Conçu bien des années avant qu'il ne se trouve élaboré dans les Chroniques du plateau Mont-Royal, Édouard paraît pour la première fois sous les traits de la duchesse de Langeais, déjà outrageante, mais implacablement authentique, impitoyablement vraie dans la recherche de sa vérité.Éditée d'abord en 1973, la pièce Hosanna nous propose des personnages également familiers aux lecteurs des Nouvelles d'Édouard; et sont issus d'un univers qui a su donner le ton à notre dramaturge et qui plaçait déjà Michel Tremblay parmi les meilleurs écrivains contemporains.
Né en 1942, Michel Tremblay grandit dans un appartement de Montréal où s'entassent plusieurs familles. Ses origines modestes marqueront d'ailleurs ses œuvres, souvent campées au cœur de la classe ouvrière, où misères sociale et morale se côtoient. En 1964, il participe au Concours des jeunes auteurs de Radio-Canada, avec une pièce de théâtre intitulée Le train, et remporte le premier prix. C'est à peine un an plus tard qu'il écrit l'une de ses œuvres majeures, Les belles-sœurs, dont le succès perdure. La pièce est jouée pour la première fois en 1968 au Théâtre du Rideau Vert.
Michel Tremblay est l'auteur d'un nombre considérable de pièces de théâtre, de romans, et d'adaptations d'œuvres d'auteurs et de dramaturges étrangers. On lui doit aussi quelques comédies musicales, des scénarios de films et un opéra. Ses univers sont peuplés de femmes, tantôt caractérielles et imparfaites, tantôt fragiles et attachantes, qu'il peint avec réalisme et humour. Vivant les difficultés du quotidien, ses personnages au dialecte coloré ont d'ailleurs contribué à introduire dans la dramaturgie et la littérature d'alors un niveau de langue boudé des artistes : le joual.
En 2006, il remporte le Grand Prix Metropolis bleu pour l'ensemble de son œuvre.
En 2017, le Prix Gilles-Corbeil lui est décerné pour l'ensemble de son oeuvre.
L'univers des drag queens à Montréal est fascinant. Personnages touchants malgré leurs côtés comique et tragique. La parure semble être plus importante que le reste... Jusqu'à ce qu'on voit plus en profondeur et qu'on réalise que l'amour prime.
Incursion dans le milieu (assez toxique, merci) des travestis/drag queens montréalais dans les années 70, Hosanna est un dialogue entre Hosanna, un personnage haut en couleur qui se prend pour Elizabeth Taylor dans le film Cléopâtre, et Cuirette, un gars de bicycle qui aurait été un sex-symbol il y a plusieurs années. Dans un joual mauditement réaliste - les R roulés, les sacres, les québécismes -, les deux amants s'insultent, s'entre-déchirent, s'aiment. Ils ne sont plus au sommet de leur gloire, ils vieillissent et s'inquiètent de se retrouver seuls.
Quant à la Duchesse de Langeais, on retrouve Édouard, personnage-phare de Michel Tremblay, qui apparait dans plusieurs de ses écrits. La Duchesse est rendue vieille... mais, elle ne se prend pas pour un Seven-Up flatte - oh non ! C'est jubilatoire !
(J'ai juste lu La duchesse de Langeais, pour mon projet de tout lire la "traversée du siècle" - Hosanna est pas dedans.)
Ça devait être un méchant tour de force à jouer sur scène - même si ça se lit très rapidement, c'est quand même impressionant de penser à l'acteur.trice qui devait donner vie à tout ça. L'écriture est très visuelle alors j'avais vraiment l'impression de voir la duchesse sur sa terrasse du sud. Ça ne concorde pas super bien avec le reste de la traversée - je ne pense pas qu'Édouard soit une prostituée là-dedans, ni qu'il ait voyagé ailleurs que son petit tour à Paris - mais on comprend que c'est ce qui a inspiré Tremblay à explorer beaucoup plus ce personnage-là. Avec raison.
Hosanna et la duchesse sont selon moi les personnages les plus riches de Tremblay. Porteurs de tant de détresse, mais surtout de résilience. On valse toujours entre ces 2 états tout au long de la lecture. Ça pogne au coeur.
Aussi la description est tellement bien imagée que j’ai l’impression d’avoir vue la pièce.