Qu’est-ce que ça veut dire quand un peuple habituellement placide se retrouve dans la rue? Quand la rage et les larmes de colère nous empêchent de dormir, de travailler? Quand des envies de tout changer, des désirs de révolution s’emparent de nous? Comment concilier dans ce mouvement de révolte le politique et le personnel, l’engagement et la recherche d’une certaine sérénité? De la grève étudiante et les grandes manifestions du printemps à l’élection du Parti québécois, en passant par les scandales de corruption et l’attentat contre Pauline Marois, 2012 est une année unique dans l’histoire du Québec. Dans ce bref essai lyrique, Nicolas Langelier mêle journalisme et littérature, observations sociologiques et vie personnelle, idées et émotions. Un témoignage vif et éclairant sur une période charnière de la vie sociale et politique du Québec.
« Comment en sommes-nous arrivés, dans un endroit dit moderne et civilisé comme le Québec, à trouver normal et acceptable que des balles de plastique soient tirées contre des manifestants… »
(4/5, I really liked it) Pour moi, 2012, c’est l’année où j’ai basculé vers le centre-gauche, c’est l’année où les excès du pouvoir, du néolibéralisme et du non-respect des classes m’ont frappé en plein visage. De voir cette jeunesse se lever et revendiquer à haute voix a été une révélation. Plus des gens s’opposaient à eux, plus je les défendais. Leur spontané courage m’a grandement inspiré. Ils m’ont brassé, shaké.
ANNÉE ROUGE a été écrit et publié au terme de l’année 2012, l’année où le Gouvernement décide d’augmenter drastiquement les frais de scolarité. Nicolas Langelier se remémore cette année-là, saison par saison, au gré de la fluctuation des émotions. La flamme du début, le crescendo de mars-avril, ― « Chaque soir, je m’endors avec le bruit de l’hélicoptère de la police en vol stationnaire au-dessus du quartier, comme si on était à Gaza ou Damas » ―, les soirées dans le parc, la débandade policière du 4 mai à Victo, le ralentissement de juin, le repos de l’été, puis, le no-go de l’automne. Qu’a donné cet enthousiasme? La Ministre Beauchamp a démissionné, le PLQ n’a pas été réélu en septembre, ― « Je ne me souviens pas d’avoir détesté quelqu’un autant que je déteste maintenant Jean Charest » ―, une fois élu, le PQ a annulé le Loi.
« Le printemps ― le " printemps érable ", le " printemps étudiant ", le " printemps québécois ", le " dernier printemps de ma jeunesse " ― le printemps est déjà terminé »
Je n’avais pas lu ce second numéro de la collection Documents (Atelier 10). Pourtant, Nicolas Langelier, son auteur et également le moteur/le skipper/le cœur de NOUVEAU PROJET est celui que j’ai le plus de satisfaction à lire et à relire dans la publication mi annuelle. Non seulement ses propos sont-ils pertinents, mais sa merveilleuse plume s’agrémente fréquemment d’une touche de sa vie personnelle : la quarantaine qui l’appelle, cette fille, ces filles, la cabane dans l’bois. La connexion est automatique avec le lecteur. Savamment, il cite des passages de Marc Aurèle pour mettre en évidence que, même après des siècles, la Cité demeure la Cité.
Lire ce récit-d’une-année avec le recul de près d’une décennie, amène le lecteur à constater que la démonstration d’indignation n’a effectivement été qu’éphémère et qu’à bien des égards, elle a servi à nourrir davantage ceux qui s’opposent aux indignés. Le constat qui résonne le plus : « … le Québec se divise, se radicalise, écrit des lettres ouvertes que les destinataires ne liront pas. La discussion politique semble prendre une tournure américaine, et nous n’avons jamais voulu de cela. »
ANNÉE ROUGE, un texte fort intéressant qui m’a ramené à ce bref chapitre de Notre histoire et, surtout, à celui de Mon histoire, celui où mes yeux ont, le temps d'un printemps, cessé de regarder mon nombril et se sont émerveillé envers ces nouveaux porte-voix du bien-commun.
Ouvrage intéressant qui résume bien les événements à chaud, mais je suis très déçue par le passage suivant, sur « la pensée magique qui continue d’entourer la souveraineté au Québec » : « parmi les dizaines de présentations, presque la moitié semble évoquer, comme solution aux problèmes qui nous accablent, l’indépendance du Québec. […] Ce serait comique si ce n’était pas aussi triste. D’une part, parce que la souveraineté ne se fera sans doute jamais. Et d’autre part parce qu’elle n’apporterait pas nécessairement des solutions à tous ces problèmes. […] La gauche québécoise doit impérativement cesser de mettre autant d’espoirs dans la souveraineté. Tant que cela ne sera pas fait, nous sommes condamnés à l’insignifiance, aux vœux pieux, à l’attentisme. » (p. 32) C’est vraiment déprimant voir un discours aussi défaitiste, qui manque tellement de nuance. Ça cadre d’ailleurs mal avec le message d’espoir qui est au cœur du printemps érable !
Beau regard sur la politique au Québec à l’aube des élections de septembre 2012. Intéressant à lire considérant que nous retournons justement aux urnes dans 2 semaines. Un peu défaitiste par moments, mais peut-on vraiment blâmer l’auteur pour son cynisme alors qu’il a écrit ces lignes en plein printemps érable?
Un livre qui sera probablement pertinent d'ici quelques années. Pour l'instant, il me semble un peu fade. Un simple retour est fait sur certains événements et sur l'évolution du conflit, sans pour autant apporter quelque chose à ce récit. Son intérêt vient qu'il est un acte de mémoire qui sera pertinent pour ceux et celles qui n'auront pas connu le conflit.