Ne rien faire, c'est ce qu'il y a de bon, de mieux, de meilleur pour deux Québécois de Montréal, André Ferron, vingt-neuf ans, et Nicole, vingt-huit ans... mais c'est aussi ce qu'il y a de plus difficile. Ils s'y appliquent avec humour, hésitent souvent entre les loisirs absolus et "la job payante", gagnent un peu d'argent en corrigeant des épreuves à la pige.
André et Nicole bougent peu de leur appartement, ils regardent la télévision jusqu'à épuisement, discutent longuement de films. La télévision tue en sécurisant, comme la bière, comme le rhum White Sails, comme le tabac... pas comme le hasch ou l'acide... Non ils ne veulent pas perdre la tête.
Autour d'eux leur amie peintre, Laïnou, la spécialiste du bleu et du jaune qui vient de connaître le succès, Pierre Dogan, le joaillier pour qui elle a un "cul de foudre", et surtout Petit Pois, la reine des Tounes, l'actrice séparatiste qui voudrait changer le monde autrement que les autres séparatistes. La Toune est belle, tendre, fantasque, plus généreuse de son coeur - et elle sème à tous vents - que de sa présence: un mot d'elle, un télégramme, un coup de téléphone, une longue visite inattendue, et tout reprend de la saveur et du piquant dans la vie "contrecarrante" de L'hiver de force.
Nous en connaissons peu sur la vie personnelle de Ducharme. Jusqu'à maintenant, il refuse toutes demandes d'entrevue et demeure en retrait de la société.
Réjean Ducharme devient l'un des écrivains les plus influents du Québec avec son premier roman, "L'Avalée des avalés" (1966), publié chez Gallimard. L'oeuvre est très bien reçue et est même nominée cette année-là pour le Prix Goncourt, soit la reconnaissance la plus prestigieuse en littérature francophone, aux côtés d'écrivains, surtout de nationalité française, chevronnés. Deux manuscrits qu'il avait envoyés avec celui de son premier roman, "L'Océantume" et "Le nez qui voque", sont publiés plus tard par la même maison d'édition et reçoivent un accueil chaleureux des critiques et un succès presque comparable à celui de "L'Avalée des avalés". Après avoir fait publier une dizaine de romans et de pièces de théâtre entre 1966 et 1978, Ducharme disparaît de la faune littéraire pendant presque quinze ans avant de revenir avec son roman "Dévadé", qui n'est pas aussi bien reçu que ses romans précédents. Sa carrière littéraire se rendort à la fin des années 1990, et il se consacre maintenant à ses oeuvres visuelles, qu'il expose sous le nom de Roch Plante.
Ducharme a écrit plusieurs pièces de théâtre dont "Ha ha!..." et "Le Cid maghané" ainsi que quelques chansons pour Robert Charlebois et Pauline Julien, et a collaboré aux scénarios de deux films de Francis Mankiewicz. Le film "Léolo", ouvertement inspiré de l'oeuvre de Ducharme, sort en 1992 et connaît un énorme succès, jusqu'à être nommé en 2005 parmi les 100 meilleurs films de tous les temps selon le Time Magazine.
Ses récompenses sont nombreuses: 1973, 1982 et 1994 : Prix du Gouverneur général 1974 : Prix Littéraire Canada-Communauté Française de Belgique 1976 : Prix Québec-Paris pour "Les Enfantômes" 1983 : Prix Littéraire du Journal de Montréal 1990 : Prix Gilles-Corbeil 1994 : Prix Athanase-David En 2000, il est fait Officier de l'Ordre National du Québec
J'avais essayé d'embarquer dans l'Avalée des avalés, mais je n'avais RIEN compris. Qu'à cela ne tienne! Je n'ai pas laissé tomber. Je voulais essayer l'Hiver de force.
Deux petits anti-conformistes qui essaient de ne rien faire, fin des années 60, au Québec.
C'est un livre magnifique sur la recherche de la perfection dans le rien-faire, avec plein de beaux sacres mais aussi des contrepèteries, allitérations et autres figures de style mémorables.
On peut avoir hostie de chienne sale dans la même page que "Il y a des bornes au-delà desquelles l'indigence intellectuelle arrogante d'une grande amie fait mal".
On a des phrases à la construction grammaticale douteuse qui deviennent des chefs-d'oeuvre de par cette construction à la québécoise : "On est assis sur un de ces bancs publics périphériques coulés dans le béton pour que tu ne te sauves pas avec, parce qu'on est méfiant à Outremont".
Je ne sais pas quoi dire d'autre. Je l'ai lu le plus longtemps et le plus lentement possible.
Réjean, j'sais pas t'es qui, mais je t'aime en esti.
D'après le compteur de mon Kobo, Rejean Ducharme se sert 53 fois de mot "fucké "dans "L'Hiver de Force" ce qui est beaucoup même pour un écrivain Québécois. Celui qui le prononce dans une conversation française se fait marquer à vie comme étant un imbécile par 90% des francophones qui l'entendent et par 100% des anglophones présents. Je suis de la deuxième catégorie. Alors je considère l'auteur plus abject que son livre. Parce que Ducharme est dans le panthéon québécois des incontournables, les professeurs de littérature française le mettent souvent au programme probablement parce qu'ils trouvent que c'est ennuyant d'enseigner "L"Avalée des avalés" l'année après l'autre et que "L'Hiver de Force" illustre très bien aussi le génie de Ducharme. Je crois cependant que "L'Hiver de Force" va éventuellement perdre cette mission pédagogique car il va devenir impossible à comprendre. Dans "L'Hiver de Force", il y a énormément des références aux célébrités de la culture populaire et les produits à la consommation qui ont disparu depuis quarante ans. Je suis un vieux à la retraite. Je sais que Yuban a été un marque de café instantané qui était sur le marché pendant les années soixante. Je sais que Road Runner était un personnage du dessin animé Bugs Bunny. Finalement, je m'en rappelle de l'époque où les appareils téléphoniques étaient attachés physiquement au réseau et que les seules les gens dans un état de furie les arrachaient du mur. Un jeune lecteur ou lectrice se sentira perdu dans cet océan des références obscures. Dans dix ans ce sera pire. "L'Hiver de Force" raconte la vie de deux perdants-nés qui vont nulle part et passent leur vie à penser aux choses qu'ils achètent à l'épicerie ou qu'ils voient à la télévision. Je ne nie pas que ce roman ne reflète pas une certaine réalité mais quand on le lit, on est plongé dans une banalité absolue.
Ça m’aura prit 3 ans finir ce livre (j’avais abandonné et j’ai repris avant de vivre l’hiver de force dans le Nord.) La quintessence de Montréal, jamais rien lu de plus montréalais. Un couple qui chie sur tout, l’art, les séparatistes, les fédéralistes, la banlieue, la région. Faut vraiment se laisser embarquer parce que la prose est tout le temps en mouvement, en mot valise, en envolée lyrique, ce qui est assez « rusant » et expliquant pourquoi j’avais abandonné. On s’attache beaucoup aux personnages et aux aventures du couple. On se sent à Montréal et on sait où on est.
Un univers parfaitement éclaté et original où on fait cuire des disques des Beatles au four avant de vendre ce dernier avec le frigidaire, quand il ne reste plus rien que l'amour et l'amitié qui comptent vraiment.
Génies rebelles jusqu'au-boutistes ou loosers alcooliques névrosés? Les personnages de ce roman sont à la fois exaspérants et fascinants! Un couple fusionnel d'artistes manqués, nihilistes et désabusés, atteints d'une forme particulièrement aiguë de déni et complètement obsédés par une jeune célébrité aussi riche qu'égocentrique.
Le roman propose un portrait cynique du milieu artistique montréalais des années 70 : une Bohème québécoise, à la fois déprimante et amusante, savamment agrémenté des truculents tours de langue de Réjean Ducharme. Un auteur qui, dit-on, aurait étrangement ressemblé au personnage principal de ce livre...
LES HAUTS : Une langue riche et originale, une fenêtre ouverte sur notre passé culturel...
LES BAS : Une histoire à l'image de ses protagonistes : stagnante...
La question qui ne m’a pas lâché jusqu’à la fin : pourquoi Ducharme a-t-il, pour ainsi dire, séparé son antihéros-narrateur en deux personnages distincts, André et Nicole Ferron, couple fusionnel, frère et sœur, jamais éloignés l'un de l'autre, ayant fait les mêmes études, partageant les mêmes opinions, le même tour d’esprit, les mêmes passe-temps, les mêmes refus, la même volonté nihiliste, le même amour absolu et sans issue possible de La Toune, agissant toujours de concert, suivant la même impulsion du moment, et qui vont évoluer de manière identique d’une relative marginalité jusqu’à l’hiver de force ! Autant le Montréal du tournant des années 1970 paraît réaliste, la société québécoise si vivante dans la pluralité des voix que Ducharme nous fait entendre, autant son couple demeure invraisemblable. Pourquoi ce choix ?
L'écriture de Ducharme dans L'hiver de force m'a absolument happée : le sens du rythme de chacune des phrases, l'humour délicieux, l'irrévérence, le sérieux avec lequel un récit aussi banal est relaté. Le dosage entre registre littéraire et joual est parfaitement maîtrisé à mon avis. Plus que le récit de deux angoissés ayant choisi le renoncement envieux, il s'agit surtout d'une exploration fouillée du sens de l'amour et de l'amitié, d'une habile mise en scène de quatre personnages - André, Nicole, Laïnou et Petit Pois - qui n'ont de cesse de se méprendre sur la nature de leurs sentiments envers les autres - et de se prendre eux-mêmes au piège.
En pause pendant plusieurs mois... Car au 3/4 l'histoire devient molle, lente, c'est avec du mal que j'ai poursuivi. Il n'en reste pas moins que la richesse de ce livre est incroyable et sentimentalement époustouflante.
Au final, un peu comme les deux (anti-)héros de ce livre.
Lecture riche et enrichissante. Le texte est tellement riche en métaphore, jeux de mots et de sous-entendu que chaque lecture est différente selon moi. Il s'agit de ma première lecture. La fin est complètement déchirante. Un classique québécois. J'adore.
'L'hiver de force' (interestingly, the translated title is 'Wild to Mild') is definitely crazy and chaotic, yet also has a lot of soul.
André and Nicole are a couple in their 20s who don't do much, they just stay at home, watch films, series, drink beer, rum and have some fun with acid. They have a small group of friends, and it's upon the return of one of these, an actress, that their world gets shaken up.
This is a very Quebecois novel. There are many regional turns of phrase and of course swearing too (really have to find a use for 'hostie de chienne sale'...), references to their media and celebrities, and walks through Montréal. I was curious about it, and I did do a few searches here and there, which I'd also recommend to any readers that may not be familiar with them. I wouldn't say it's a must, but it adds a lot of colour and vivacity to the pages.
But it still wasn't the most engaging of novels, as much as it cherishes the joy of small things and sees living day-by-day endearing and charming. There is always something happening on the page that is scandalous, bombastic and utterly ridiculous. I laughed out loud a few times, but it's fairly safe to say it's an outdated type of humour. So I'd describe it as something akin to 'The Hangover' in book form: a series of awkward mishaps that at the end of the day does exude warmth and sentiment. For me it also meant that I wasn't attached to any of the characters, and while they have conversations related to identity or politics, I could never take them seriously enough to take in the weight of their arguments.
If you have it on your list, give it a go, but I wouldn't make a point of it.
J'ai plongé avec curiosité dans le Québec des années 70 grâce à la plume de Réjean Ducharme. Une écriture riche, mais éprouvante par moment. J'adore quand on ne fait pas de fleurs au lecteur, donc ça m'a plu! Une histoire qui ne va nulle part, comme le souhaitent les personnages. J'ai détesté la fin, j'ai détesté André et sa violence. Je dois encore le digérer. Quand un livre me donne envie d'en comprendre le sens en relisant sur l'auteur et en consultant des analyses de l'oeuvre, c'est un succès selon moi!
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Ce livre est enivrant. Les personnages sont habilement créés et leur récit est drôle, merveilleusement bien écrit, ficelé à merveille. C'est l'histoire d'André et de Nicole, deux correcteurs d'épreuves rebels et anarchistes vivant dans le Québec des années 70. Après avoir fait l'École des Beaux-Arts, le couple non seulement se détache de ce milieu, mais surtout se positionne ouvertement et férocement contre cet univers, où la réussite artistique est synonyme d'une obsession de paraitre et de l'accumulation de biens et de trophées. Désespérés de s’affranchir de toute dépendance matérielle, ils chercheront le bonheur qui, selon eux, se trouve au-delà de ce monde malsain, de l'illusion d’un faux-bonheur, produit d’une société de consommation, vide de sens et d’intérêts véritables. Désorientés et ignorants comment atteindre concrètement le bonheur, le couple se cramponne à une amie, qui selon eux, serait salvatrice. En effet, selon eux, Petit Pois leur offre l’occasion unique d’accéder à une vie différente, supérieure à cette société pourrie. Ils se défont de toutes possessions, jusqu’aux simples électroménagers pour accueillir la plénitude véritable de s’affranchir de la moindre possession et ainsi, entreprendre l'unique chemin vers l'atteinte du bonheur vrai et éternel.
4.10/5 La quatrième de couverture mentionne que L’hiver de force un des livres confession proche de Miller ou de Kerouac j’étais donc heureux d’entamer cette lecture. J’ai adoré l’écriture, mais pour ce qui est de l’histoire, des besoins, rebondissements, actions des personnages, j’ai éprouvé de la difficulté à suivre ceux-ci. Je vais devoir le relire, car je ne crois pas que j’étais dans une période adéquate pour apprécier le roman à sa juste valeur.
4.5 Plusieurs citations mémorables : « le sens de la vie c'est d'être soûl », p. 116. C'est rare que je réagis vocalement en lisant un livre, mais pour celui-ci, je m'esclaffe, je suis choquée, je ricane, je suis impressionnée et surtout, je me souviens de me « [sentir] comme un rouleau de papier de toilette qui vient de tomber dans le bol de toilette. »