Le Vin de longue vie, de Cocea (1880-1949), demeure l'une des oeuvres les plus originales et les plus attachantes de la littérature roumaine. Publiée en 1931, cette merveilleuse fable hédoniste évoque la rencontre d'un magistrat fraîchement nommé dans une bourgade de la campagne moldave et du mystérieux boyard Manole, dont la longévité exceptionnelle et les moeurs supposées excentriques excitent la jalousie de toute la bonne société provinciale. Par ses qualités d'âme, sa droiture, son goût immodéré pour la lecture, le jeune homme gagne l'amitié et la confiance du maître, qui va peu à peu lui révéler ses secrets de vie. Sa longue existence lui a permis d'atteindre une forme de sagesse affranchie de tout mysticisme, qui trouve dans le splendide paysage moldave une source de joie perpétuellement renouvelée. Le vin qu'il produit en son domaine est la plus belle expression de cette terre. Dans un ultime moment de révélation, le vieil homme partagera avec son ami un verre de sa précieuse cuvée, fruit de ses amours fulgurantes avec une jeune tzigane, souvenir des jours intenses de sa lointaine jeunesse.
Une critique dithyrambique de plus pour ce petit conte hédoniste qui prouve entre autres que les Tziganes, roumains ou pas, ce ne sont pas que des histoires de bidonvilles et d'expulsions français. À savourer avec, si vous parvenez à vous en procurer, un verre de Cotnari. Un jeune homme arrive comme juge de paix auxiliaire dans un petit village du district de Cotnar. Il a une belle vue sur la vigne de maître Manole Arcasch, le boyard local, qui a 90 ans et semble immortel. Tout le monde convoite ses biens : il est sans héritiers. Le boyard fait bientôt sa connaissance et ils se lient d'amitié. Suite à des jalousies que le jeune homme suscite au village, le boyard lui révèle son secret. Après avoir étudié à Paris, il revint prendre en main la propriété familiale. C'est là qu'il tomba amoureux d'une tzigane, censée être son esclave, Rada. Mais elle lui échappait, lui était peut-être même infidèle. Un soir, il la coince dans le cellier ils font l'amour dans les raisins. Peu après, on la retrouve morte dans un puits au campement des tziganes il est désespéré. Il fait presser le raisin et en fait du vin, son vin de longue vie.