4,5* à ça 🤏🏻 de donner un 5 mais je me retiens…
Toucher un livre, le maltraiter. Dessiner du doigt les lettres qui forment le nom de celui ou celle qui l’a écrit. Tourner ses pages, les corner. Bousculer leur intimité et alourdir leur corps d'apostilles maladroites. Rituel exquis. Inlassablement exquis. Mais parfois, je ne saurais vous dire pourquoi, ce rituel se teinte d'une légère douleur, toute délicate, presque imperceptible mais présente quand même. Et elle était là, à chaque fois que je prenais une pause, refermais Travaux et laissais couler ma main en un lent mouvement sur sa couverture…
À la page 108, j'ai souligné une phrase toute simple de #Navel : « j'étais trop loin de la nature, je séchais». Je me suis alors arrêtée un moment, j'ai souri en hochant la tête et j'ai compris pourquoi ma respiration s’accordait si bien à ce que je lisais ; ce livre me réapprenait à aimer à la vie. Vous voyez, il y est question de la condition ouvrière, d'un homme né et mort ouvrier, mais il y est surtout question
d'un homme touchant et très sensible. Je passais des heures à écouter le récit de ses différentes besognes ; terrassier, cueilleur de fruits et de lavande, jardinier, ramasseur de sel, ajusteur d'usine... et cela me faisait l'effet d'une longue journée où on flâne en parlant peu, mais où l'on retourne chez soi avec du songe au corps.
Il m'a été doux (et triste), de faire du chemin avec des personnes qui tentent d'arracher au monde leur droit d'exister. Des hommes, dont la voix s’attendrit en prononçant des mots comme cerisier, foin ou mirabellier. Des hommes que l'industrie n'a pas pu séparer de la terre, du simple, et du vrai. Des hommes qui dégagent quelque chose qui m'est familier, qui me parle, que je comprends et que j'apprécie. Quelque chose qui sent la sueur brave, le bois, la terre mouillée, les feuilles mortes et le vin de la nuit.
« Haleine amoureuse sur la terre,
présente comme une apparition nécessaire
à l'étreinte du ciel et de la mer. »
Vous devriez lire Navel .