Je me suis délecté de ce roman comme d'une portion de "confits", ces fruits tropicaux qui macèrent dans une eau saumâtre qu'on vous sert avec du piment et de la compote de tamarin. Geveviève Dormann n'y va pas par quatre chemins et signe un portrait très peu flatteur de Maurice "vol-poubelle" et met à nu (avec ironie) les travers des differentes couches de la société mauricienne.
Les personnages sont décrits de façon caricaturale et grotesque. Les 'blancs' sont autant ridiculisés que les autres groupes sociaux. Le personnage de Gaëtan Cheylade un blanc, "vagabond ivre qui délir[e]" et qui mendie à proximité de la boutique de Mme Solange une sino-mauricienne qu'il traite de "putain de Tchang Kaï-Chek", les indiens en prennent pour leur grade avec Laurencia qui "n'aime pas que Bénie se vautre au sol comme un malbar ivre" p. 27. Il n'y a pas vraiment d'intringue, hormis une narration qui fait voyager à travers l'île et donne envie de connaître la suite. Malgré un ton critique et dur, j'ai trouvé l'auteur juste.
Avec ce livre, j'ai fait le tour de l'île et remonté le temps grâce à des passages qui décrivent avec beaucoup de détails les voyages en mer. Le récit peu devenir lassant, avec des descriptions à ne plus en finir mais j'en redemandais de ce confit sucré-salé-pimenté de Dormann. La fin ne m'a pas plu, mais c'est l'auteure qui a le dernier mot.
L'Hermione, bâtisse des Carnoët représente le declin des familles 'blanches' qui à défaut de pouvoir préserver leur hégémonie d'antan, s'évertuent à préserver ce qui leur reste, leur héritage. Après un cyclone, "la maison était défigurée avec son toit à demi arraché" p. 442 mais hormis le Bal du dodo, auquel Vivian et Bénie, "n'iron[t] jamais" p. 443 que reste-il de l'héritage des 'blancs' de Maurice au XXIe siècle ?
Malgré les développements historiques et économiques, les Mauriciens sans distinction peinent à se defaire de leur lourd passé colonial et s'y accrochent si solidement que les rafales d'un cyclone de niveau IV, dépassant les 150km/h ne pourrait leur faire lâcher prise. Le récent cyclone Batsirai en est d'ailleurs la preuve. Laurencia, la nénène de Bénie de Carnoët est l'exemple du petit peuple qui s'active à préserver le statu quo. Elle n'hésite pas à remettre une invitée parisienne à sa place qui prétend l'aider en cuisine.
Avec ce roman, Dormann a su capturer l'essence de Maurice. Ici, chacun a sa place et que rien ne bouge.