Cette seconde édition, toute récente – 2023 –, parfaitement documentée, constitue désormais le livre de référence sur le sujet du thylacine. Le volume de David Owen couvre en effet tous les champs pertinents, des prémices géologiques aux phantasmes génétiques, des confusions onomastiques initiales aux avatars médiatiques toujours croissants. La version papier est bien terne, avec une couverture trop fine, à l’infographie bas de gamme, et du papier jaunâtre, et n’est pas exempte de quelques coquilles et autres manquements éditoriaux – notamment des renvois de planches manquantes dans le cahier illustre central dans le pourtant très bienvenu chapitre 14 consacre à la présence culturelle du tigre.
Par son exhaustivité encyclopédique et sa prudence, Owen permet hélas de donner une réponse définitive, et négative, à la question de l’existence résiduelle du thylacine, dans quelque coin reculé de l’ile, voire du continent australien ou de la Papouasie. A croiser la mauvaise santé génétique du marsupial, et qui l’avait déjà vu disparaitre il y a 3000 ans en Australie continental au profit du seul dingo ; les innombrables expéditions, et cameras, ayant quadrillé et mitraillé tout ce que la Tasmanie peut offrir de recoin les plus inaccessibles, systématiquement bredouilles, sinon de toutes les autres espèces possibles encore en vie ; les inévitables biais cognitifs des personnes ayant vu – ou cru voir, ou connaissant quelqu’un qui… – à quoi on pourra ajouter l’intrigante corrélation entre la densité des sightings et la proximité des pubs ; la ressemblance du thylacine avec le lévrier australien ; etc., tous les espoirs de la survie du charismatique animal se sont évanouis. A titre personnel, les images récentes du documentaire de Tim Noonan (SBS, 2024), montrant ce qu’une caméra infrarouge, montée sur un drone, permet de saisir en quelques secondes de la vie luxuriante de la faune tasmanienne, a brutalement achevé de me dessiller. L’épuisement résigné de Tigerman face à ces mêmes images doit être le nôtre. He’s not here anymore.
Enfin, quant aux tenants d’une alternative par la résurrection génétique, qui promettent son retour sous cinq ans, ceux-ci omettent sciemment l’absence évidente de viabilité écologique d’un tel projet. Outre que le thylacine – ou en tout cas une version proximale, portée par un dunnart –, qui ne s’est vraisemblablement jamais reproduit en captivité, ne pourrait renaitre comme espèce qu’à partir d’un pool d’individus offrant une quantité et une diversité impossible à produire par l’ingénierie génétique, il n’aurait aucune niche écologique propice. Quand bien même ils seraient réintroduits dans telle ou telle réserve, les spécimens infiniment précieux mourraient sans doute absurdement, tamponnés par un ute sur une route vandiemanienne.