Geoffroy de Lagasnerie critique l'ordre universitaire et les valeurs d'autorité, d'ordre et de contrôle qui sont présentes dans l'institution. Prenant appui sur les travaux plus marginaux de plusieurs penseurs français (Bourdieu, Foucault, Deleuze, Derrida), il condamne la séparation du politique et de l'université. Il pense ainsi que le modèle académique qui traite de petits problèmes et qui souffrirait d'un conformisme étouffant gagnerait à être enrichi par le politique, comme c'était le cas dans les années soixante-dix, un peu comme faisait Deleuze à Vincennes, afin que la recherche ne tourne plus "à vide" mais puisse avoir une utilité sociale. Le point faible de l'ouvrage est peut-être l'absence de critique à l'endroit de "l'affaire Sokal" qui avait fait sensation en France, il y a quelques années. En effet, la dépolitisation de la discussion théorique n'est peut-être pas synonyme de diminution des débats théoriques, bien qu'une "discutaillerie pseudo-méthodologique et totalement vaine" (p. 239) puisse être présente dans le milieu académique. La critique de l'auteur me semble néanmoins très pertinente en ce qu'elle porte sur des dérives liées à la volonté d'être scientifique à tout prix, dans un monde où la recherche en sciences humaines et en humanités est de plus en plus contestée. Mais pour résoudre cette crise de la recherche, peut-être qu'une réflexion devrait avoir lieu sur les valeurs épistémologiques à privilégier au sein de l'institution universitaire pour éviter de tomber dans un académisme malsain et intellectuellement sclérosant.