long (333 pages) j'irais même jusqu'à dire trop long car j'ai été plutôt embrouillé par l'avalanche de noms d'organisation et de personnes à suivre, dont les noms grecs ne rendent pas la tâche aisée. Néanmoins, du point de vue de la dialectique de la lutte des classes, je le trouve très intéressant, et Illustre bien le problème de vouloir battre la bourgeoisie en suivant ses règles, dans un contexte mondialisé. Le livre est disponible gratuitement sur le site de La Fabrique pour la période du confinement donc si le sujet vous intéresse, ça peut être très intéressant, c'est de l'histoire pure et dure.
Profile Image for Fidel Castro.
141 reviews2 followers
November 5, 2023
Très édifiant. Scandale peu étonnant que ces événements ne soient pas enseignés comme faisant partie de l'histoire "européenne" de la même façon que, par exemple, l'écrasement du soulèvement hongrois.
Profile Image for Yves Gounin.
441 reviews68 followers
January 27, 2013
Autant la Grèce antique est bien connue de l’historien, autant la Grèce contemporaine est ignorée. L’ouvrage très complet de Joëlle Fontaine comble cette lacune. Publié chez l’éditeur militant La fabrique, il donne de la Résistance communiste grecque durant la Seconde guerre mondiale une vision volontiers empathique, sans verser pour autant dans la propagande.
Joëlle Fontaine rappelle que la Grèce dans l’entre-deux-guerres, comme beaucoup d’Etats centre-européens, est dirigée par une monarchie volontiers sensible aux sirènes du fascisme. Le parti communiste, le KKE, est le seul à s’opposer à la dictature de Metaxas. Lorsque l’armée grecque capitule en avril 1941 face à la Wehrmacht, c’est naturellement le KKE qui prend la direction de la résistance alors que le roi et son gouvernement sont partis en exil à Londres. Le pays est alors sous le coup d’une triple occupation : les Allemands tiennent Athènes, le Pirée, la Crète et Salonique, les Bulgares ont annexé la Thrace et la Macédoine orientale, les Italiens occuppent tant bien que mal le reste du pays.
L’occupation de la Grèce est particulièrement meurtrière (les pertes humaines s’élèveront à 500.000 soit 6 % de la population totale). La Grèce connaîtra ses Oradour-sur-Glane, comme à Kalavryta au nord-ouest du Péloponnèse. Le gouvernement collaborationniste de Ioannis Rallis a mis sur pied des miliciens, tsoliades ou chites, qui pourchassent les communistes dans Athènes et sa banlieue. Profitant de la capitulation italienne en septembre 1943, la résistance grecque renforce son emprise dans la montagne. Elle se constitue en Comité de libération nationale en mars 1944 et organise même des élections fin avril. Mais, elle n’ose pas s’affranchir du gouvernement en exil, désormais dirigé par Georges Papandreou.
L’ombre portée de deux acteurs extérieurs planent sur la scène grecque. D’un côté le Royaume-Uni, le protecteur historique de la Grèce qui cherche à la maintenir sous sa tutelle. Joëlle Fontaine a la dent dure avec Winston Churchill qu’elle montre obnubilé par la restauration du roi Georges II. Il n’a que mépris pour les résistants communistes qu’il qualifie de « braillards » ou de « malandrins ». De l’autre côté l’URSS qui aurait pu soutenir le KKE mais qui ne le fera pas. On connaît la célèbre relation que fait Churchill dans ses mémoires de sa rencontre avec Staline le 9 octobre 1944 à Moscou. Sur une feuille de papier, les deux leaders du monde libre se répartissent les zones d’influence dans les Balkans. En échange de la Roumanie et de la Bulgarie, Staline abandonne la Grèce à Churchill.
Ce ne sera pas la résistance communiste – qui aurait été en position de le faire – mais les forces britanniques qui « libèrent » Athènes en octobre 1944. Une manifestation sur la place Syntagma le 3 décembre tourne au bain de sang. Les communistes n’ont d’autre alternative que de signer l’armistice en janvier 1945. La guerre civile durera pourtant trois années encore. Mais, forts de l’appui des Américains, qui ont pris le relais des Britanniques en 1947, les troupes du général Papagos délogent les derniers maquisards communistes du mont Grammos en 1949.

Avant la Pologne ou la Hongrie, la Grèce a été la victime de la politique d’influence des grandes puissances. En violation de la Charte de l’Atlantique, Churchill a bombardé Athènes pour maintenir l’influence britannique sur ce pays. C’est cette page méconnue de l’histoire de la Seconde guerre mondiale que rappelle l’ouvrage utile de Joëlle Fontaine.
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