Il y a des femmes aux destins extraordinaires. C'est le cas de Corine Sombrun qui, alors qu'elle préparait un reportage sur les derniers chamans de Mongolie, est reconnue, lors d'une cérémonie chamanique, comme une des leurs. Elle se laisse alors convaincre de suivre l'apprentissage traditionnel qui leur est réservé, afin de comprendre l'étendue de ses "pouvoirs". On lui assigne un maître, la chamane Enkhetuya, auprès de qui elle passera tous ses étés, pendant près de huit années. Pour la scientifique que je suis, sa démarche est des plus intéressante puisqu'elle décide, en parallèle, de jouer les cobayes pour des grands professeurs de médecine occidentale. Grâce a elle, de grands projets de recherche sont lancés qui devraient permettre une compréhension plus profonde des mécanismes du cerveau, et de ses différents niveau de fonctionnement. Mais au delà de ça, le livre est l'occasion de raconter l'histoire récente de la Mongolie. Comment l'idéal socialiste, qui ne tolère ni l'obscurantisme ni la propriété privée, a presque failli effacer toute trace des peuples nomades éleveurs de rennes et de leurs traditions religieuses. Avant de se raviser. Comment le tourisme lui, sans le dire, y est bientôt parvenu, faisant d'Enkhetuya, grande chamane Tsataans, une femme d'affaire prête à pratiquer de fausses cérémonies pour quelques dollars de plus, alors que ses enfants écoutent Michael Jackson en survêtement Adidas et que son mari se saoule à la vodka. Un témoignage vraiment très intéressant.