Après un événement traumatisant, une jeune femme va passer plusieurs mois à chercher un point d’ancrage, un espace. Ce roman est l’histoire de son errance, portée par le souffle de l’écriture poétique de l’auteure. Pour un texte comme celui-là, rien n’est plus parlant qu’un extrait :
Petite, je pleurais en voyant l’ombre qui me suivait en rampant, en m’agrippant par les chevilles, je criais et, malgré mes jambes engourdies par la peur, je courais aussi vite que je pouvais, talonnée par cette masse étrangère qui voulait m’engloutir. Ce jour-là, sur le trottoir, elle était devenue la seule preuve de mon existence, cette plaque noire et sans relief qui me traînait derrière elle. Sur le chemin du retour je ne l’ai pas quittée du regard, pour être bien certaine qu’elle ne partirait pas, qu’elle était là, que j’étais là.
C’est à ce moment-là, avec mes épaules penchées, ma tête basse et mon regard obstiné par terre, oui, je pense que c’est à ce moment que j’ai entamé ma vie à l’ombre du monde.
Notes particulières : Ce deuxième roman, un bijou pour les amateurs de littérature, confirme la maîtrise et l’efficacité de cette jeune auteure, la richesse de son écriture et sa puissance d’évocation. Des images à couper le souffle, une prose précise, alerte, structurée, subtile, souvent poétique, du rythme, tout cela au service de l’émotion… On l’aura compris, c’est le style d’écriture, ici, qui est remarquable.