Jusqu’au tout début du XXe siècle, la ville de Saint-Pierre, en Martinique, surnommée « le Petit Paris des Antilles », était le centre économique et culturel le plus important de la région après La Havane. De 1900 à 1918, ce roman suit la première génération des Saint-Aubert, famille patricienne dont le chef, Ferdinand, est avocat. Marié à Marie-Élodie et père de Saint-Just, Tertullien, Euphrasie et Fulbert, progéniture avec laquelle il aura fort à faire, il périra dans l’éruption de la montagne Pelée, le 8 mai 1902, éruption qui fit passer de vie à trépas les 30 000 habitants que comptait Saint-Pierre et réduisant cette dernière à un amas de ruines. Contraints d’émigrer à Fort-de-France, les Saint-Aubert tenteront d’y refaire leur vie lorsque éclatera la première guerre mondiale, à laquelle participera Tertullien au sein du « Bataillon créole » et qui reviendra amputé. Saint-Just, l’aîné, deviendra instituteur et Fulbert bijoutier alors que leur mère, Marie-Elodie, s’enfonce peu à peu dans la folie. Ils tenteront de se réinstaller à Saint-Pierre, mais n’y parviendront pas, à l’instar de la plupart des habitants de la ville qui avaient échappé à l’éruption parce qu’ils ne s’y trouvaient pas ce jour-là.Le premier volume d’une fresque aux allures balzaciennes dans un monde colonial marqué à la fois par les relents de l’esclavage et par les idéaux républicains d’une classe sociale qui cherche à s’imposer par le biais de l’instruction et de l’action politique.
Quel plaisir de retrouver la plume de Raphaël Confiant avec Les Saint-Aubert : L’en-allée du siècle. À travers cette fresque familiale, l’auteur nous plonge dans la Martinique du début du XXᵉ siècle, dans cet entre-deux historique fascinant : après l’abolition de l’esclavage, avant la départementalisation.
On suit la famille Saint-Aubert, petite bourgeoisie mulâtre de Saint-Pierre, animée par l’instruction, l’ambition sociale et l’engagement politique. Chaque personnage est finement construit, profondément incarné, et leurs trajectoires individuelles dessinent un portrait collectif d’une société encore marquée par les relents de l’esclavage, le poids du clergé et les tensions raciales et sociales.
J’ai particulièrement aimé la langue de Raphaël Confiant, riche, vivante, qui nous fait voyager sans quitter Saint-Pierre, ce « petit Paris des Antilles » ouvert sur le monde et les échanges internationaux, loin d’une vision uniquement tournée vers la « mère patrie ». L’ambiance, les descriptions et les dialogues rendent cette période historique incroyablement tangible.
Même sans être originaire des îles, cette saga familiale se lit avec passion et curiosité tant elle éclaire une part méconnue de l’histoire française. Un premier tome dense, captivant, qui donne immédiatement envie de découvrir la suite des aventures de la famille Saint-Aubert.