Tous les ingrédients semblent réunis pour offrir une lecture dépaysante et romantique. La couverture glamour, le résumé attrayant et le fait que ce roman a obtenu le prestigieux « prix du livre romantique » chez une maison d’édition dont j’apprécie énormément la ligne éditoriale.
Bref, autant dire que j’ai été un brin déçue par la première moitié du roman qui m’a semblé un peu longuette. En fait, j’ai eu l’étrange sensation de ne pas savoir à quelle époque se déroulait l’action, ce qui m’a un peu déroutée. Est-ce un roman historique ? contemporain ? Je pense que cela était dû au contexte. Au départ, le décor est planté au Sri Lanka où règnent encore des pratiques d’un ancien temps vis-à-vis des femmes (ce qui n’est pas forcément parlant pour une lectrice occidentale). Cette première partie décrit le quotidien très difficile de ces jeunes cueilleuses sous la coupe des kanganis. C’est seulement lorsque Shemla, l’héroïne, se rend dans la cité moderne de Londres que j’ai enfin eu la réponse à mon interrogation.
Fort heureusement, cette deuxième partie m’a rapidement fait oublier mes doutes initiaux. L’histoire devient plus rythmée et captivante une fois que Shemla se lance dans sa nouvelle vie, loin des champs de théiers. Elle est entourée par un casting de personnages intéressants — notamment Twinny, la vieille dame dont elle s’occupe et qui est un personnage particulièrement haut en couleur et Édouard, l’aristocrate secrètement épris de la belle Indienne. Le contraste est saisissant entre la vie passée de Shemla et le quotidien occidental.
En outre, le style de l’écriture est très élégant, ce qui en fait un roman facile et agréable à lire. L’auteure nous offre une belle histoire sur le destin (parfois tragique) des cueilleuses de thé dans une société patriarcale encore régie par des coutumes révoltantes à l’encontre des femmes (mariages forcées, viols, répudiation, etc.). J’apporterais tout de même un léger bémol au niveau de l’aspect « romantique » — C’est très, très superficiel, pour ne pas dire carrément anecdotique puisque ce roman se penche essentiellement sur les violences faites aux femmes et la revanche de l’une d’entre elles sur son destin. Je ne dévoilerai pas la fin réservée à Shemla, mais « romantique » n’est peut-être pas le premier mot que j’utiliserais pour qualifier cette histoire, bien que très belle au demeurant.
Pour conclure, je recommande chaleureusement Cueilleuse de thé pour ce portrait aussi brut que raffiné d’une jeune femme forte, avide de liberté et d’indépendance.